LA BEAUTK DES VILLES
crilique contemporain ', « \ii\q belle de nuit ». Le soir, quand s'allument l'cril cliquetant des réver- I);'re.-; et les feux blancs des globes électriques, quand s'iihimiueul les devantures des magasins, la rue prend véritablement un aspect féerique.
Outre le mouvement de la rue et la fête joyeuse de ses couleurs et de ses lumières, nous aurons à faire admirer aux enfants les larges perspectives des grandes avenues plantées d'arbres et les vastes étendues des places publiques ensoleillées. Dans les villes, que traverse un lleuve ou une rivière, nous leur montrerons le fier enjambement des ponts et la longue bordure des quais avec leurs maisons qui se mirent dans l'eau. Et, pour dérouler à leurs yeux lout le panorama des cités, nous les ferons sortir parfois des agglomérations urbaines, afin qu'ils aperçoivent de loin le groupement des maisons, qui tantôt s'étagent en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, tantôt semblent agenouillées dans la plaine au pied d'un clocher hautain.
Il n'est pas jusqu'aux toits des maisons qui ne puissent offrir d'artistiques visions. Et je ne parle pis seulement de ces toitures pittoresques d'autrefois, que par exemple ont conservées dans la vieille
r. C. Mauclair, Le stijie de la rue moderne [Revue Bleue^ 2 décembre igoS, p. 721).
^32 LE MILIEl ARTISTIQUE.
Allemagne quelques cités du moyen âge. Voici comment Ferdinand Bac, dans le livre que nous avons eu l'occasion de citer plus haut, nous a dépeint la ville de Nuremberg-, telle qu'elle apparaît du haut des remparts, avec sa forêt de clochers élancés, de toits pointus et de girouettes en forme de dragons : « La poésie des toits saisit Timolhée comme une musique imprévue. Tout ce tableau était si imprévu pour ses yeux, qu'il ne put trouver une parole. Il révélait toute une architecture aérienne, qui semblait créée pour la seule joie des oiseaux. Dans la tiédeur du soir, un enchevêtrement de pignons, de tourelles couvertes, de tuiles rondes, animées d'innombrables nichées, s'étalait avec ses plans successifs dans une délicate perspective estompée... » Je ne songe pas non plus à ces toits en terrasses, que ne manqueront pas, dit-on, de construire les architectes futurs, et qui, selon le mot de Gustave Kahn ', mettront tout l'été sur la tête des villes « une couronne florale » : sortes de jardins suspendus, à l'instar peut-être de ceux de Babylone, où dans les lièdes soirées du printemps prolétaires et bourgeois se réuniront en famille à la clarté des étoiles... Mais est-ce que les simples
I. G. Kahn, L'esthétique de la rue (Paris, Fasquelle, njoi, p. 267).
LA UKAl Ti; UES VILLES.
toits de nos maisons (raujourd'liui, bien qu'enlaidis par les longs tviyaux c'oin'és de ridienles chapeaux de tôle, ne sont pas tout de même curieux à voir avec l'inclinaison variée de leurs pentes et l'amusant chaos de leurs cheniiiu'es? Du spectacle de ces toits une poésie parfois luème se dégage, (juand dans le soir tombant ils se mettent tous ensemble à fumer joyeusement à l'heure proche du repas familial, ou quand, par un«' luiil lumineuse, selon le vers d'E. Rostand :
I^e clair de lune coule aux [)entes des toits bleus.
Ainsi, bien des paysag'es urbains sont dignes d'une attentive contemplation. Qui veut s'en convaincre encore mieux n'a qu'à regarder la série des belles estampes d'Henri Rivière, intitulée « Paysages parisiens ». Mais devant ces aspects artistiques des villes l'œil distrait des enfants risque de passer sans s'arrêter, si nous n'avons soin de familiariser peu à peu leurs reg"ards avec cette physionomie propre, que chacune de nos cités tient des destinées de son histoire et de la conformation même du sol où elle s'élève.
CHAPITKK VI.
Les Beautés de la Nature,
A J.-J. Rùusseau revient l'honneur d'avoir le [)remier demandé que l'éducation de l'enfant fiU faite dans le cadre de la nature. « Les hommes, a-t-il dit dans L'Emile \ ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, niais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver... L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables : cela n'est pas moins vrai au propre qu'au figuré. Les villes sont le goulTre de l'espèce humaine... Envoyez donc vos enfants se renouveler, pour ainsi dire, eux-mêmes,. et reprendre au milieu des champs la vigueur qu'on perd dans l'air malsain des lieux trop peuplés. » Joignant l'exemple au précepte, c'est en pleine campagne, aux rayons du soleil levant, que J.-J. Rousseau donne à Emile sa première leçon de géographie. Et c'est également aux lueurs naissantes du jour, du haut d'une colline qui dominait la vallée du Pô et d'où l'on apercevait au loin la chaîne