‹ L'art et l'enfantChapitre 93 sur 114 · V. Hugo, V. Hugo raconté par un témoin de sa vie · texte numérisé non relu

V. Hugo, V. Hugo raconté par un témoin de sa vie

G. Sand, Histoire de ma vie.

J, Vallès, L'Enfant.

Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse.

Michelet, Ma jeunesse.

P. Loti, Le roman d'un enfant.

A. France, Le livre de mon ami.

i.A i.i rn'uA 1 1 lu: r.MANTiNi:, 3^5

coiimic llciiaii l'I Miclirlcl . [);ir un religieux ;ill;iclieuuMil an [tasse; ceux-là, ((tinnie Laiiiailine el Victor Hugo, j)oiir le cliannt' jjoéliqiie donl se parent les loinlaiiies visions. D'autres « anlohioi;iaj>liies » enfantines seraient encore à citer, et celle où George Sand a raconté avec g-ràce les premières impressions de sa vie, et celle où Jules Vallès a retrac(' avec arnerlume les péripéties de sa sombre enfance. Ue nus jours ce <^enre littéraire continue à être cultivé : témoin cette œuvre charmante (pie j)iil)liail rt'cemment Paul Mari^ueritte : f.es pas sa/- le sabir.

Outre les « souvenirs d'enfance », ce (jue notre littérature contemporaine a vu naître, ce sont les romans consacrés à la description de scènes enfantines. Alj>lionse Daudet en avait donné l'exemple avec ses deux ouvrages : Le petit Chose et Jack, ainsi qu'Edmond de Concourt avec son livre : La chérie. Depuis lors, que de romanciers se sont attachés à peindre le développement de l'àme de l'enfant. C'est, — pour nous en tenir aux œuvres les plus connues, — L'Enfant, de Custave Droz ; Poum et Zette , des frères Margueritle; Mon petit Trott, La petite sœur Je Trott el Line, d'André Lichtenber^er ; Quand fêtais petit, de Lucien Biart; Poil de (Carotte el Les Bucoliques^ de Jules Renard; et enfin le premier

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volume Aq Jean-Christophe, de Romain Rolland'^ Mais tous ces livres sur les enfants ne paraissent pas être pour les enfants. Les « souvenirs d'enfance » nous intéressent au plus haut de^ré, et pour leur valeur littéraire et à titre de document, — encore que, sur ce dernier points nous devions nous méfier parfois des déformations qu'il arrive aux écrivains de faire subir, de plein g^ré ou sans le vouloir, aux souvenirs de leur jeune âge... Seulement, ces œuvres-là ne sauraient avoir pour les enfants ce double intérêt. Quant aux « romans d'enfants », ils ne conviennent pas davantag-e au public enfantin. Tel de leurs auteurs n'a même pas hésité à déclarer qu'il s'adresse uniquement aux grandes personnes : « Le présent volume, dit Lucien Biart dans l'avant-propos de son livre Quand j'étais petit, est-il, oui ou non, destiné à la jeunesse? Je réponds qu'il lui reviendra peut-être un jour, mais qu'à l'heure présente il vise surtout les hommes, ceux du moins qui ont été enfants et ne l'ont pas oublié. »

I. A ajoutera cette liste d'autres ouvrag^es très estimables, tels que :

René ^Visner, Coin d'enfanl.

Léon Hennique, Peuf.

Jean Ajalberf, Le P'tit.

Piaymond Martel, L'ùme d'un enfant.

José Vincent, Petit Pe«e(igo6).

LA LITTKHATIIKK KMANTINR. '.M\-J

Ali surplus, à lire ces sortes d'ouviMycs, on se i-tMi<l liien foMiptc (|u'ils ne sauiMienl plair'e aux ent'auls. IxHir [)rinei[)al intc'rt^l se trouve être, en efVel, un intérêt j)sycholot;i([ue : ils nous aident à voir un j)eu plus clair dans l'àme enfantine si enveloppée de brunies. Mais l'enfant, n'étant [)as curieux de se connaître lui-même, ne g'oiitera nullement les fines observations (ju'ils contiennent. Ce sont aussi pour la plu[)art des livres spirituels, qui nous montrent tantôt comment la société humaine apparaît déi'aisonnablc cl ridicule aux veux de l'enfant, tantôt comment les mœui's enfantines semblent amusantes et drôles au regard des grandes personnes. Or, ces allusions satiriques échappent naturellement à l'esprit de l'enfant, et ces intentions comiques ne peuvent pas non plus être saisies par lui. Enfin, ce qui ne demeure pas moins étranger à l'àme enfantine dans ces romans d'enfants, c'est la poésie qu'y découvrent, au contraire, les lecteurs d'un certain âge. Ceux, en effet, dont l'enfance est déjà lointaine, éprouvent un charme profondément poétique à parcourir à nouveau les sentiers oubliés que suivirent jadis leurs pas enfantins. Mais cette poésie, qui provient de l'éloignemenl du passé, est forcément lettre morte pour l'enfant en train de vivre son enfance.

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Pour ce qui est des livres écrits à l'usage des enfants, ils sont loin de toujours les satisfaire. « Il est remarquable, a dit Anatole France', que les enfants montrent, la plupart du temps, une extrême répugnance à lire les livres qui sont faits pour eux. »

C'est que leurs auteurs tombent fréquemment dans deux ^scraves défauts, que ne leur pardonnent pas les jeunes lecteurs auxquels ils s'adressent. Tout d'abord, en effet, sous prétexte de se mettre à la portée de l'intelligence enfantine, beaucoup d'écrivains affectent la niaiserie et versent dans la puérilité. Or, l'enfant cherche dans les livres tout autre chose que des enfantillages. Il consent bien à ce que les héros de ses romans soient des enfants; mais il aime alors que ces enfants soient des enfants extraordinaires, qu'en un mot ils se conduisent en hommes. Et plus encore d'ailleurs que les aventures d'enfants exceptionnels, ce sont les aventures des g'randes personnes qui séduisent son imag-ination. Oui expliquera ce goût naturel qu'a l'enfant pour anticiper en quelque sorte sur

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