L ENSEIGNEMENT DU DESSIN
nient : il peut, à son aise, l)arl)ouilIer du pa[)ier et se barbouiller lui-même avec des couleurs, il est d'ailleurs possible de satisfaire sou yoùl incontestable pour les couleurs, sans (jue sa j)i()j)i-('l('' ait trop à en souffrir : on n'a iju'à lui incllrc cuire les mains de simples cravons ou des {)astels. Uuanl aux dessins (pu' réclame cet exercice, il est toujours facile d'eu trouver : une institutrice iu^t'nieuse ' donnait récemment l'idée de consacrer à cet usasse les catalog-ues qu'ont l'habitude de nous envoyer les g-rauds mai^asins, le Louvre, le Bon-Marché ou la Samaritaine. L'enfant s'amusera à colorier les joues des belles dames, à teindre leurs cheveux, à donner à leurs robes toutes les luiaïu^es de l'arcen-ciel. Ce sera j)our lui un passe-temps agréable et innocent. Mais d'un tel exercice de barbouillage il n'y a pas à attendre un grand progrès de son éducation esthétique.
Contrairement au conseil de Spencer, c'est donc bien le dessin qu'il convient, semble-t-il, d'enseigner d'abord à l'enfant. Mais selon quelle méthode ?
I. Mlle Julie Sevrette, Les tout petits artistes {Manuef général de r/nstruciion primaire, 11 août 1906).
208 LES ARTS DE l'eNFANCE.
A ne consulter que les désirs de l'enfant, on lui donnerait tout de suite à dessiner les objets les plus complexes. N'a-t-il pas en toutes choses des prétentions disproportionnées à ses forces? S'agit-il de manger ? Il a, comme on dit vulgairement, « les yeux plus grands que la bouche ». Parle-t-il d'entrer plus tard dans la carrière militaire? C'est, bien entendu, pour être général. Lui fait-on apprendre un instrument de musique? Il voudrait, dès le début, jouer de grands morceaux. Il en est de même pour le dessin: à peine sait-il tenir un crayon, qu'il essaie de dessiner ce qu'il y a de plus difficile, la figure humaine ^ C'est que, comme l'a fort bien observé M'"*^ Paola Lombroso, « l'enfant dessine pour lui-même, pour satisfaire une sorte d'impulsion interne, et, par suite, il reproduit seulement les choses qui l'intéressent, quoiqu'il y ait certaines difficultés à les reproduire ».
On s'explique donc qu'obligé par son professeur de dessin à tracer tout d'abord de simples lignes droites et des courbes, l'enfant perde, dès les premières leçons, le goût naturel qu'il avait à dessiner. Un romancier, Lucien Biart, a bien noté dans le livre où U raconte son enfance : « Quand fêtais petit, » cette évolution du goût enfantin. A dix ans,