‹ L'art et l'enfantChapitre 46 sur 114 · JEUX KT JOUETS · texte numérisé non relu

JEUX KT JOUETS

étroite de l'art et du jeu? Conmio l'art, 1«' jeu n'eslîl pas tout d'abord une inauiFestatiou d'activité désiutéressée? Il est loin sans doute d'être dépourvu d'utilité; mais sou utilitt; est uu n'sullat pour ainsi dii'o indirect : ce n'est pas là le but poursuivi par l'enfant, lequel joue pour jouer, ainsi (pie le poète cliante pour clianler. Comme l'art aussi, le jeu n'est-il pas en grande partie une imitation de la réalité? Assurément, l'imitation de Tai-liste diffère de celle de l'enfant. Celui-ci ne se rend pas compte qu'il reproduit par jeu ce qu'il voit autour de lui; l'artiste, au contraire, a pleinement conscience de ce qu'il fait : l'un joue avec son ima^iination, l'autre en est plutôt le jouet. Et, d'autre part, tandis que l'artiste, qui représente dans ses œuvres les clioses environnantes, clierclie à communiquer aux autres sa vision personnelle du monde, l'enfant^ lorsqu'il imite par jeu les scènes de son entourage, s'absorbe en lui, recberche même l'isolement, aime mieux jouer seul qu'avec de petits compagnons : l'art a toujours une tendance sociale, le jeu commence au contraire par être individuel et ne devient collectif qu'à la long'ue. Mais, en dépit de toutes ces différences, l'art n'en est pas moins, peut-on dire, dans le prolongement de l'activité du jeu. Et c'est pourquoi il n'y a pas lieu de s'étonner de voir le jeu aider

pour une grande part à la formation artistique de l'enfant.

Connaissant la nature psychologique du jeu, nous pouvons en déduire quel est le caractère des jouets qui conviendront le mieux à l'éducation esthétique de l'enfant. Ces jouets devront, par l'élég-ance de leurs formes, lui inculquer la notion de la beauté, et, par leur aspect sugg-estif, donner à son imagination une tournure poétique.

On commencera donc par éloigner de l'enfant tous les jouets dont l'apparence inartistique habituerait ses yeux à la vue de la laideur : hochets iuformes, pantins grotesques, poupées disgracieuses seront impitoyablement proscrits. Pour le uième motif, j'oserai exprimer le souhait, — dût mon audace passer pour révolutionnaire, — qu'on ne le fît plus assister aux spectacles de Guignol. Car, avec ses personnages l)izarrement accoutrés, à la figure caricaturale, aux gestes saccadés, au langage saugrenu, le théâtre de Guignol peut-il inspirer à son public enfantin d'autre sentiment que celui du ridicule et de la bouflTonnerie? Sera-ce d'ailleurs une grande privation pour les enfants? Observez-les devant une scène de Guignol, assis sur les banquettes : ils n'ont l'air de s'intéresser que très médiocrement à l'action toujours si languissante des pièces qu'on

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