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miers dessins de l'enfant trahissent une insij^ne maladresse de sa main en même temps qu'une insuffisance notoire de sa vision. Mais il ne faut pas trop juger des aptitudes enfantines au dessin par ces grossières esquisses toutes conventionnelles du petit écolier, esclave de la routine. Du moins ce qui est sur, c'est que ces premiers dessins, si imparfaits soient-ils, attestent le goût très vif que l'enfant éprouve à dessiner.

Or, l'expérience nous montre qu'en avançant en âge l'enfant perd peu à peu ce goût du dessin, qu'il avait à l'origine. Et nous voyons ce goût diminuer en lui précisément à partir du jour où on lui enseigne à dessiner. Dès lors il est assez naturel qu'on en vienne à incriminer un enseignement, dont le résultat semble être de détourner l'enfant d'un exercice, pour lequel il manifestait tout d'abord une réelle inclination. Il y a donc lieu d'examiner les méthodes suivies jusqu'à présent dans nos établissements scolaires pour l'enseignement du dessin et de voir s'il ne conviendrait pas de leur substituer une méthode nouvelle.

Mais auparavant il importe de discuter la théorie de Spencer, qui recommandait de donner à l'étude

l'enseignrmrnt du drssin. aOr»

«lu coloriaço la prédomiuiuice sur (cllc «lu dessin. D'après SjxMK'er, l'enfanl aiino l»(';ni<(>u|) mieux barbouiller du papier avec des couleurs «piv grilfounerdes lii^iies ; et c'est celle jjrt'lendue prédilection de l'enfanl pour la <'ouleui" <pi'il inNoipie à l'appui de sa lUL'lhode : <( Uuel est, dit-il ', le procédé de représentation «pii <louue à l'enfant le j)lus de jouissance? La coloration. Le crayon et le pa{)ier lui servent à didaul de niieu.v. .Mais une boîte de couleurs et un pinr(Nui sont pour lui des trésors. Le dessin passe d'abord ajuès le coloris. Il ne fait le dessin d'un objet (|ue pour le colorier, et si on lui donne un livre de lilliographies avec la permission d'y ajouter la couleur, cpiel bonheur ! Or, si ridicule que cela puisse sembler aux maîtres du dessin, (pii ajournent l'i'lude de la peinture et f{ui enseignent la forme par d'ennuyeux exercices de dessin linéaire, nous sommes convaincu (jue la marche indiquée par la nature est la bonne. »

Mais, à supposer même rpie cette j)référence de l'enfant [)our la couleur fût universelle, — ce que l'expérience ne paraît pas du tout établir, — il ne s'ensuivrait point, selon nous, (pie l'éducateur dût aveu"hMnent obéir à cettiî tendance naturelle.

I. Spencer, De l'éducation iiifcllcdiiclli', inorah el phijsique (trad. Paris, Alcan, p. i/ja).

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L'éducation, pour une grande part, consiste, sinon bien entendu à aller contre la nature, du moins à ne pas se conformer trop docilement à toutes ses indications. Or, en l'espèce, que l'on song-e, par un apprentissage d'ailleurs prématuré, à faire de l'enfant un artiste, ou que l'on veuille simplement par l'étude d'un art contribuer à l'éducation esthétique de ses sens, il nous semble que dans les deux cas l'enseig'nement du dessin doit l'emporter sur l'enseig'nement du coloriage. Avant de peindre, ne faut-il pas dessiner, c'est-à-dire limiter par des lig'nes l'espace où l'on appliquera les couleurs? Et ne voyons-nous pas que, pour cette raison, les meilleurs peintres ont toujours attaché au dessin une très g'rande importance? La collection des dessins de Puvis de Chavannes, qui se trouve au Musée du Luxembourg", et celle des dessins d'Ingres, que possède le Musée de Montauban, nous montrent quel long- travail de dessinateur suppose la préparation d'un tableau. Dans l'éducation du futur artiste l'étude du dessin doit donc naturellement précéder celle du coloriage. Et, s'il s'ag-it plus modestement de travailler par la pratique d'un art à l'éducation de la main et de l'oeil de l'enfant, c'est l'étude du dessin qui seule alors s'impose.

Qu'on donne à l'enfant, pour l'amuser, des dessins à colorier, nous n'y voyons aucun inconvé-

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