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nition? Rappelons-nous ce mot profond de M™" Necker de Saussure : « On ne contient l'imagination que lorsqu'on l'exerce. » L'imagination est comme un torrent impétueux; en vain vous accumulerez, des obstacles sur le passage des eaux tumultueuses dans l'espoir d'en arrêter le cours : les eaux se frayeront quand même une issue, en inondant tout à la ronde. Au contraire, creusez le lit du torrent, endiguez-le solidement, et les eaux vagabondes, bouillonnantes, se transformeront en canaux paisibles et fécondants... Veut-on interdire à l'imagination certains domaines : il faut alors lui en ouvrir d'autres. En un mot, on ne réprime pas l'imagination, on la dirige seulement.
Et certes, ce n'est pas en notre siècle que l'imagination menace d'être périlleuse en devenant prédominante. Sans doute nous applaudissons avec joie aux progrès de la science; nous sommes heureux de voir, dans le domaine de la spéculation, les esprits prendre de la réalité une connaissance de plus en plus précise et approfondie, et, dans le domaine de l'action, les volontés se préoccuper chaque jour davantage des réalisations pratiques. Mais quel avenir préparera-t-on à notre humanité, si de l'enfant lui-même on s'efforce de faire un être raisonnable et calculateur? Déjà nous ne voyons que trop les enfants subir l'influence positive de leur
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temps, devenir moins capal)lcs de tc^ve, moins sensibles à la Hction. H y a une «jninzaine d'années, Arvède Jiaiine constatait avec mélancolie que « Perrault coiupte aujourd'hui j)ariui ses lecteurs beaucoup plus de tètes chauves (pi'au siècle der~ nier, et [)eut-ètre moins de tètes i)ouclées ».
La vie devient chacpie jour davantag;"e une course fiévreuse, où les haltes de rêve et de méditation sont rares et courtes. Raison de plus pour mettre à l'abri des souffles desséchants les « jardins de l'enlance », où, parmi des parterres de fleurs, sous le ciel rayonnant et bleu, doit s'épanouir la sérénité de la jeunesse rieuse.
Jusqu'à l'à^e de huit ou neuf ans, l'enfant vit en plein merveilleux. Les livres, (puî iu)i!s lui mettrons entre les mains pendant cette période, tacheront de favoriser cette disposition naturelle de son âme. Ils y réussironi sans peine, aussi bien en apportant à l'esprit de l'enfant la révélation première de la réalité qu'en le transportant en imagination dans le domaine illusoire de la fiction. Car» pour l'inexp^'rience de l'àme enfantine, il n'existe encore aucune lig-ne de démarcation entre le monde réel et le monde fabuleux. Les objets les plus communs et les faits les plus courants ne lui pa-
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raissent pas moins fantastiques que les événements et les personnages des contes imai^inaires. On plutôt les histoires merveilleuses, dont on l'entretient ou qu'on lui fait lire, lui semblent aussi vraisemlîlables que les choses réelles, qu'il lui est donné d'observer. Comme l'a très judicieusement fait remarquer M'"*^ Paola Lombroso ', « ce n'est pas comme invraisemblables que les enfants acceptent les contes et les fables... Le monde surnaturel n'a pour eux rien de maçique ni d'incroyable, ils le trouvent simple et naturel. Quoi d'étonnant? Le monde matériel n'est-il pas à leurs yeux une source de sensations tout aussi merveilleuses et fantastiques que celles que leur procurent les histoires des fées?... 11 n'y a rien d'invraisemblable pour l'enfant dans le conte de Peau d'àne, par exemple. L'étoile qui s'allume au front de Peau d'àne et la queue d'àne qui pousse sur le nez de la méchante sœur entrent dans le domaine des choses possibles, selon sa jeune expérience... Figurez-vous l'étonnement de l'enfant à la première vue d'une chute de neige. Quelle merveille, ces flocons blancs qui tombent du ciel ! Dès lors, il croira bien facilement qu'il peut aussi tomber du ciel de l'or, de l'argent, des bonbons, du chocolat, puisqu'il a vu tomber