‹ L'art et l'enfantChapitre 30 sur 114 · LA BEAUTÉ DK L ENFANT. II · texte numérisé non relu

LA BEAUTÉ DK L ENFANT. II

le premier ài^e, la i^ràce est pour- ainsi dire nalnrelle, il vieiil un jour où celle-ci, disparaissant, a besoin d'èlre remplacée par nue y;-ràce acquise. C'est [)arce qu'ils ont déjà perdu j'utie cl (pTils ne sont pas encore eu possession de l'autre que les tout jeunes gens ont souvent tant de gaucherie dans la démarche et dans les g-esles.

Deux coiulitions sout nécessaires pour donner de l'aisance à nos mouvements. Il faut d'abord qu'ils s'exécutent d'uue manière presque automatique. « Quand on commence à faire les choses volontairement et par principes, a-t-on ' remarqué avec raison, on les fait mal. L'élég^ance qu'on veut avoir gale celle qu'on a. Les mouvements spontanés, dès qu'on y réfléchit, deviennent contraints; l'attention qui se porte sur eux les paralyse ou les exagère. Ils reprendront leur grâce, et même une ij:ràce supérieure, quand ils seront devenus assez habituels pour se produire par simple acte réflexe. » De plus, les mouvements ont besoin, pour paraître gracieux, d'être accomplis avec une certaine prodigalité : nç)n seulement on ne doit pas sentir l'eff'ort, mais on doit encore avoir l'impression «pie celui qui les exécute a plus de force qu'ils n'en

I. P. Souriau, L'Esthétique du mouvement (Alcun, i88g, p. 194).

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réclainenl. Le pas réi^ulier du i;iii(l(Mlans la montag-ne manque de e;"ràce, parce qu'il se règle uniquemeut sur le principe d'économie. MaisTéquilibriste, fjui marche sur une corde ou qui jongle avec des balles, nous semble très gracieux, parce qu'il n'a pas l'air d'épuiser toute la force dont il dispose. De même, la ttèclie qui vole n'est point gracieuse, parce qu'elle prend U* plus court chemin; au contraire, la feuille morte, qui tombe de l'arbre en tourno3ant, nous paraît l'être à un très haut degré, parce qu'elle se montre pour ainsi dire peu pressée d'atteindre le sol. La prodigalité est une condition si essentielle de la grâce que nous trouverons toujours dans la vie beaucoup plus d'élégance au geste du prodigue qu'à celui de l'avare. Pour donner au corps la souplesse et l'aisance, les exercices d'adresse vaudront bien mieux que les exercices de force. Ne voyons-nous pas que lès acrobates ont meilleure tournure que les athlètes? Il y a surtout un art très propre à faire cette éducation esthétique des mouvements, c'est la danse. Il est regrettable qu'on l'ait de plus en plus chassée de la vie quotidienne, pour la reléguer dans les salons, où elle a si souvent perdu le caractère artistique qu'elle avait, par exemple, au temps des gracieuses pavanes et des lents menuets. Aussi, souscrirons-nous volontiers à ces paroles du

LA BE.VUTK DK L KNFANT. I '^^ F

D"" M. de Fleiirv', coiKsoillanl <rrn revenir « :ui\ danses en plein air, aux rondes eurytlnniques, aux pas chantés et marchés à h\ fois, qui jadis conlribuèrent, pour une j)art iiidisciilable, ;\ rendre belles et de démarche noble les filles de l'Hellas ». Après avoir, par une Iivi^iène bien comprise et par des exercices appropriés, entretenu, avec la santc' de l'enfant, sa beauté et sa i^râce, il ne nous reste plus qu'à faire valoir son charme à l'aide du vêtement et de la toilette. S'habiller avec élég-ance, ce n'est pas seulement faire ressortir la beauté naturelle du corps et parfois aussi remédier, au moins en apparence, à ses imperfections, c'est encore mettre l'âme elle-même en des dispositions esthétiques. Il est aisé de remarquer, en effet, combien le vêtement influe sur la tournure d'esprit de la personne qui le porte. Avec la solennelle redingote nous prenons une âme plus guindée; en mettant nos pantoufles et notre robe de chambre nous revêtons en quelque sorte une âme plus familière. Le ton de notre conversation s'adapte même à notre genre de coiffure : la tête couverte d'une casquette, on est oblig-é de parler avec simplicité; on surveille plus son langage, si l'on porte un cha-

I. Dr M. de F'ieury, Le corps el l'âme de l'enfant (Paris, Colin, p. 3o).

peau haut de forme. Et, comme ces multiples suççeslions du costume agissent d'autaut mieuxsur les persounalités peu formées, il imj)orte, ou le voit, d'avoir très grand soin de la tenue de l'enfant, à la fois pour achever de faire de toute sa personne un être de beauté et pour imprimer à sa petite àme un tour plus artistique.

Ce qui est fâcheux, c'est qu'on est réduit à imposer à l'enfant l'obligation de se parer, bienavaul que le goût de la parure ne se soit éveillé en lui. Aussi observons-nous que dans les débuts de sou existence il montre pour les soins de la toilette plutôt de la répugnance : ses pires ennemis sont l'eau, le peigne et la brosse. Il déteste même de changer de robe, éprouvant je ne sais quel malaise à porter un vêtement nouveau, comme si sa faible personnalité avait de la peine à se reconnaître après cette métamorphose. Il faut dire aussi qu'il n'aime pas les robes neuves, parce qu'elles le gênent dans ses mouvements et qu'elles lui font interdire de jouer à sa fantaisie, de se traîner à terre et de se salir. Peu à peu, cependant, l'instinct de la coquetterie se développe en lui. Prejer' a noté l'éveil de <3e sentiment chez son fils, âg-é de quinze mois : « Quand on lui met quelque chose sur la tête, en

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