‹ L'art et l'enfantChapitre 27 sur 114 · Gustave Droz, L'enfant (Paris, i885, p · texte numérisé non relu

Gustave Droz, L'enfant (Paris, i885, p

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disons avec un autre écrivain ' qu'un enfant nouveau-né est « en somme une très mignonne petite horreur ». Mais bientôt, s'il est sain de corps et bien nourri, une teinte rose colore ses chairs potelées ; le regard et le sourire éclairent son visage; la disproportion entre les parties de son corps tend à se corriger. L'enfant se parc alors d'une grâce exquise. C'est le moment où, tandis qu'il pleure ou qu'il rit, tandis qu'il sommeille ou qu'il joue, les artistes se penchent vers lui, pour saisir et noter au passage, en leur beiuté fugitive et dans leur spontanéité première, les moindres gestes de son corps et les moindres manifestations de son âme. Si ses formes inachevées n'offrent pas encore au sculpteur un modèle parfait, sa figure expressive fournit déjà au peintre matière à de charmants portraits. Pour l'instant nous ne pouvons nousmêmes que le contempler; nous n'avons rien à faire pour développer sa grâce. Dans cette première période de sa vie, l'enfant est sûr d'avoir la beauté^ s'il possède la santé. Car sa beauté est alors tout entière en sa fraîcheur.

Peu à ])eu cependant l'enfant va perdre ce premier éclat de nouveauté qu'ont, chacune à son

I. José Vincent, /V//7 l^nie, une àmc d'enfdnl (Société française d'iuiprimeric et de liljrairie, Paris, 190G, p. 88).

LA BEAUTi: r»E L KM ANT.

heure, toutes les productions de la iialuic, IViiits des arbres cl rejetons des êtres. De ses formes enfantines va se dégager une personnalité physique aux contours plus précis. Nous ne pourrons rien pommodifier l'asprct de son \isage. Mais il nous appartiendra d'empèeher les déformations de son corps et d'eu favoriser le développement hariuonicnx. Parmi les déformations coi|»orelles dont il importe de préserver l'enfant, il y eu a d'abord (|ni proviennent de notre uég"ligeuce. Quand l'enfant marche, il lui arrive parfois de tourner nn [)ied en dedans. Cela vient de l'habitude que nous avons de f lire marcher les enfants toujours du même côté quand nous les conduisons à la promenade : en se tournant vers la personiu^ avec laquelle ils marchent, ils sont amenés à poser un pied en dedans, le droit ou le gauche. Vn peu île surveillance éparg-nerait à l'enfant de telles déformations, qui donnent à sa démarche tant d'inélégance. A l'état d'immobilité il faut éviter que l'enfant ne fasse reposer tout le poids de son corps sur une seule jandje : obligeons-le à se tenir d'aplomb sur les deux jambes.' Surtout veillons à ce qu'il ne [)reniu' pas l'habitude de courber son dos : ce qui le ferait ressembler de bonne heure à un petit vieux. C'est lorsqu'il est assis devant la table à manger ou la table de travail, que l'enfant risque de prendre

ratlitudc la plus dangereuse. S'il est trop près de la table, sa poitrine est comprimée; s'il en est trop ('loiyné, son dos se voûte. En particulier pour lire et j)our écrire, rcnfant a une tendance à rapprocher les yeux du livre ou du cahier ; et dans ces conditions sa vue souvent s'altère. Ainsi, une mauvaise attitude assise, en même temps qu'elle risque de prépare!' le lit à la tuberculose pulmonaire, entraîne fréquemment la déformation de la taille et l'altération de la vue. Ces deux derniers dangers surtout nous intéressent ici; car il est très disgracieux d'être affligé d'un « dos rond », et c'est, à n'en pas douter, une condition fâcheuse, pour jouir dans la vie du spectacle de la beauté, que d'être atteint de myopie. Il appartient donc aux parents et aux maîtres de veiller à ce que l'enfant, quand il est assis, se tienne bien, et au besoin de l'y aider par des appareils appropriés, tels que « l'optostat intégral » du docteur Rolland'.

I. On trouvera la dcscriptiou délaillce de cet ingénieux appareil dans le BulleAin d'oculistique (août, septembre et octobre igoS), ainsi que dans plusieurs brochures du Dr Rolland :

La myopie des liseurs {excès d'allo/if/ement de l'œil), sa cause, ses dangers, sa cure (Toulouse 1899);

Myope et bossu, par Jle.T ion de la tète pendant la lecture (Paris, lîaillèrc et fils, 1902);

Méfaits individuels et sociaux de l'attitude vicieuse pendant la lecture et l'écriture (Toulouse, igoS).

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Outre ces déformations |>li\si(|iM's ducs à la im'j;^ii^"ence, il en est (jui r<''sullt'nl de ccilaiiis exercices aux([uels l'erdaiit est conduit à se livrer en vue précisément de développer sou corps. A cet és^ard il convient de sigruiler surtout le danger de la yvmnasti([ue aux agrès. Les déformations qu'elle engendre sont les plus manifestes chez le gymnasiarque de prol"essioii. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce dernier est loin de réaliser la perfection eslliéti(pu^ : il a les épaules saillantes, le dos énorme, les hanches étroites el les janihes grêles; sou buste, excessivement développé, est sans proportions avec la partie inférieure du corps. Et pas plus que la beauté, la g-ymnastique aux agrès ne donne la santé. La « phtisie de l'athlète » est un mal bien connu. Comme Hugues le Roux l'a fait justement remarquer, les poitrines, auxfpielles le développement exag-éré des muscles semble donner un aspect de santé florissante, enferment tiès souvent de misérables poumons : « Ce n'est pas du dehors en dedans, mais du dedans en dehors qu'il faut, comme on dit, faire une poitrine^. » D'une façon g-énérale,' on" a pu déterminer avec exacti-

1. Hu«jues le Roux, Préface au livre d'E. André, Lft gi/innastique suédoise (Paris, Flaniniarlon).

2. Lagrange, Plujsiolorjie des ej-ercices du corps (t^aris, Alcan, 1888; chap. iv : Les exercices qui déforment, p. 3oo).

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lude les conditions dans lesquelles un exercice risque de déformer le corps. C'est i° quand il exige « une concentration de l'effort musculaire dans une région 1res localisée, alors que les autres parties du corps ne participent pas au travail » ; 2° quand il ohlig-e « à prendre et à conserver une attitude qui dévie l'axe du corps de sa direction normale » ; 3» quand il entraîne « l'exécution fréquente et prolong-ée de mouvements que l'homme ne pratique pas naturellement, et auxquels sa conformation n'est pas adaptée ». En vertu de ces principes on voit qu'il faut user avec prudence de certains exercices corporels; les enfants ne devront pas faire de gymnastique aux agrès avant l'àge de huit à dix ans; et ils devront s'abstenir de certains sports, comme l'escrime et l'équitation, jusqu'à la quinzième année au moins.

Empêcher les déformations physiques n'est encore qu'une tâche négative. II s'agit, en même temps, de travailler à développer le corps de l'enfant. L'idéal à poursuivre n'est, bien entendu, ni la f(jrce de l'athlète ni l'adresse de l'acrobate. Ce qui importe, c'est de réaliser l'harmonie des formes et d'entreprendre l'éducation du mouvement. Deux méthodes peuvent servir à cette fin : la gymnastique proprement dite (|ui consiste à accomplir avec ou sans appareils des mouvements

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