‹ L'art et l'enfantChapitre 34 sur 114 · I. J. Vallès, L'enfant, p · texte numérisé non relu

I. J. Vallès, L'enfant, p

contré que spectacles aimables ! Notre ànie restera pour toujours imprégnée du parfum des belles choses chaque jour contemplées. La vie pourra à certaines heures se montrer dure envers nous; nous aurons dans le malheur le refuge des chers souvenirs lointains.

Mais, dira-t-on, [)()urquoi compliquer notre existence en y mêlant sans cesse le souci de la beauté? Ne suffit-il pas, do loin en loin, de se mettre en contact avec les chefs-d'œuvre artisticpies par une visite à quelque musée? A quoi nous répondrons que l'amour du beau, une fois qu'il s'est emparé de nous, est aussi inséparable de notre personnalité que l'est le culte de la vérité ou la passion du bien. Nous ne pouvons pas plus laisser alors dans notre vie une place à la laideur que nous ne pouvons y réserver des heures au mensonge ou bien au mal. Et c'est pourquoi, comme l'a dit très justement M. Séailles ', « il est bon, il est nécessaire que par l'architecture, par la décoration de nos demeures, par le meuble, par le vase, par tous les objets d'usage, l'art reste mêlé à la vie ». Ajoutons que cette union intime de la yie et de l'art est surtout indispensable quand il s'agit d'entrepren-

I . Séailles, Les (ifjii-iii<ili<ins de ht. cottscience inodeniK (chap. Le beau cl l' ni Ile, y. ■.>')?\).

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(Ire réducalion estliéli(jiir de reiitiitil ; car l'(''\eil du sens arlistiqiie el la forinalioii du ^()ùl son! uuc œuvre insensible et patiente. La beauté ne fait (juc j)eu à [)eu !a conquête des àiucs. (le n'est donc pas accidentellement, au simple hasard d'une rencontie, (pi'il faut placer renfani en présence du beau ; il doit, au contraire, demeurer perpétuellement eu contact avec lui.

Et (piOn ne vienne pas nous objecter encore qu'un tel commerce incessant avec la beauté est interdit à quiconque n'est pas un privilégié de la fortune. Sans doute, si l'on est riche, on peut plus aisément tcinsformer sa nr.iiso:] eu une ai'tistique demeure. Mais avec du goût il est possible aussi d'orner à peu de frais son log^is. On oublie trop que le premier moyen — pas très coûteux celui-là — d'introduire de la beauté chez soi, c'est simplement de débarrasser sa maison de toutes les laideurs qu'y accumulent la malpropreté, le désordre et le mauvais goiit. On commet encore trop souvent l'erreur de croire qu'embellir une maison consiste à l'encombrer d'œuvres d'art : notre maison ne doit pas être un musée; il suffit de quelques œuvres bien choisies pour que le beau s'installe à notre foyer et pour que notre existence quotidienne ait constamment comme une porte ouverte sur le rêve.

L'idéal serait assurément d'abord que chaque fa-

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mille cù\ sa inaisdii, si modeste fù(-olle'. Un écrivain délical, M. Camille Mauclaii", s'afflig-eail naguère de voir devenir chaque jour un peu plus lëg-endaire la vieille maison française, d'aspect simple, aux proportions justes, la \ieille maison « aux volets verts », qu'ombragent d'odorantes glycines ou des rosiers grimpants : « Elle est, écrivait-il, toute baignée des effluves magnétiques des êtres qui l'habitèrent. Elle a vu les naissances, les morts, l'amour et la peine, les sanglots et les sourires, les résio-nations des aïeules et les rêveries des jeunes filles. Elle a peu à peu perdu sa matérialité de pierres insensibles pour devenir une chose humaine. Elle a été dotée de vie et d'émotion par les hommes et [)ar les femmes qui lui ont confié leurs existences. » Mais aujourd'hui, la vie étant de plus en plus tournée vers le dehors, on néglige son « chez soi ». Le logis n'est plus qu'un lieu de passage, « une halte pour dormir ». La cherté des terrains a réduit à bàlir les maisons en hauteur, à construire

1 . En fondant la Société internai ionale d'art populaire et d'hijçjiène, dont nous avons déjà dit un mot, M. Jean Lahor s'est justement propose d'encourajçcr la construction d'habitations artistiques à bon marché. (Voir à ce sujet, dans le dernier livre de Jean Lahor, Le hréiuaire d'un panthéiste et le pessimisme héroï(/ue, Paris, Fisehbacher, l'appendice au chapitre ix, pp. 3io et suivantes.)

2. C. Mauclair, L'Ame de la maison française [Revue JilfUP, 24 février if)oG).

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de vastes casernes à pIusicMirs ('laides, sorte-; de <( navires en partance, anci't's siii- le llol Ininiiltu(Mix cln l)onlevarcl ». C'est ainsi (|ue des causes (''CoMomi(|ues el sociales on! peu à jxmi impos<' à la inajoril(' des individus l:i maison anonvine et coinnuine. On voit trèsclaii'cnient ce f[u'a pei'dn à ce nouvel état de choses la cause de l'art et de la l)eant('. A ceux, à qui leur situation de fortune permet encore de jjosst'der une demeure familiale, il ftiit recommander de l'aména^ei- selon un plan artisticpie. Ils ne devront pas, comme l'habitude tend à s'établir, chercher avant tout à satisfaire leur vanit('' par l'apparence exl(*rieuie de leur maison. Que l'intérieur réponde à la façade, (pn' les a[)j)artements privés ne soient pas sacrifié's aux pièces de réception! Autant que possible, il sera bon, en vue des enfants, d'adjoindre à la maison un jardin. Et ce jardin sera de préférence par devant, afin que du dehors on ait le joli spectacle de la blancheur des pierres se détachant sur la verdure des arbres, et afin que la demeure offre dès l'abord dans l'enfoncement du feuillage une impression d'iutimili' charmante. Je souhaiterais aussi que ce jardin ne fût pas rectiligne, mais (pie des détours imprévus et des recoins cachés y vinssent rompre la monotonie des allées rési'ulières. L'œil, ne pouvant en embrasser l'ensemble, croira v entrevoir des loin-

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la'ms poéliques. Pour reiifaiit surtout, habitué à grossir les proportions des choses, le petit jardin aux sentiers sinueux paraîtra tout un monde.

Quant à ceux qui, ne possédant pas une maison à eux, sont obhg'és de s'installer côte à côte avec d'autres dans une grande habitation commune, il leur est du moins permis par l'ameublement et la décoration intérieure de donner à ce séjour étranger une physionomie propre. Mais encore faut-il qu'ils n'aillent pas sacrifier au vain désir de paraître l'essentiel de leur installation. Que d'appartements voyons-nous aujourd'hui, dans lesquels une ou deux pièces luxueuses voisinent avec des pièces dépourvues de toute décoration. Tableaux, objets d'art, tentures, on réserve tout pour le salon, où rarement on pénètre; et les chambres, où la famille passe le plus grand nombre d'heures, sont misérablement ornées. Pour une médiocre et très intermittente satisfaction d'amour-propre, on se prive tout le long (\es jours de la jouissance (|ue procure la beauté permanente du cadre. Même aberration coutumière pour le costume. On ne se préoccupe que de « la toilette de rue ». Et ces mêmes femmes, dont on admire le luxe dans les endroits publics, ont chez elles une tenue négligée. Nécessité, dit-on, que cet étalag^e extérieur! Ne faut-il pas que la femme, par les toilettes qu'elle

i/vur A i.v >r.vis()N. \?)^

afficlie, sauvera rdo le cri'dit do son inaii ? « Maiiileiiatil, (lit un pcrsomiaye de M. Doniiiiy ', lors- ({11011 voit à une feniino toujours le même manteau, on en ooiu'Iul (juc le maii ne tait [)as ses affaires, que le ménage est gène, » Comprenons donc que la beauté n'est pas le luxe, que si le luxe parfois rencontre la beauté, plus souvent encore il lui arrive de se passer d'elle. Ce manque d'harmonie entre les différentes pièces d'un appartement comme entre les divers vêtements que l'on porte est une grave faute de goût, de nature à contrarier l'éducation esthélique qu'on se propose de donner aux enfants. Ceux-ci, pour acquérir une juste nolion de la beauté, ont besoin de vivre dans un milieu dont le ton général soit uniforme et cohérent. Quelles que soient les ressources dont on dispose, il est toujours possible de maintenir dans un état de propreté la maison qu'on habite. Or le g-oùl de la propreté est le commencement du goût artistique. Tout le monde peut avoir également des habitudes d'ordre : l'ordre est encore moins coûteux que la propreté. Four chaque objet qui meuble une demeure, il existe une place convenable, que déterminent et qu'imposent sa destination elle-même et son rapport avec les autres objets. L'ordre est le

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