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CHAPITRE m

L'Art à l'Ecole

(( Combien leurs classes seraient jihis décemineiit jonchées de fleurs el de l'euillées ([ue de tronçons d'osier san^^lants! J'v ferai pourlraire la Joie, rAlléç;-resse, et Flora et les Grâces, comme fit en son eschole le philosophe Speusippus. » Ainsi s'expri-

I. On peut consulter sur cette question : Autçuste Marinier, Ufinagcric scolaire (Lu C/iroiiif/ii'' (les

ar/s, iBijC), pp. 250-2.")!).

Emile Chauvelon, Les Affiches d'url à l' Ecole (Revue pêdo-

goffiqne, i5 avril 1900).

Paul Beurdeley, L'Iinar/erie el Ui dêcin-niion scoUiive [Revue

pêdiigogiqne, 1.5 juin 1901).

Bayet, L'Art à l'Ecole [Revue pédagogique, i.5 août 1901). Belof, L'Education du goût (plan d'une conférence pédajço-

i»'ique, Revue pédagogique, i.5 août 1901). Maui'icc Pellisson, L'Art et l'Ecole en Allemagne (Revue pédagogique, 10 août 1902).

Compte rendu du Congrès de l'art à l'école (Annuaire ir^oj

de l'Association générale de la presse de l'Enseignement,

Paris, Cornély).

Paul Beurdeley, Le Congrès de l'Art à l'Ecole {Revue péda-

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mail Montaigne dans ses Essais\ Si, revenant au monde, il visitait les écoles d'aujourd'hui, il nous féliciterait d'en avoir banni les châtiments corporels, mais il leur trouverait encore un air bien rébarbatif. Et pourtant, que de progrès déjà réalisés en ces dernières années !

Trop longtemps on avait conçu les écoles comme des casernes réduites, où, sous la férule menaçante du maître, les enfants du peuple viennent recevoir en hâte les rudiments d'instruction qui doivent suffire à leur étroite destinée future. Apprendre à lire, à écrire, à compter, connaître la série des rois de France et la liste des départements avec leurs chefs-lieux et leurs sous-préfectures, c'était bien assez pour de futurs ouvriers des villes ou des

gogiqae, 1904, deuxième semestre, pp. 33 1 et suivantes). Paul Vitry, L'Art à l'Ecole {Revue pédagogique, 1904,

deuxième semestre, pp. 45 et suivantes). E. Avenard. L'Art ù l'Ecole en Suède {Art et Décoration,

octobre 1904).

Roger Marx, L'Art à l'Ecole {L'Enfant, lô août 1906). Léon Riotor, L'Art à l'Ecole : nouvelles pancartes murales

{L'Art décoratif, mars 1906).

Léon JMotor, L'imagerie scolaire en Belgique {Revue pédagogique, i5 novembre 1906).

Léon Riotor, L'Art à l'Ecole en Belgique {Manuel général

de l'Instruction jjrimaire, 16 février 1907).

I. .Montaigne, Les Essais, (livre I, chap. xxv ; de l'Institution des enfants).

(•liam[>s. Lu cullurc (li-siiiIcTcssi'c , en piu-ruiilicr riiiilialK»!! ('slli('rK[ii(', (Icvail (Iciiirni,-!- le [»ti\ ilrii;»! (les fils (le IxMii'^cois. l^arcillc coiiccprhm nous paraîl aiiioiiid'liiii iiisoiiliMiahlc Va si inxis (-oiii- |)i"(Mi()iis <|U(' les ciiraiils du peuple, laloiiiK's |)ai' les iK'cesslh's iiia((''rielles de la \ie, s'altardeiil moins l()ii;jleMij)s siii' les bancs de IN'Colo, nons csliinons cependani (|iril conNieul, Iiuil en les inimissaiil d'un liii^'di^'e pri'eieiix de connaissances utilitaires, de leur laisser jeter au moins un rapide coup d'œil par la porte entre-l)àillée sur le monde du beau et ses splendeurs inoubliables. Xous voulons, en un mot, (jue dans le milieu scolaire an moins se fasse l'éducalion esthétique de l'eniant du peuple, trop souvent néi^Ti^ée dans le milieu familial.

Par ses dispositions architecturales l'école devrait <l('jà conliibuer à éveiller chez l'enfant le sentiment de la beauté. Ce fut, certes, un nuig-nifKjue mouvement que celui qui dans les trente dernières années du dix-neuvième siècle fit se dresser sur toute la surface de notre territoire les édifices destinés à abriter l'enfance studieuse. Il n'y a de comparable à cet élan que l'élan relii^ieux du Moyen-ài^e qui fil sortir du sol un si ^^rand nombre d'églises. Mais la « robe blanche » d'écoles neuves, dont nous vîmes notre pays se couvrir au déclin du siècle dernier, fut loin d'égaler en beauté « la robe blan-

che » (les ég-lises médiévales. Au lieu de laisser les maisons d'école s'adapter aux diversités régionales et refléter en quelque sorte par leur aspect la physionomie même de la province où elles s'élevaient, on les construisit toutes sur un plan uniforme. Ce fut le triomphe de la rèçle administrative et la défaite attristante de l'art. Sans dépenses supplémentaires, simplement par un emploi plus judicieux des crédits disponibles, l'Etat et les Municipalités auraient pu faire de nos écoles des œuvres artistiques; il aurait suffi de laisser aux architectes un peu plus d'initiative et de provoquer au besoin leurs inventions orig"inales. D'autres pays ont mieux compris le parti à tirer de l'architecture scolaire. « On n'évoquera pas en vain, écrit Roger Marx', le souvenir de certaines écoles suisses, coquettement bâlii^s au cœur dn villag"e, tapissées de verdure et encloses dans un jardinet fleuri. » A présent, il est un peu tard pour modifier l'aspect extérieur de nos établissements scolaires. Cependant, dans bien des communes de plusieurs départements, il n'existe pas encore de maisons d'école ; on log"e les élèves où l'on peut ; et en plus d'un endroit on n'a trouvé pour local qu'un immeid)le en ruines. Il faut souhai-

I. Ro2^er Marx, L'A ri à l'Ecole [L'Enfunl, ir)août igof), p. 8.).

l'.vut a i.'kcoi-k. ï'y',\

I M" (jiii* ces \ill;iî^<vs — on tMi poiiiTail citer un i^raiid nombre en Bielai^iie, dans l'Ave} ron on dans la Lozère — se fassent pardonner leur relard à consliMiirc des ('col/s, en en faisanl hàlii', le moment N(Mui, de plus belles qu'ailleurs.

Ce (jui coutiibuera à donner à l'école un aspect riant, c'est le choix de son emplacement non moins que sa disposition architeclurale. Dans les \illes comme dans les villa^•es, on devrait les construire un peu à l'i'cart des ajj;i^lomérations de maisons; ce serait à la fois plus conforme aux exigences de riiygièm^ et plus favorable à leur embellissement. Dans les villag'es, la campagne en\ iroiinanle leur fera un magnifique décor naturel; dans les villes, on suppléera le cadre naturel, qui manque le plus souvent, par rinslallalion d'un jardin. Que des arbres en ombragiMit l'entrée, (pie des plantes grimpantes eu tapissent la façade, (pie les couloirs en soient égayés par des (leurs! A l'intérieur, au lieu de blanchir simplement les murs à la chaux, on pourrait, comme on l'a conseillé, les enduire d'une peinture claire. Partout devra régner la propreté la plus méticuleuse; et le mobilier des salles devra être disposé dans l'ordre le plus parfait. Une classe bien éclairée et bien tenue est déjà de nature à donner à l'enfant une première notion de beauté.

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Mais c'est siirloul par la décoration murale que les salles d'école pourront prétendre à faire l'éducation esthétique des enfants. Il importe d'établir ici une distinction que trop souvent on néçliçe. Entrez dans nos écoles : quand vous n'en verrez pas les murs tout nus, comme cela arrive en beaucoup d'endroits, vous les verrez alors couverts de haut en bas de cartes géographiques, de planches d'anatomie et d^ physiolog-ie, de tableaux d'histoire naturelle, de représentations du système métrique ou d'imaçes reproduisant des scènes d'alcoolisme. Voilà de quoi se compose presque uniquement la décoration murale de la plupart de nos écoles. Mais il est permis de se demander comment des sentiments esthétiques peuvent être éveillés chez l'enfant par la vue des mesures de capacité, par la contemplation d'hommes et d'animaux écorchés, ou bien par le spectacle d'ivrog-nes titubant ou en train de battre leurs femmes. Tous ces tableaux ont à coup sûr le mérite d'illustrer la leçon du maître; et tout le monde est aujourd'hui d'accord pour reconnaître que l'enseig-nement par la vue complète très heureusement l'enseig-nement oral. Mais encore faut-il ne pas avoir l'illusion de croire qu'en exposant des tableaux de ce genre sous les yeux des enfants on contribue à faire leur éducation esthétique.

L ART A L KCOLK. !.):>

Sans (loulc, (mi ces <lonii(M"s 1(Miij)s, un t'Ilorl ;i ("lé tenté j)()ur donner à (|nel(|ues-nns deces lahleiui.x d'enseignenieiil un caiaclère [tins ailisli(|ne. ('/est anisi (|ue cerlaincs lihrairies ont t''(lil('' des laldean.x Çéôi^raj)lii(jnes, <[ni évixjnent assez l)ien telle ou telle région pittoresqne de notre pays ou dune autre contrée du ylohe. Telles sont, par exemple, les IiufKjrs (j>''0(jr(ij)lil(ni('s de l(t l'iuincc, j)ul)Iiées sous la direction de M. P. Foncin, à la librairie Delaç-rave. Tels sont surtout les Tahlcau.r géogi'dpliiijiies scol(tir('s\ que la maison Ilaclielte a puhrM's sur la dtMnande du Ministère de rinslruction publique et qui ont été adoptés par la ville de Paris pour ses écoles : ce sont les reproductions des aquarelles de Ilug'o d'Alési. Mais il est douteux qu'on puisse jamais parvenir à donner un aspect artistique à des tableaux (pii représentent le système métrique ou les org-anes du corps humain. Au demeurant, les tableaux d'enseiçnemenl nous paraissent devoir être réservés pour le moment où la leçon du maître aborde les sujets aux- ([uels ils se rapportent. Les exposer sans cesse aux

I. II y en a trois séries : i^ Bretagne, Dauphiné, Mer de Glace, lac Léman, Provence, Tunisie, Vosges; 20 Marseille, Toulon, Pyrénées, Touraine, Algérie, Auvergne, Aix-les- Bains; 3o les différentes régions du globe : le Groenland, la Russie, l'Italie, l'Eo-ypte, le Congo.

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regards des enfants, c'est risqner d'affaiblir lenr valeur démonstrative. Celle-ci sera bien plus frappante, si le tableau, enfermé d'ordinaire dans une armoire, n'en sort que de loin en loin, à propos d'une explication donnée par le maître. Enfin, certains de ces tableaux, par exemple ceux qui représentent des animaux écorchés ou des scènes d'alcoolisme, ont le ^rave tort d'offrir à l'enfant des spectacles fort laids et même plutôt pénibles. Nous pouvons donc conclure que ces tableaux d'enseignement ne sauraient en aucune manière servir à la décoration murale des salles d'école.

Ce qu'il faut, pour orner les murs de nos écoles, ce sont des œuvres vraiment artistiques, des œuvres dont le but n'est pas d'enseigner, mais d'être belles. Ces images, il sera bon de les remplacer de temps en temps. Car la nouveauté attire raltention; ou finit au contraire par ne plus voir les objets qu'on a constamment sous les yeux. On raconte que Théophile Gautier s'amusait à demander aux femmes du monde : «^Quelle est la couleur du papier de votre chambre à coucher? » El il affirmait que dix-neuf personnes sur vingt étaient incapables de lui répondre. Tenant compte de cet effet psychologique de l'accoutumance visuelle, nous renouvellerons donc de temps à autre la décoration scolaire. Bien entendu, il ne faudra pas la

i.'aki a i/kcoi.k. ibj

renouveler lr(»|» sttii\tMil; cai' une cerliuiic (lin(''e est nécessiir'c [>t)iir (|ii(' s" fasse seiitii" siii' les esprits, siii'loiil siii- de |eiiiies espi'ils, 1 aclioii pénétrante (rime helle (eii\ re dail. < )ii pdinra, pai" exemple, chaiiy^'r Ions les mois ou Ions les deux mois les iniati;"es dont on déeorei'a les é((»les. Des esprits avisés ont même in^^éniensement proj)osé de laisser parfois, poni" un temps assez court, les salles scolaires dt'pouilN'cs de toute décoration. Ce seraient eu (pielque sorte des « entr'actes ». En pn'sence des murs déiuuh's, les enfants se rendraient mieux compte de ce qu'apporte de i>aieté la décoration nuirale; grâce au contraste, ils en viendraient sans doute à mieux apprécier les (ruvres d'art (pii ornent leurs écoles; on les verrait peutêtre rt'clamer eux-mêmes les imaçes qu'on aura fait disparaître provisoirement. Pour toutes ces raisons, nous n'hésitons donc pas à préférer à la décoration permanente des murailles scolaires la décoration mobile et chan^'eante.

Une objection se présente, il est vrai. « 11 est déjà difficile, nous diront les instituteurs, de nous procurer de (pioi orner nos écoles une fois pour toutes. Comment voulez-vous que nous trouvions assez de ressources pour nous procurer les œuvres multiples (pie nécessiterait votre mode de décoration renouvelée? » La solution du problème

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est peu I -être plus simple qu'il ne le semble. Pour- (|uoi les instituteurs d'une même ville, pourquoi au besoin ceux d'une même rég^ion ne s'entendraient-ils pas pour se prêter mutuellement les quelques œuvres dont chacun dispose? On créerait ainsi des sortes de « musées d'art circulants interscolaires ». Je connais un instituteur qui dans une ville du Midi a tenté la création d'un de ces musées. Je dois dire (ju'il échoua, faute surtout d'avoir trouvé assez d'empressement parmi ses collègues. Mais ce n'est pas une raison pour que cette tentative, excellente en principe, ne soit reprise et ne puisse mieux réussir ailleurs.

A propos des images à mettre sous les yeux des enfants une délicate question se pose : comment faut-il les choisir? Certains voudraient que l'on consultât avant tout le goût des enfants. Tel n'est j)oiut notre avis. Si l'enfant était capable de choisir lui-même les images qui doivent le mieux convenir à la formation de son goût, nous n'aurions nullement besoin d'entreprendre son éducation esthétique. Sans doute, il faut'être renseigné sur les goûts naturels des enfants. Il importe de connaître leur état de développement intellectuel et la tournure de leur esprit, pour ne les mettre jamais en face que d'œuvres artistiques qui soient à leur portée et de nature à les intéresser. Mais, si Ton doit se préoc-

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