L'EGYPTE
L'Egypte est la mère de tous les arts.
Pendant plus de cinquante siècles, près de cent peut-être^ elle a travaillé, pensé, peint, gravé, sculpté, construit, chanté, dansé. Que sont à ce prix les quelques pauvres siècles des nations éphémères ?
De l'époque de la pierre polie jusqu'au triomphe du Christ sur Osiris, longtemps avant l'histoire et pendant plus des deux tiers de l'histoire, son art parcourt un orbe lent, calme et majestueux. Il s'ébauche avec les besoins pratiques des Néolithiques. Il prend son essor quand les tribus primitives s'unissent en un grand peuple. Et le voici tout formé, admirable déjà de force et de vie, dès l'aube naissante de l'histoire, dès que Mènes, après les mystérieux « Serviteurs d'Horus », inaugure la première dynastie. Est-ce au quarantième ou cinquantième siècle ? Les calculs diffèrent. Mais il y eut, en tout cas, au moins deux fois plus de siècles depuis Mènes jusqu'au Christ que du Christ jusqu'à nous. Et les « Serviteurs d'Horus » régnèrent quarante siècles avant Menés.
Après vingt ou trente siècles de paix et d'isolement, de civilisation et d'art, dans sa longue et étroite oasis enceinte de déserts, l'Egypte fut arrachée à sa quiétude laborieuse et sereine par l'invasion des Pasteurs, qui lui révéla le monde extérieur; leur reflux lui ouvrit la porte de l'Asie et l'entraîna aux lointaines aventures. Elle vécut vingt siècles encore, vingt siècles * de vicissitudes extraordinaires, de triomphes, de désastres, de conquêtes, d'invasions ; et la bonne et la mauvaise fortune la trouvèrent immuable comme son granit. L'art évolua pour-