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LE BUT ET LES MOYENS

ment cln beau. Or, pour cette tâche, la d ciiti(juc des beautés » sera, croyons-uous, beaucoup [)Ius efficace que la « critique des défauts », Daus un de ses entretiens avec Eckermann, Go'tlie' l'a nettement déclaré : « le goût ue j)eut se déveloj)per à la vue (bi médiocre, mais bieu de ce «pi'il v a de j)lus parfait. »

Nous voyons malheureusement que, sous prétexte de se mettre à la portée des enfants, bien des d'uvres qui leur sont destinées, tableaux scolaires ou journaux illustrés, sont d'une médiocrité lameutal)le. Comme ils dessinent eux-mêmes sans art, on leur présente des dessins grossiers, où fourmillent inexactitudes et invraisemblances. Comme on sait (}ue les couleurs voyantes leur plaisent, on met sous leurs yeux des images aux tons criards. En un mot, on se borne à flatter leur mauvais goût naturel au lieu de cherchera l'améliorer. II est bien \ rai qu'il faut toujours se placer au niveau de l'intelligence enfantine; mais c'est uniquement en choisissant parmi les plus belles choses de la nature et de l'art celles qui par leur simplicité de composition et de facture sont d'une compréhension facile. S'asit^il des beautés naturelles? On fera

I . Entreliens de Gœthe et d' Eckermann (Irad, Charles ; Paris, Hctzel, p. 35).

(^G PRINCIPES DE l'Éducation esthétique.

d'abord admirer à l'enfanl les teintes variées des fleurs et les formes régulières des feuilles; puis on lui fera remarquer les différents aspects des arbres; plus tard seulement on attirera son attention sur des ensembles plus complexes et plus vastes, comme les paysaj^es. S'agit-il des œuvres d'art? On commencera par lui mettre entre les mains de jolis albums d'imag-es; ensuite on suspendra aux murs de sa chambre et de sa classe quelques gravures et quelques tableaux aux grandes lig-nes expressives, aux larges teintes bien fondues; quand il sera plus àg^é, on le conduira dans les musées devant les œuvres qui lui seront le plus facilement accessibles. Ainsi l'éducation esthétique sera graduée ; elle s'adaptera au développement progressif des facultés enfantines.

Toutes ces beautés de la nature et de l'art, en présence desquelles on placera l'enfant, il faudra bien se garder de les commenter longuement. N'oublions pas que l'éveil et la culture de la sensibilité esthétique ne sont point affaire de science. Non certes que l'histoire naturelle, l'archéolog^ie et l'histoire de l'art ne soient très utiles à la compréhension des beautés de la nature ou des beautés artistiques. Mais le danger est qu'à trop vouloir se documenter sur les belles choses, on en vienne à oublier de les admirer simplement, comme ces

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(Hrang-ers ([ui, visitaiil iiiic n'iIIc, sont («'llciiiciil absorbés j)ar la lecture de Iciii- t;ui(le qu'ils ru'^lii^enl (le regarder ce qu'ils étaient venus voir. Nul besoin non plus , selon nous, devant les <euvres artistiques, de faire subir à l'élèM' un Ioiil; interroi^aloire ni de lui fournir, pour guider son étude personnelle, un questionnaire détaillé, comme le proposait récemment un professeur belge' dans une intéressante biocliure. II faudrait,, selon ce dernier, que l'élève fût renseigné sur tous les alentours de l'œuvre d'art, (pi'il en fît une description minutieuse et une critique approfondie, qu'il pût la comparer avec d'autres œuvres analogues ou différentes. On ne saurait vraiment exiger d'un enfant et même d'un jeune homme un examen aussi complet des œuvres d'ait. A quoi bon, d'ailleurs, vouloir qu'on remarque en elles jusqu'aux détails qui n'ont rien d'artistique? Avec une pareille méthode, l'attention de l'élève risquerait fort de s'éparpiller à tel point qu'il n'aurait plus aucune vision d'ensemble.

Donc, pas de commentaire savant ni d'analyse trop fouillée. En présence d'une statue ou d'un tableau, quelques mots suffiront pour indicpier le

I . L'abbé Hector Gevelle, Un cours d'esfhélique artistique dans les classes supérieures d'Humanités anciennes (A. Spinet, 1905, Enghîen, Belgique).

()8 PKi.NciPEs DE l'Éducation esthétique.

sujet, le nom de railleur, la date de la composition. Muni de ces renseig'nements très brefs, Tcnfant n'aura qu'à contempler lui-même avec . attention l'œuvre qu'il a sous les yeux. Pour s'assurer qu'il ne se contente pas d'une impression vag-ue et pour l'habituer à analyser un peu ses sentiments, on essayera de lui faire dire ce qu'il a éprouvé, de lui faire expliquer ce qui lui a plu. Alors seulement il sera bon d'intervenir, pour rectifier ou compléter au besoin son impression, en lui faisant remarquer ce qu'il avait omis de voir. En face des beautés de la nature le commentaire sera encore plus réduit : on laissera les choses parler d'ellesmêmes au cœur de l'enfant. On se bornera, s'il y a lieu, à attirer son attention sur tel ou tel détail inaperçu. Ainsi procédait, en toute naïveté, le père de Millet, simple paysan, qui, lorsqu'il se promenait dans la campayne avec son fils, s'arrêtait pour lui dire : « Vois comme cet arbre est grand, comme cette maison dans ce champ est d'un bel effet ». Ainsi procédait également la mère de Georges Sand, disant à sa fille : « Respire ces liserons, ils sentent bon le miel ; ne les oublie pas. » Ce qu'il faut obtenir a\aiil tout, c'est qu'au contact des belles choses l'enfant éprouve réellement le sentiment du beau. Mais cette émotion esthéti(jue, l'éducateur devra avoir bien soin de choisir l'heure où il convient de

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