‹ L'art et l'enfantChapitre 51 sur 114 · LA BEAUTE DES VILLES · texte numérisé non relu

LA BEAUTE DES VILLES

des plaisantins, qui, à propos de ces imaei-cs d'une beauté divine, ne craiei-nent pas de donner cours à leur humeur facétieuse. »

Si les grandes personnes ne paraissent pas toujours tirer de la visite des musées un véritable profit esthétique, que sera-ce des enfants? Matériellement déjà, le musée a pour les enfants le tort de n'être pas aménagé selon l'optique qui leur convient. Puis, c'est pour les enfants surtout que la juxtaposition de tant d'œuvres d'art est fâcheuse : leur attention s'éparpille et ne parvient jamais à se fixer. Enfin, ni le choix des œuvres, ni leur classement n'est fait en vue d'une initiation progressive à la beauté artistique. Comme il s'adresse plutfjt aux connaisseurs qu'aux profanes, le musée ne se préoccupe pas de choisir des œuvres à la portée de toutes les intelligences, ni même de graduer au moins les œuvres qu'il choisit selon leur difficulté de compréhension. Pour toutes ces raisons, on conçoit sans peine que les enfants, si on ne dirige pas avec soin leur visite dans un musée, en sortent les yeux troubles et l'esprit confus.

Voici comment un artiste, qui s'est dernièrement révélé écrivain, M. Ferdinand Bac', raconte l'im-

I. F. Bac, Vieille Allemagne [Vas(\\iç\\ç, ignO ; chap. xi l'Ennemi (les Musées, p. i5o).

pression que lui laissaient tout enfant ses promenades dans les musées : « Quand, dans ma jeunesse, mon père m'y amenait le dimanche, c'était dans une atmosphère de poussière un ennui tout particulier qui tombait sur mon esprit. Dans la g-alerie des tableaux, ces hommes et ces femmes étrang-es, bizarrement attifés, me fascinaient et me faisaient peur. A la sculpture, ces impressions se compliquaient de je ne sais quoi de sépulcral; ces alig-nements de statues nues ou drapées, sous ces voûtes glaciales, me donnaient l'effroi des éternelles immobilités... »

Avons-nous signalé les nombreux inconvénients que présentent les musées, en particulier pour les «nfants, afin d'en interdire à ceux-ci toute fréquentation? Telle n'est pas notre pensée. Mais, parles réserves que nous venons de faire, nous avons voulu simplement empêcher les éducateurs de trop compter sur les musées en vue de la formation esthétique de l'âme enfantine, et surtout leur rappeler que, pour en tirer le meilleur parti, il convient d'en faire un usag-e prudent et méthodique.

Le mieux, assurément, seraitqu'on créât des musées spéciaux pour les enfants : les dispositions matérielles en devraient être soig'neusement adaptées à ce jeune public; on y réunirait des œuvres faciles à comprendre et que l'on classerait aussi

LA BE.VUTK DKS VILLES. '.Î2.'i

judicieusement (juo possible. A défaut de ces nuisées, il faut nous accommoder de ceux ([ui ne sont pas destinés à l'enfance. Nous n'y conduirons du moins les enfants tpie pour des visites très courtes. Pas de promenades à l'aventure dans toutes les salles; mais, à propos ilu récit d'un yrand événement historique ou de la l)iograpliie d'un pcrsonnag-e illustre, on mènera les enfants devant le tableau ou la statue qui se rapj)orte au sujet en question. Plus tard seulement, lorscpTils seiont déjà assez grands, on pourra leur faire suivre à travers plusieurs salles le développement des genres et r<'volution des écoles, ou par des comparaisons entre des œuvres d'inégale valeur leur faire comprendre les procédés de la composition et de la technique'.

La société de propagande artistique populaire r Art pour tous, a déjà essayé d'organiser pour les

I . Comme nous avons eu l'occasion de le dire, c'est en présence des œuvres d'art qu'il convient de donner aux enfants quelques notions élémentaires d'histoire de l'art, et non pas en classe sous forme de cours théoriiiuc. Mais, pour leur permettre de coordonner un peu leurs souvenirs et leurs impressions, il sera boa de leur mettre entre les mains un précis clair et simple. Nous recommanderons à ce sujet le livre bien connu de E. Pécaut et C. Baude : L'Art, simples entretiens à l'usage des écoles primaires (Paris, Larousse), et l'ouvraç^e plus récent de Salomon Reinach : Apollo (Paris, Hachette).

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enfants des écoles des promenades dans les musées de Paris; et cette tentative a, paraît-il, pleinement réussi. « Pendant les vacances scolaires de igoS, a écrit M. Louis Lumet', Paul Fribourg' réunit un croupe d'un millier d'enfants de dix à treize ans. Nous les avons conduits au Louvre, à Guimet, au Trocadéro, à Galliéra, et ils ont émerveillé les conférenciers par leur tenue, leur attention et leurs questions intellio-cntes. » Ce premier essai ayant été couronné de succès, l'Art pour tous a formé dans plusieurs arrondissements de Paris et dans quelques communes de la banlieue des « sections enfantines » qui fonctionnent très régulièrement ; tous les jeudis sont org-anisées pour les enfants des promenades éducatives et récréatives; tantôt on leur fait visiter de grands magasins, des usines, des établissements scientifiques ; tantôt on les conduit dans des musées ou des monuments célèbres (Musées des Invalides, de Cluny, Carnavalet, Galliéra, Petit-Palais, Arts et Métiers, Panthéon, Donjon de Vincennes...) A l'imitation de l'Art pour tous, la Société d'études et de propagande pour le développement de la culture artistique et de V enseignement du dessin, dont nous

I. Louis Lumc), L" Ait pour /ows (Paris, Cornély, 1904, préface, p. 21).

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