LA RAGE. HÉRÉDITÉ ET ÉVOLUTION
Arts majeurs, arts mineurs, arts de l'œil, arts de l'oreille, arts incertains encore des autres sens, voilà les langages divers par lesquels s'exprime l'âme humaine et dont l'évolution suit, de siècle en siècle, l'évolution des peuples. Pour les arts, comme pour les hommes, la vie c'est le mouvement. Mais le fond reste le même : tout en évoluant, chacun des arts garde son caractère primordial.
Chaque peuple, de même, garde son génie : il parle la langue du siècle, mais avec son accent propre ; l'esprit de la race s'entre-croise avec l'esprit du temps : on le retrouve sous tous ses avatars successifs.
Tous les peuples ont un art, mais ils ne sont pas tous des « peuples d'art ». Ceux-là seuls méritent ce nom, qui ont produit un ensemble d'oeuvres de beauté marquées d'une empreinte originale. Il y faut la vocation et pas d'entraves, — le génie et la bonne fortune. La vocation, c'est l'appel des ancêtres, ce sont les puissances latentes de la race ; le feu couve sous la cendre : un hasard propice, à un tournant de la route, fait jailUr l'étincelle.
La patrie crée le peuple : il est le fils de cette terre qui ie pourrit, de ce ciel qui l'éclairé, de cet air qu'il respire ; cette
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nature le pétrit et le modèle par la vie qu'elle lui impose ; l'hérédité fixe en lui les caractères dont l'a doté le genius loci. Des vernis d'emprunt peuvent les recouvrir, d'autres empreintes s'y superposer : le sceau de la patrie se retrouve toujours au fond, modifié parfois, moins net peut-être, ineffaçable.
Mais les races ne sont-elles pas primitives, antérieures aux patries ? N'existent-elles pas, avec leurs traits essentiels, dès l'aube de l'histoire ? Egyptiens et Chaldéens n'apparaissent-ils point, dès le cinquantième siècle avant le Christ, avec leurs caractères nationaux qui ne changeront pas ? Dès l'aube de l'histoire, oui ; mais c'est que les génies des races, comme les races elles-mêmes, sont nés dans la préhistoire. Ses cinq cents siècles,— et combien auparavant ne nous échappent-ils pas encore? — ont précédé les quelques siècles de l'histoire, soixantedix peut-être pour l'Orient, moins de trente pour l'Occident : au cours de ces cinquante mille ans le.s sols et les climats ont formé les races, et l'hérédité a gravé leurs traits essentiels d'un burin indélébile. Si l'héritage des aïeux connus n'explique pas tout, c'est qu'il se complique parfois d'un mystérieux atavisme, legs d'ancêtres inconnus qui habitaient une autre patrie, énergies accumulées durant un passé obscur. Le modèle oublié d'un vieux pastel pûli peut revivre dans les traits et dans l'âme même d'un arrière-neveu qui ne sait pas le nom de cet inconnu qui revit eu lui.
Mais que l'hérédité tisse la trame de la race ou que l'atavisme y entre-croise quelques fils plus anciens, c'est toujours l'action des pairies, la vertu de leurs effluves qu'ils consacrent : c'est la géographie qui dislingue et définit les groupes humains. Au cours de l'hisloire, l'évolution les modifie. Un fond immuable, des apparences changeantes : variations sur un thème donné.