‹ L'art et l'enfantChapitre 48 sur 114 · JEUX ET JOUETS. 2 1 I · texte numérisé non relu

JEUX ET JOUETS. 2 1 I

bien permis de faire observer que ce jouet, par sa nature éminemment sug-çestive, est encore le plus susceptible de plaire à l'enfant. Gomme il est imaginalif, l'enfant aime surtout les jouets qui font travailler son imagination. Aussi se lasse-t-il très vite par exemple des jouets automatiques, — dont il semble qu'on abuse un peu trop aujourd'hui; car, la mécanique une fois mise en mouvement, il ne lui reste rien à faire; et c'est pourquoi nous voyons que de tels jouets, ne donnant pas satisfaction à sa faculté constructrice, sont surtout ceux qu'il est réduit — pour s'amuser un peu — à démonter et à démolir. De même, ce sera le défaut des jouets d'actualité que de parler peu à l'imagination enfantine, parce qu'ils représentent des objets que l'enfant n'a pas eu fréquemment l'occasion d'avoir sous les yeux. C'est donc en cherchant à faire du jouet un moyen d'éveiller chez l'enfant les sentiments esthétiques, que nous avons le plus de chance d'atteindre le but véritable du jeu, lequel est avant tout, ne l'oublions pas, d'amuser. Au surplus, le jouet de fabrication française n'a-t-il pas toujours eu une renommée universelle d'élég"ance et de bon goût? Deux occasions assez récentes nous ont permis de nous convaincre que cette réputation n'était point usurpée : c'est, en iç)00,V Exposition des jouets anciens, et en 1902,

V Exposition de l'Enfance du Petit Palais^ . Les jouets anciens, qui ont subsisté, sont tous il est vrai des jouets de prix; et ce ne sont pas des jouets de ce genre qu'il faut conseiller à l'industrie française de fabriquer aujourd'hui. Le jouet doit tendre au contraire à se démocratiser. C'est justement pour encourager chez nous la fabrication de jouets à la fois de bon goût et à bon marché que depuis 1901 a lieu chaque année à Paris un Concours de jouets. Le premier de ces concours était dû à l'initiative de M. Lépine, préfet de police. Son succès engagea les petits fabricants et les ouvriers inventeurs de jouets à se constituer en une société qui a organisé les concours suivants : le sixième a été ouvert en septembre 1906'. En 1906 s'est également fondée à Paris, sous la présidence de M. Léo Claretie, une société dont nous avons eu l'occasion de parler : la Société des amateurs de jouets artistiques anciens, qui a pour but de travailler au perfectionnement esthétique et moral des jouets français par le retour à la tradition des meilleurs

1. Voir Léo Claretie, l'Exposition des jouets anciens {Revue Bleue, i5 septembre 1900), et Marcelle Tinayre, .1;/ pays des jouets {Revue de Patois, ic" janvier 1902).

2. Pour la description et la reproduction des principaux jouets exposés dans ces concours, voir la revue la Nature (numéros du 7 décembre 1901, du ler novembre 1902, du 3 octobre 1908, du 2 janvier 1904, du 11 novendîre 190.5).

JEUX ET JOUETS. 2l3

modèles d'autrefois. Cette Société publie tous les deux mois un Bulletin surtout consacré à l'étude historique du jouet ' ; et elle se propose de grouper tous les amateurs et collectionneurs de jouets pour créer un jour « le musée des jouets ». Il est à souhaiter que tous ces efforts parviennent à rénover en France l'art du jouet.

En attendant, comme le meilleur fabricant de jouets est encore l'enfant lui-même, il appartient aux parents et aux maîtres d'encourager et de dirig-er son ingéniosité créatrice". II aime, en particulier, à modeler avec ses doigts une matière malléable : l'hiver, nous le voyons façonner des bonshommes de neige ; l'été, sur les plages, il construit avec du sable des châteaux forts élevés ou des ports de guerre savants. Profitant de son goût architectural et plastique, exerçons-le à faire de menus objets artistiques avec du papier, du

1. Voici quelques articles publiés dans ce bulletin : Mme Lucie Félix-Faure Goyau, .4 propos de jouets ; Henry d'Allemagne, Les Soldats de plomb; Arthur Maury, Marionnettes ; Mme Juliette Adam, Histoire de tambour; H. Avelot, Jouets d'Afrique ; Jules Claretie, Un jeu de patience ; Maurice Lippmann, Hochets anciens ; Gaston Vincent, Les Jouets au Musée du J,ouvre ; Léo Claretie, Les Jouets et l'histoire; Mlle Renée de Vériane, Les Marionnettes dans l'antiquité ; lescriptions de collections...

2. C'est ce que recommande ]M. Frédéric Queyrat dans son livre sur les Jeux des Enfants (Paris, Alcan, 1905, p. i53).

2l4 LE MILIEU ARTISTIQUE.

carton, de la paille', des bouchons de lièg-e ou des coquilles de noix^...

L'ingéniosité enfantine est d'ailleurs sans égale. Dans une page charmante de la Préface des méditations^ Lamartine 3 raconte que tout enfant il s'amusait avec ses petites sœurs à un jeu qu'ils avaient appelé « la musique des anges ». Cela consistait à faire une sorte de harpe avec une baguette d'osier recourbée, aux deux branches de laquelle il nouait des cheveux blonds coupés aux tresses pendantes des fillettes ou parfois des cheveux blancs que se laissait arracher une vieille tante complaisante. La harpe était exposée au vent. Alors, dit Lamartine, « le vent d'été, qui dort et respire alternativement d'une haleine folle, faisait frissonner le réseau el en tirait des sons d'une ténuité presque imperceptible, comme il en tire des feuilles dentelées des sapins. Nous prêtions tour à tour l'oreille, et nous nous imaginions que c'étaient les esprits célestes qui chantaient... »

Sollicitons l'enfant à imaginer des jeux de ce

1 . Consulter l'ouvrage de MUe Koenig, Travaux récréatifs pour les enfants de quatre à dix ans.

2. Voir dans la revue la Nature deux articles de M. Arthur Good, l'un intitulé : Joujoux en bouchons (2 janvier 1904), et l'autre : Joujoux en noix (17 septembre 1904).

3. Lamartine, Premières méditations poétiques (Paris, Hachette, pp. 23-34).

JEUX ET JOIETS. 2 I [>

genre, et nous verrons son àine s'ouvrir de bonne heure à la l>eauté et à la poésie des choses. Car, si celle formule est vraie : « Dis-moi quels sont tes jeux et je te dirai que lu es )>, plus juste encore est celle-ci : « Dis-moi quels sont tes jeux et je te dirai (jui tu seras ».

Page 1