‹ L'art et l'histoireChapitre 21 sur 75 · LA DANSE · texte numérisé non relu

LA DANSE

déchue : elle n'est pas morte. La danse de théâtre est un spectacle de luxe, de grâce et de beauté, quand l'art chorégraphique ne dégénère pas, par les errements d'un mécanisme traditionnel et par l'abus du tour de force, en convention académique et en habileté de métier. Le décor et le costume y jouent un rôle considérable ; un sens décoratif nouveau peut la rénover; les Russes s'y sont essayés avec succès : mélange de Byzantinisme raffiné, d'audace barbare et d'Orientalisme éclatant.

En marge de l'art, les danses mondaines ont souvent un charme d'élégance. Elles peuvent en dire long, à qui les interroge, sur l'esprit et le goût d'une époque : ce n'est pas la même société, ce n'est pas la même race, qui a créé la pavane et le menuet, la gigue et la mazurka, la valse et le tango. L'éclectisme qui réunit ces danses contradictoires est, ici comme ailleurs, signe de curiosité compréhensive et d'impuissance à inventer une forme propre : à ne plus cire exclusif, on risque d'être banal ; tout admettre, c'est souvent tout dégrader.

Le parfum de terroir donne tout leur prix aux danses campagnardes, comme la bourrée d'Auvergne. Pour qu'elles soient un régal de haut goût, il y faut un peuple resté jeune, qui ait des loisirs et dont l'esprit ne soit pas absorbé ni le corps alourdi par un labeur continu : le Midi, nonchalant au travail, garde toute son agilité pour le fandango andalou ou la tarentelle napolitaine.

Mais la danse n'a vraiment conservé son ancien caractère, son sens profond et son éminente dignité que dans quelques pays d'Extrême-Orient, où le luxe d'une cour, la splendeur des costumes, l'hiératisme séculaire, le symbolisme religieux s'unissent encore aujourd'hui pour en faire un spectacle ma-

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gnifiquc et original, cl comme le poème idéal et plastique d'un peuple.

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