I. Bougie, ouvrage cité, p. i
LA PLACK DE l'aU T DANS NOTHi: SOCIÉTK, 3()
(lonis heureux, enregistranl les (jualilt's avanlancuses, arrive peu à peu à se constituer elà « se poser » en face des autres^ qui dira qu'il manque de grandeur le spectacle de ces tàtonnenieuls iuconscieuls, de ces transformations insensibles, de cette orgauisalion prog'ressive ? » Eu v('i'i((', la science a ouvert à Tiuiayi nation luiniaine des perspectives beaucoup plus larges.
Et quand l)ien même nous verrions (\uo sur le sol, où a passé le char pesant de la science, l'art ne peut plus g-ermer, il n'en resterait pas moins à celui-ci un vaste terrain réservé, là l'abri de tonte iucursion scientifique. La science, en effet, on l'a reconnu depuis longtemps, s'occupe exclusivement des phénomènes g-énérauxjde ct^ux qui se reproduisent à travers l'espace et la durée. Car la vérité scientifique demande à être contrôlée par des expériences; et, d'ailleurs, il paraîtrait vain d'acquérir une science qu'on n'aurait jamais l'occasion d'utiliser. L'artiste, au contraire, s'attache à saisir et à fixer ce qui est individuel et passag-er, tel amoncellement de nuag-es qu'on ne reverra plus, tel ('clairag'e singulier du ciel à Tapproche d'une tempête, telle expression fug'itive d'une physionomie humaine, un sourire adorable d'enfant, un legard troublé de jeune fille.
Pour ce qui est enfin des applications de la
4o VRINCIPES DE L ÉDUCATION ESTHETIQUE.
science, il est indéniable qu'elles ont entraîné en plus d'un endroit la disparition fâcheuse d'un peu de beauté. Il faut nous y résigner, comme à un mal nécessaire, compensé, du reste, par des avantag-es matériels auxtpu'ls l'humanité ne voudrait à aucun prix renoncer. Rien ne prouve, d'ailleurs, que l'industrie n'en viendra pas elle-même à tenir compte des exigences esthétiques et n'essayera pas un jour de s'y conformer un peu mieux. Elle a pris possession du monde non sans quelque brutalité. Maintenant qu'elle y règne en maîtresse, elle aura sans doute plus de ménagements pour les arts qu'elle a détrônés. Elle respectera davantag'e les beautés naturelles. Elle-même probablement mettra sa coquetterie à soigner un peu plus la toilette de ses humbles servantes, les machines. L'essentiel n'était-il pas d'abord de leur insuffler la vie? La nature, elle aussi, négligea de donner aux premiers êtres qu'elle modela une apparence de beauté; l'important était avant tout qu'ils vécussent. Ce n'est qu'après de longs tâtonnements et par l'intermédiaire de formes imparfaites et gauches qu'elle parvint à concilier, dans la création des organismes, les nécessités vitales et les exigences esthétiques. On peut espérer qu'à l'exemple de la nature, l'industrie, dans l'avenir, saura trouver le moyen de donner à ses machines, avec toute la consistance indispensable, plus d'élé-