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LA LITTÉRATURE ENFANTINE

chandise frelatée, empoisomiciisc du i^oTil dos enfants.

Dès la septième année, on peut donner à l'enfant de véiitables livres ; car son esprit esl déjà en état d'évoqner derrière les froides lettres d'imprimerie les scènes vivantes que racontent les mots. Mais, comme il n'a pas encore à cet àg-e une faculté d'attention très développée, ce sont de courts récits qu'il convient de lui faire lire.

Les contes de fées surtout sont alors de nature à lui plaire. L'orig-ine de ces contes se perd dans la nuit des temps. On en trouve d'analogues dans presque tous les pays d'Europe, comme si l'imag-ination populaire presque partout s'exerçait sur les mêmes données primitives. Mais chaque peuple paraît avoir imprimé sa marque personnelle à ses contes. C'est ainsi que les fées sont bien françaises, comme les nymphes étaient grecques et comme les elfes sont allemands. Le caractère propre de ces fées est d'être sociables. Bien que déesses, elles aiment à fréquenter les hommes. Elles viennent au berceau des nouveau-nés faire à ceux-ci des dons précieux [ou funestes et prédire leur destinée future. Elles représentent les puissances mystérieuses qui dominent l'existence humaine.

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Elles revêtent bien des formes, de préférence des formes familières : elles apparaissent sous les traits d'une ^rand'mère, d'une princesse ou d'une marraine. Leur attirail est simple ; il se compose le plus souvent de pierres précieuses, de talismans et d'armes enchantées. Elles cherchent moins à se faire craindre qu'à se faire aimer. Pour se montrer aux hommes, elles choisissent non pas les nuits noires, comme font les sorcières à cheval sur des manches à balai, mais plutôt l'heure grise du crépuscule. Tandis que les elfes d'Allemagne, qui sont restés enfants de la nature, ont des allures étranges et des mœurs fantasques, les fées, les douces et bonnes fées françaises, à la physionomie souriante, au caractère raisonnable, sont essentiellement humaines.

Les contes de fées occupent une place importante dans notre littérature '. On les appelait autrefois « les contes des fées » ; ce qui voulait dire : histoires racontées par les fées. Les contes de fées sont simplement des contes où interviennent des

I. Sur les contes de fées, consulter les articles suivants : Emile Montégut, Des fées et de leur littérature en France

{Revue des Deuœ-Mondes, ler avril i864). Arvède Barine, Les contes de Perrault (Revue des Deu.r-

Moiules, i"^"" décembre i8()o).

Rémy de Gourmont, Pro/nenades litléi-aires (i()o/|, chap. :

Les contes de fées).

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fées. Perrault n'est pas le seul ni iiièine le ju'e/nicià s'èlre exercé dans ce çenie. Avant Lra routes <lf nui mère VOije <ni Hisloirra ilu temps passé, (jne publia Perrault en 1697, «^^î*'*'"' pi»ru de i()S:> à i()C)o Les illiisti'es fées, de la ('(juitesse d'Aulnoy, ainsi que, en 1092, Les Fées, contes des routes, de M"*^ de la Force. Apirs Perrault nous trouvons Les contes de fées, fie Henrielle-.lulie de Gaslelnau, comtesse de Murât (1O98J ; Les cent nouvelles nouvelles, de M'"*' de Gomez ( i ySô) ; La princesse couleur de rose et le prince Céladon, de M^'® de Lubert (i743j, et surtout les contes que M'"** Leprince de Beaumonl inséra dans Le magasin des enfdids ou Dialogues d'une sage gouvernante avec ses élèves de ju-ernière distinction, ouvrai^e (pii parut à Londres en lyôy.

De tous ces contes les plus célèbres sont à juste titre ceux de Perrault. Leur succès tient en g^rande partie àce que, des deux éléments dont se compose un conte, la fiction et la morale, c'est le premier qui en eux prédomine. Pour faire que ses contes paraissent bien vivants, Perrault a eu soin de préciser tous les détails des histoires qu'il invente : le mobilier des demeures où il nous introduit, le costume des personnag-es qu'il met en scène, tout est minutieusement décrit. Mais son récit, bien que très circonstancié, ne donne jamais une impression

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de lenteur. Quant à la leçon du conte, elle est presque toujours fort enveloppée. L'enfant lit bien souvent l'histoire sans en dég^ag-er la morale. Et il ne faut pas trop le regretter; car la morale des contes de Perrault est parfois d'une indulgence singulière. On a pu, avec quelque apparence de raison, comparer l'ingénieux Chat Botté à un chevalier d'industrie, et prétendre que le spirituel petit Poucet « contient le germe d'un Gil Blas ou même d'un Figaro ». Ce qui se dégage, en somme, de ces contes, ce sont plutôt des conseils de prudence et de sagesse pratique que des préceptes de haute moralité.

A partir de la neuvième année, comme l'enfant devient capable d'une attention plus soutenue, nous pouvons après les courts récits lui faire lire des histoires plus longues.

Il existe en France une littérature enfantine très copieuse, du reste très inférieure dans son ensemble à celle que possèdent d'autres pays , notamment l'Angleterre. Mais il faut tout de suite faire une distinction entre les livres écrits sur les enfants et les livres composés pour les enfants.

Les livres sur les enfants sont assez nombreux

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