‹ L'art et l'enfantChapitre 58 sur 114 · I.KS BKAl IKS l)i: LA NAUKK · texte numérisé non relu

I.KS BKAl IKS l)i: LA NAUKK

les (roues creuv, (jiraiix collines que couronne rafjueduc de Marly, grandiose paysage que mon guide, qui connaissait l'Italie, comparait à ceux de la campagne romaine. Pauvre père, je trouvais toujours qu'il admirait trop long^temps les jeux de la lumière, le pittoresque des vallées, les formes capricieuses des nuages. Lorsqu'il s'oubliait par trop dans une de ces contemplations, je me hasardais à le tirer par la main, à lui dire que j'avais assez vu. »

Si l'enfant aime les promenades à la campagne, c'est simplement parce qu'elles fournissent à son besoin perpétuel de mouvement et d'action l'occasion de s'exercer. Son plaisir, ce n'est pas de contempler longuement de lointains horizons, c'est de sauter les petits ruisseaux que son imagination lui fait prendre pour de larg-es rivières, c'est d'escalader des collines qui sont à ses yeux des montagnes. Et plus le site est grandiose, moins il est capable de l'enfermer dans le champ restreint de sa vision. Comme il a, à cause même de sa petitesse, une tendance à grandir tout ce qu'il aperçoit, les paysages, pour peu qu'ils soient étendus, paraissent sans aucune proportion avec lui. Aussi l'indifférence, où le laisse la vue de modestes paysages, se change-t-elle pour lui en un sentiment d'effroi devant des spectacles plus imposants, comme ceux de la mer ou de

la montag^ne. La mer surtout, quand il la voit pour ja première fois, lui cause une impression de terreur. Voici comment P. Loti' a décrit sa première rencontre avec l'Océan : « Tout à coup, je m'arrêtai, glacé, frissonnant de peur. Devant moi quelque chose apparaissait, quelque chose de sombre et de bruissant, qui avait surgi de tous les côtés en même temps et qui semblait ne pas finir; une étendue en mouvement qui me donnait le vertige mortel. »

Si l'enfant ne sait pas apprécier la beauté pittoresque de la nature, à plus forte raison ne sait-il pas apercevoir les relatious mystérieuses qui unissent le monde extérieur à nous. Mais de cette dernière incompréhension il n'y a pas lieu de nous étonner. Car, la littérature est là pour l'attester, les hommes eux-mêmes ont mis longtemps à découvrir, sous les dehors apparents des choses, leur vie profonde et cachée. Homère avait déjà su peindre les aspects généraux de la nature, « la mer retentissante », « l'aurore aux doigts de rose » et « la nuit d'ambroisie ». Mais il faut arriver jusqu'aux temps modernes pour trouver des écrivaius qui vraiment soient entrés en communion avec l'àme obscure des

I. P. Loti, Le Roman d'un enfant (Œuvres complètes» C. Lévy, t. V, p. 3oi).

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