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L ENSEIGNEMENT DU DESSIN. 2'J

M. (i. OiUMiidiix pari de cette idée (jiie « poiif l'entant le dt^ssin n'est ni nn ail ni une science^ mais seulement un moyen inluitif et pour ainsi dire naturel d'exposer ce (jn'il imagine on de reprc'senter ce ([u'il voit ». Il faudra doiu: faire a{)j»el à l'initiative de l'élève et lui laisser le plus de liberté possible : aucun modèle ne lui sera imposé; c'est lui (pii le plus souvent devra choisir le sien sur les conseils du maître et d'après son expérience personnelle. On n'exiçera pas de lui des dessins achevés dans les moindres détails : il suffira qu'il note les traits caractéristiques des objets et exprime avec clarté les sentiments qu'il épi'ouve en présence des choses. 11 n'y a pas à se préoccuper d'apprendre à l'élève la correction et l'exactitude du dessin : il acquerra ces qualités par la seule pratique. L'essentiel est qu'il cultive son goût, qu'il développe son imag-ination. En un mot, dég-ager la personnalité artistique de l'enfant par un retour à l'étude directe de la nature, tel est le but de cette méthode intuitive, renouvelée de celle que conseillait déjà il y a une trentaine d'années Lecoq de Bois-Baudran.

Voilà quels sont les principes généraux à suivre; voici le programme des exercices particuliers auxquels on devra soumettre graduellement l'enfant. Jusqu'à huit ans on le laissera dessiner ce

aSo LF.s ARTS m: l'enfancr.

qu'il v(Hidra ; on ne tiendra compte que des intentions; on exigera seulement qu'il se fasse comprendre au moyen des lig^nes que tracera très imparfaitement son crayon, comme il se fait comprendre à l'aide des mots. Aux élèves de huit à dix ans on demandera soit de grandes compositions sur des sujets d'histoire enfantine (tels que la Mère Michel, le Chaperon Rouge ou Cendrillon), soit tout simplement des compositions ornementales dont le point de départ sera un canevas géométrique très simple. De dix à douze ans les motifs de composition seront tirés de l'histoire de France et de l'histoire ancienne. A treize ans environ nous arrivons à la transition entre la période imaginative, par laquelle a débuté l'enfant, et la période où la raison s'éveille en lui. Le moment est alors venu de le soumettre à l'observation attentive de la nature, en lui proposant comme sujets à traiter des

paysages, des portraits, des animaux, des plantes

Les études scolaires s'achèveront vers dix-sept ans, sans qu'on ait song^é à enseig"ner à l'élève le côté abstrait du dessin, c'est-à-dire le métier proprement dit : il l'aura appris tout seul et sans effort. Si l'enfant devenu jeune homme se destine à la carrière artistique, c'est à l'âge de dix-huit ans seulement qu'on lui fera entreprendre l'étude méthodique de l'anatomie, de la perspective et des styles.

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Celle iiK'llKxIe se Halle de sin\ le aillant (|iie possible le (lé\('l()[)peiiieiil |»sveli(il()i'i([ue de l'eiifant. El il est très vi-ai (|iie dans l'évolution normale de l'ànie enfanline nous voyons l'iniai^iiiation préeéder la facnlté d'observation, et qu'en particulier an cours de l'acquisilion du lan^ai^e nous voyons l'enfant exprimer sa pensée avant d'avoir appris à parler correctement. Mais (juels seront les résultats d'une telle méthode couiammeut appliquée? Nous croyons qu'elle sera d'un grand profil pour les enfants bien doués; elle dégagera leur originalité et les préparera à devenir des artistes. Mais le but de l'éducation esthétique, nous l'avons déjà dit, n'est pas de former de futurs artistes ; il est plus simplement de développer les facultés esthétiques de tous les enfants. Or, il est à craindre que la méthode de M. Ouénioux, appliquée à des enfants dont les dispositions artistiques seront médiocres, n'aura pour résultat ni d'accroître en eux la faculté imaginative qu'on ne peut étendre quand l'étoffe manque, ni de développer leur faculté d'observation qu'un exercice méthodique aurait au contraire pour elfet de rendre plus puissante et plus aiguë. Sous la forme au moins ([ue lui a donnée M. G. Ouénioux, cette méthode ne nous paraît pas susceptible d'une ap})lication générale.

282 LES ARTS DE l'eNFANCE.

A l'opposé de cette méthode intuitive, qui se propose avant tout la culture de l'orig-inalité artistique de l'enfant, il y a ce qu'on pourrait appeler la méthode mécanique, dont le but essentiel est de développer son habileté manuelle. Cette dernière méthode a été préconisée par un américain, J. Liberti Tadd, qui a réussi à la faire triompher dans son pays. C'est l'Exposition de Chicag'O, en 1893, qui l'a fait connaître à l'Europe, où elle a déjà recruté des adeptes en Allemag-ne et surtout en Angleterre. Il y a quelques années a paru une traduction allemande du livre où J. L. Tadd a exposé sa méthode : New methods in Education, Cet ouvrag-e a été analysé chez nous par M. J. Baudrillard dans deux articles très intéressants de la Revue Pédagogique^ .

Cette méthode de Tadd pour l'enseig^nement du dessin se rattache à un plan beaucoup plus vaste d'éducation g^énérale par le travail manuel, qui aux Etats-Unis est plus en honneur qu'en Europe. Le dessin est l'un des trois exercices essentiels qui doivent concourir à cette éducation; les deux

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