I.A l'OrSII.. ^l
Parisiens de iiciiri'i (|tial<Mv.e ans, ('levés les uns dans leur famille, les autres à l'école priuiaiie, leudail même à établir qu'il existe chez Tenfaut un î^a)ùt très vif pour la poésie. Taudis (jue 70 "/o <J^s petits gareons interroi^és avaient déclaré aimer la niusi- (jue, 86 'Vo avaient déclaré aimer la poésie. Chez les tillcltes la proportion était renversée : sur 200 petites filles, 181) a\ai(Mi! répotidii aiTinMalivemcnt à cette question : (< Aimez-vous la musique? » et lOo à la question : « Aimez-vous la poésie? » Mais (pie prouvent ces vagues déclarations? La plupart des enfants, à qui Ton demandait pourquoi ils aimaient les vers, ne trouvèrent d'autres explications que celles-ci : « Parce que c'est amusant », ou bien : « Parce que c'est instructif ». Il faut avouer que de telles réponses nous renseignent assez peu sur ce que l'enfant éprouve en réalité.
J'estime, pour ma part, que l'enfant aime la poésie tout d'abord parce qu'il la retient sans peine; le rythme est, en effet, d'un g-rand secours pour la mémoire. Il aime encore la poésie parce que son (jreille est ag^réablement bercée par la cadence du vers, par la régularité du nombre des syllabes et par les consonances des rimes. Je le crois déjà beaucoup moins sensible à l'harmonie proprement dite des vers, c'est-à-dire à la qualité même des sons. En tout cas, fût-il capable de sai-
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sir l'harmonie du vers aussi bien que son rythme, c'est là certainement que s'arrête sa compréhension de la valeur esthétique de la poésie. En somme, il apprécie dans les vers uniquement leur beauté formelle.
Mais on peut affirmer, selon nous, que l'enfant reste absolument fermé à ce qu'il y a de vraiment poétique dans la poésie, à savoir au caractère évocateur du vers. Nous avons eu l'occasion de définir ailleurs ' en quoi consiste cette évocation poétique : elle résulte des associations multiples et indéfinies qui se dég^agent à la fois de la forme des vers et de leur contenu. Mais pour que ces associations puissent s'éveiller en nous et s'y dérouler en séries interminables, il faut que notre âme se soit enrichie au cours de l'existence d'un trésor varié d'imag^es, de sentiments et d'idées. Or l'enfant, n'ayant pas encore de passé, ne possède pas de souvenirs. Son âme manque pour ainsi dire de sonorité ; et c'est pourquoi la poésie n'a pas en elle d'échos profonds et lointains.
L'enfant a beau ne pas être à même de saisir ce qu'il y a d'essentiel dans la poésie, nous devons cependant tâcher de lui faire aimer les vers. Peu
I, Dans notre thèse : Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers). Paris^ Alcan, 1904.