‹ L'art et l'enfantChapitre 81 sur 114 · L.v poKsiK. 3r · texte numérisé non relu

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importe (]iril ne comprenne pas à oe( àye la poésie dans sa plénitude; le meilleur moy<Mi de le mettre en <''lal de la comprendre [)his complètement dans la suite, c'est encore de lui donner de boiuie henre riiahitudc d'en goûter au moins ce qu'il peut.

Mais il faut avoir bien soin d'otl'rir à l'enfant des pièces de vers (pii soient susceptibles de lui plaire; sans rpioi l'on risque de le brouiller poui" toujours avec la [)oésie. Celui-là rendrait, à coup sur, un grand service à la fois aux enfants et aux poètes, qui composerait avec discernement et til'oùl une antholog-ie à l'usage de la jeunesse. Tout récemment, des éditeurs anglais, Gowans et Gray, ont publié un petit recueil intitulé : Les cent meilleurs poèmes lyriques de la langue française^ . L'édition est élégante, sans être coûteuse ; et le choix des morceaux, fait par M. Auguste Dorchain, est très judicieux. Cet ouvrage coinvient parfaitement aux jeunes gens et aux grandes personnes; nous souhaitons qu'un second recueil, qui serait le pendant de celui-là, soit bientôt composé pour les enfants.

En attendant, nous avons nous-méme essayé de dresser une liste de poésies susceptibles d'être comprises par le§ enfants ; on la trouvera à la fin de ce

I. Le dépôt de cet ouvrage, dont le prix est de o fr. 70 c, est à Paris, chez Frédéric Gittler, 2, rue Bonaparte.

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volume à V Appendice III. Voici les principes qui nous ont paru devoir être suivis dans un choix de ce g-enre. Pour ce qui est tout d'abord de la forme, il convient de choisir des vers dont le rythme soit très nettement marqué ; car l'enfant , comme nous l'avons dit, est beaucoup plus sensible à la cadence qu'à l'harmonie. Et c'est pourquoi l'expérience nous montre, par exemple, que les enfants apprennent avec plus de facilité et par là même avec plus de plaisir les vers bien cadencés de Corneille et de Victor Hugo que les vers si harmonieux de Racine ou de Lamartine. Outre la netteté du rythme, ce qu'il faut rechercher en vue des enfants, c'est la clarté des imag-es. Leur esprit ne s'intéresse, en effet, qu'aux descriptions précises, capables d'évoquer en lui des visions pittoresques et saisissantes; il se trouve au contraire mal à l'aise en présence de tableaux aux contours flottants, à l'aspect nuageux.

En ce qui concerne le fond, on doit proscrire d'une anthologie enfantine toute poésie qui contient des analyses trop délicates de sentiments ténus et fuyants. A cet égard, nous sommes obligé de reconnaître que, dans son ensemble, notre poésie française, étant essentiellement psychologique, est peu faite pour l'enfance. Nos grands poètes classiques et les meilleurs de nos romantiques se sont

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surtout attachés à décrire des sentiuieuts, les premiers sous une forme très «générale, les seconds avec un accent plus personnel. Quant à iu3s poètes contemporains, ils cou\ien!ient encoi'c moins aux enfants ; car ils n'expriment que des émotions rares et des pensées raffinées. Ce qui intéresse l'enfant, ce n'est pas une analyse de sentiments, c'est la représentation d'une action. Et encore faut-il que celte action soit simple et que les personnag^es en soient familiers à l'esprit enfantin. Pour être comprises par de 1res jeunes lecteurs, les poésies doivent exiger le moins de connaissances possible, historiques ou littéraires, et presque exclusivement faire appel à l'expérience quotidienne de l'enfant. Le succès des fables vient justement de ce (prelles présentent à l'enfant de petits drames très vivants et très simples, dont les acteurs, étant pour la plupart des animaux, sont pour lui des personnages bien connus. La Fontaine sera toujours le grand poète de l'enfance. Et c'est également parce qu'il met en scène des animaux, que le livre récent d'un jeune poète, les Familiers, d'Abel Bonnard, a pu être recommandé par M. Ernest Diipuy ' à l'attention des instituteurs.

I. E. Dupuy, La Poésie et l'Ecole {Revue pédagogique, i5 juillet i<)o()).

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Est-il besoin d'ajouter que ces poésies, minutieusement triées à l'intention de l'enfant, celui-ci ne doit pas se contenter de les lire, mais doit surtout les apprendre par cœur. D'une façon générale d'ailleurs, la poésie, tout comme la musique, ne commence à exister réellement que du moment où elle est entendue. On peut même se demander à ce propos si l'imprimerie, dans une certaine mesure, n'a pas été préjudiciable à la poésie. C'est du moins ce qu'a pensé un grand poète, Alfred de Vigny : « Le tort de l'imprimerie, a-t-il écrit' quelque part, a été de transporter son émotion de l'oreille aux yeux; elle l'a perdue... Mon avis est que tout morceau véritablement et purement poétique , comme les Préludes, de Lamartine, ou la Jeune Captive, d'André Chénier, devrait être copié en manuscrit par des poètes auxquels seuls il serait permis de les lire à haute voix. On n'entendrait alors la poésie qu'avec l'harmonie dont elle est inséparable. »

Pour l'enfant surtout, la récitation des vers s'impose. Il n'en comprend bien le sens et n'en saisit vraiment un peu le charme que si ses yeux peuvent se détacher de la vue des noires let-

I. Alfred de Vigny, Fragment inédit publié dans la Revue latine du 26 sept. 1906, p. 526.

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très imprimées. Et puis, comme il est avantai^eux d'avoir dès le jeune â^e meublé sa mémoire de beaux vers ! On peut alors, selon la remarque de Legouvé, « les dire (piaiid il nous ])laît, toutes les fois qu'il nous plaît, partout où le désir nous (mi prend ».

Mais, à taire réciter des vers aux enfants, il faut veiller à ce qu'ils les récitent bien. Or, une bonne récitation doit avoir trois qualités essentielles : ■elle doit être correcte, inlelliij;ente et élég-ante. Sur ces trois points nous nous bornerons à donner quelques conseils g-énéraux, quitte à renvoyer le lecteur, pour de plus amples détails, aux traités spéciaux de diction'.

Une diction correcte dépend avant tout d'une bonne prononciation. Il importe donc d'apprendre à l'enfant la valeur exacte des sons et de l'habituera articuler nettement les syllabes. Et comme celui-ci règ-le toujours sa prononciation sur celle de son entourag-e, il est essentiel que tous ceux qui l'appro-

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