JEUX ET JOUETS. H
clioix précis, où se niaiiifrsle iiolaiiimciil la diUV-reiico des sexes? « Oik^ Ton considère une petite Hlle et un petit g^arçon, a justenienl fait observer Hartmann'. L'une se pare et s'ajuste, veille sur sa poupée, fait la cuisine, blanchit et repasse le lin^e dans ses jeux; l'autre bâtit une maison, joue au soldat, monte à cheval sur un bâton... Si le i^oùt du jeu n'était qu'un effet de l'imitation, les i^-arçons et les filles imiteraient de la même manière, puisqu'ils ne comprennent pas la différence des sexes, et qu'à vrai dire cette différence n'existe pas encore pour eux. » Il faut donc l)ien admettre que le pressentiment confus de leur destinée future est ce qui dicte aux enfants le choix des actions qu'ils imitent dans leurs jeux.
Qu'on explique d'ailleurs comme on le voudra l'oriii^ine du jeu chez l'enfant, ce qui du moins est hors de doute — et cela seul nous intéresse ici, — c'est l'utilité de ce jeu dans l'exislence enfantine. On oppose sans cesse les deux termes de « jeu » et de « travail ». A vrai dire, renfaut ne fait pas de distinction bien claire entre ces deux modes de l'activité. C'est à l'école qu'il s'habitue à établir une différence nettement tranchée entre le travail ag-réa-
I. Hartmann, Philosophie de V inconscient (1. I, 2e partie, i).
ble qu'est pour lui le jeu, et h\ besog'ne ennuyeuse qu'est à ses yeux le travail imposé. Encore arrivet-il qu'il mêle plus d'une fois ces deux notions : -s'amusant en dehors de l'école à jouer « à la •classe », et par jeu s'occupant laborieusement en classe à g-raver son nom sur les tables ou à illustrer de dessins ses cahiers et ses livres.
Mais l'utilité du jeu dans la vie enfantine demande à être plus clairement définie. Affirmer que l'enfant qui joue se prépare à la vie, ce n'est point vouloir dire que le petit g-arçon devient plus tard un bon soldat et la petite fille une bonne mère, parce qu'ils ont joué l'un « à la petite guerre », l'autre « à la petite maman ». Non; la préparation de la vie par le jeu ne consiste pas ■dans l'apprentissage direct des fonctions qu'il faudra accomplir au cours de l'existence, mais plutôt dans l'exercice général des organes et des facultés qui plus tard seront nécessaires à l'accomplissement de ces fonctions. L'enfant qui, jouant à la petite g-uerre avec ses camarades, court, franchit des obstacles, donne des couj)s, en reçoit, condîine un plan de défense, organise une attaque, cet enfant-là fortifie ses muscles, assouplit ses membres, exerce sa volonté, développe son esprit d'initiative et de décision, ses qualités de courage et de hardiesse. Et la petite fille, qui mange sa