LES BEAUTÉS DE LA NATURE
Mais dans l'esprit de tous ces pédagog-ues la pensée de l'éducation esthétique de l'enfant par la contemplation de la nature ne semble pas avoir tenu la place qu'elle mérite. Les trésors de beauté que renferme la nature ne sont-ils pas cependant ceux qu'il importe surtout de faire apprécier à l'enfant, puisqu'ils sont ceux dont il pourra le plus facilement jouir durant toute sa vie, comme un jour le rappelait Ruskin en ces phrases éloquentes : « 0 hommes de peu de foi, quelque pauvres, quelque las que vous soyez, quelque humble que soit votre entourage, n'avez-vous pas toujours au-dessus de vos têtes le ciel vaste et sans limite, où sont peints pour vous les plus splendides tableaux que vous puissiez voir, si seulement vous avez assez de cœur, assez d'âme pour lever les yeux et les reg-arder? »
De ces beautés de la nature il est intéressant de savoir tout d'abord ce que l'enfant apprécie de lui-même, sans initiation préalable.
Devant un vaste paysage l'enfant demeure en général indifférent. Au lieu d'embrasser l'ensemble, son œil s'accroche au premier détail venu, fùt-îl insignifiant et même dépourvu de toute valeur esthétique. Dans son ouvrage sur L'Art et la Poésie citez
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l'enfant, B. Pérez nous raconte que des enfants, conduits en excursion au Pic-du-Midi, éprouvèrent surtout du plaisir à grimper en s'imaginant qu'ils étaient des ânes. Le même auteur nous parle encore d'un enfant qui, au cours d'une promenade en un pays magnifique, s'était amusé seulement à compter le nombre de bornes kilométriques. Et dans plus d'un livre de « mémoires d'enfants », nous trouverions des exemples analogues de celte attitude enfantine en présence des plus beaux tableaux de la nature. Jules Renard ', dans ses Bucoliques, nous cite le trait suivant : « La famille a fait avec Bertlie un long voyage et vu des tas de villes, de plaines, de montagnes, de fleuves, de merveilles. Chacun raconte ses souvenirs. Berthe laisse parler et quand on a fini : — Moi, dit-elle, j'ai vu un joli petit chien. » Et voici comment Jules Biart^ a décrit les promenades que, tout enfant, il faisait avec son père dans les environs de Paris : « Au fond, je m'intéressais beaucoup plus aux hannetons qui « comptaient leurs écus », aux taupes en habit de velours que je surprenais soulevant la terre, aux têtards qui pullulaient dans les flaques d'eaux, aux nids losrés dans les branches ou dans