‹ L'art et l'enfantChapitre 6 sur 114 · PRLNCIPES GÉNÉRAUX DE L'ÉDUCATION ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

PRLNCIPES GÉNÉRAUX DE L'ÉDUCATION ESTHÉTIQUE

CIIAPIÏllI^] I^llEMIER.

La place de l'art dans notre société.

Si nous jetons un rapide coup d'œil sur la société de notre temps, pour y examiner la place que l'art et la beauté occupent dans l'existence bourgeoise et dans la vie populaire, nous sommes frappés de ce fait anormal que les joies esthétiques sont offertes à des gens qui ne savent pas toujours les apprécier, et refusées à d'autres qui voudraient bien les connaître et sauraient sans doute les g-oùter.

De nos jours, en effet, nous voyons que l'art est à peu près exclusivement réservé à la classe bourgeoise. C'est pour elle que les artistes travaillent ; c'est son admiration qu'ils recherchent, en même temps que son arg-ent. Quant aux beautés les plus rares de ,1a nature, celles qu'il faut aller découvrir en de lointains voyages , les conditions économiques de la société en font encore le privilège de la bourseoisie. Mais celte bourgeoisie ainsi

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favoris<^^ n'en reste pas moins très sonvent étrang"èrc à la fois aux Ijeaulés de la naliuc, que sa richesse met à sa portée, et aux jjeautés de l'arl, ipii en pallie furent ciéées pour elle.

A voir l'exode annuel des riches citadins vers la monlaei'ne ou vers la mer, on serait porté à croire qu'un vif amour de la nature est ancré au cœur d'un çrand nombre de nos contemporains. Trompeuse apparence. Ce qui pousse tant de cens à déserter deux ou trois mois par an la ville pour la campagne, c'est l'humeur particulièrement inquiète des hommes d'aujourd'hui, avides de changement ; c'est la nécessité pour ainsi dire hygiénique d'une halte dans le tourbillon de notre existence fébrile; c'est aussi l'esprit d'imitation et un sentiment moins avouable d'amour-propre et de vanité. Voyageurs contraints, plutôt qu'amoureux des voyages, beaucoup, dès l'heure du départ, aspirent au retour. Ayez d'ailleurs la curiosité de les suivre, ces riches bourgeois, sur les plages ou dans les villes d'eaux qu'ils fréquentent. Se préoccupent-ils d'admirer les spectacles de la nature? En aucune façon. Ce qu'ils veulent, pour la plu[)art, c'est retrouver dans un cadre différent les plaisirs qu ils avaient à la ville : concerts, représentations tliéàtrales et bals. Et si parfois, pris de remords, ils songent à visiter dans le voisinage les sites renommés,

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ils le loiil sans ciitliousiasmc, |)ar pur ar(|iiit (\{conscience. L'esstMilirl iTcsl-il jias, aux nciix de heaiicoiip d'entre eux, de pouvoir, lliiver dans les salons, se vanter d'avoii" si'joiiriK' dans une station à la mode?... i^Mit-on dire (pie ee soit là aimer \ laiment la nature !

Le même « snobisme » obliine certains l)onru:eois à faire semblant de s'intéresser aux diverses manifestations de l'art. Ils vont aux concerts, mais c'est pour qu'on y remarque le luxe de leurs toilettes f>u pour avoir le droit de dire qu'ils ont entendu quelque œuvre célèbre ou fjuelque artiste en renom. Achètent-ils des tableaux ? C'est afin qu'on sache qu'ils possèdent des toiles d'un g-rand prix. Ils vont aussi voir jouer les pièces de théâtre nouvelles et lisent les romans récemment publi('s , afin de pouvoir placer au sujet de ces œuvres quelques phrases dans la conversation. En un mot, tous ces §ens ne songent (ju'à « paraître ». L'art n'est pour eux qu'un moyen de plus d'étaler leur fortune ou de donner l'illusion de la richesse.

De ce snobisme esthétique on jugera peut-être qu'il vaut mieux rire que s'indigner. D'aucuns même essayeront de le justifier. Tout comme l'hypocrisie est « un hommage à la vertu », le snobisme, dit-on, est un hommage à l'art. Il contribue d'ailleurs, à faire vivre les artistes, en leur procu-

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