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LA POÉSIE

Si l'on veut, enfin, (ju'à la correction et à l'inlelliyenco de la diction s'ajoute une dernièic qualité, l'clég-ance, il faut accoutumer l'enfanta faire sentir l'harnionie des vers et à en marquer le rythme. Pour réciter harmonieusement les vers, rien ne \aut mieux sans doute que d'être doué d'une voix naturellement mélodieuse, qui trahit la chaleur contenue de l'àme et révèle la distinction cachée de l'esprit. Mais on peut du moins s'efforcer de corriger chez l'enfant la vulgarité presque toujours ac([uise de la voix. Il ne faut pas nég"li§:er non plus certains détails de prononciation. Veillons, par exemple, à ce que l'enfant fasse, sans aucune affectation bien entendu, les liaisons entre les mots : sa parole deviendra ainsi beaucoup plus coulante. Donnons-lui également l'habitude de prononcer, avec plus de discrétion il est vrai (ju'oii ne, le fait dans le Midi, les e muets qui terminent les mots : on ne saurait dire combien par leur sonorité voilée ces désinences féminines mettent de douceur dans notre langue. Voltaire en avait bien compris le charme, lui qui notait « qu'elles laissent dans l'oreille un son qui subsiste encore après le mot prononcé, comme un clavecin lésonne quand les doigts n'en frappent plus les touches ».

Quant au rythme de la poésie — et nous enten-

dons par là le rythme de nature mathématique \ qui consiste dans la répartition rég^ulière du nombre des syllabes et qui constitue l'essence même des vers — il importe d'accoutumer l'enfant à le marquer dans sa diction. Ceux qui, sous prétexte de naturel, conseillent au contraire de ne pas marquer le rythme dans la récitation des vers, ont le tort, selon nous, de méconnaître le caractère fondamental de la poésie et de tendre à confondre les vers avec la prose. Mais s'il convient avant tout, quand on récite des vers, de donner à l'oreille l'impression de la cadence, encore s'ag"it-il de ne pas transformer la diction en une mélopée monotone et endormante : défaut dans lequel volontiers tombent les enfants. Faisons comprendre à ces derniers qu'on ne doit pas plus « chanter » les vers qu'on ne doit simplement les «parler», mais qu'il faut, somme toute, réciter la poésie poétiquement.

C'est en habituant l'enfant à bien réciter les vers, que nous lui donnerons de bonne heure le goût de la poésie. Et ce g"oût, en se développant avec l'àg-e, lui sera dans la vie d'un secours inestimable. Les préoccupations matérielles de l'existence auront

I . Voir la distinction que nous avons établie dans notre thèse (p. 5o-3i) entre le rythme de nature psychologique et le rythme de nature mathématique.

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