I. Voir à la fin de ce volume l'Appendice IV
Iré... Mais il faut leur reprocher surtout leur médiocrité littéraire. Ces dernières années, une tentative intéressante avait été faite pour relever, si l'on peut dire, le niveau de cette humble littérature enfantine; malheureusement, le journal créé dans ce dessein, Jean-Pierre, ne trouvant pas une clientèle suffisante, fut oblig'é de disparaître. Et à l'heure présente nous sommes envahis par un débordement de feuilles populaires à l'usagée des enfants, contre lesquelles il n'est que temps d'entreprendre une vig^oureuse campag-ne au nom du bon sens et du bon goût qu'elles outragent impudemment.
La liste de ces prétendus journaux d'enfants serait très longue à dresser d'une façon complète ; eu voici quelques-uns : la Jeunesse illustrée, le Jeudi de la jeunesse, les Belles images, V Illustré, la Jeunesse moderne, la Semaine de Suzette, le Petit Journal illustré de la jeunesse. Qui lit rit... On ne peut assurément pas se plaindre de la quantité de papier que pour un prix très modique, <) fr. o5, o fr. lo au plus, nous offrent ces journaux. 11 semble que la concurrence les pousse uniquement à vouloir tous l'emporter par le nombre et la dimension des pages. A cet égard, une mention spéciale est due au journal Qui lit rit, dont les huit pag^es mesurent chacune 75 centi-
LA LlTTKH.VIIHi; KMANIINE. .'{.'j
mètres de longueur sur 'i.'» (t'iiliiiirlfcs de largeur. Par son seul tonnai ce journal |)iuiive iléjà à (|uel point il s'etl'orce de s'adapter à scui puMic-; n'esl-il pas, en effet, curieux de constattj t\\\r le journal le plus t^rand, ([u'à ma connaissance nous ayons en France, est un journal tlesliin'' à être manié par des mains enfantines? Pour le lire, jai vu des enfants réduits à rélcncJi'e par terre et à se promeiuM' sur lui à (juaire [)alles '.
Ce qui est i^rave surtout, c'esl la nullité intellectuelle et arlisti(jue de la plupart (Je ces journaux. -Nullité malfaisante; car elle ne tend à rien moins qu'à arrêter le développement de l'àme enfantine, en y favorisant dès le jeune àye le penchant à la sottise et à la niaiserie, et en y stérilisant à tout jamais les premiers germes du sentiment esthétique. Une les hist(jires contées dans ces journaux soient le récit de mauvais tours joués à des gouvenuinles et à des précepteurs ou de tatjuiueries el de cruautés exercées contre des animaux, ou bien celui d'aventures grotesques en des pays impossibles, elles sont toujours d'une égale bêtise. Et rien n'est comparable à la stu[)idité de ces récits, si ce n'est la laideur des images (pii les illuslrcul. Les dessins
I. Ce jourual a réceniinent adopté un format plus réduit, avouant ainsi lui-même sa grave erreur première.
sont dépourvus de l'exactitude la plus élémentaire; ils n'ont même pas le ridicule amusant des caricatures, qui du moins ont le mérite de mettre ea relief un trait significatif en le grossissant outre mesure; ce n'est que disproportion dans les lignes et manque absolu de perspective. Quant au coloris, il s'efforce avant tout de tirer l'œil avec violence ; aucune teinte fondue ; tous les tons sont criards. De pareilles images ne sauraient développer chez l'enfant ni le sens de la réalité ni la puissance d'imagination ; elles ne peuvent, en l'habituant à la vue de la laideur, qu'étouffer en lui toute faculté artistique. Il est très vrai que l'enfant, •quand il dessine, le fait grossièrement ; il est très vrai aussi qu'il se laisse volontiers séduire par les couleurs voyantes. Mais il importe justement d'améliorer son goût, et pour cela l'essentiel est de ne pas commencer par flatter sa mauvaise inclination naturelle.
De tels journaux illustrés ne se soucient aucunement de contribuer à l'éducation esthétique de l'enfant. Leur but est de se vendre. Et, de fait, ils se vendent : dans les promenades, en voyage, on voit beaucoup d'enfants les acheter et les lire. C'est, d'ailleurs, précisément en raison de son succès néfaste que nous croyons nécessaire de dénoncer hautement le danger de cette mar-