L EGYPTE
mes fraternels : terre d'élection, où de la culture en commun naît, comme de soi, la civilisation commune. Les deux chaînes, qui l'enserrent et la séparent du désert, donnent à profusion le schiste, le grès, le granit. Et le soleil divin, Osiris, Ammon, Râ, épanche sur les eaux scintillantes, sur la terre noire, sur les rocs flamboyants, l'or et la pourpre de sa magnificence.
Par sa position à la porte de l'Asie, en face de la Grèce, cette Africaine domine les deux mondes. Elle les unit parfois, comme elle le fit, à ses derniers siècles, dans le syncrétisme du Néo-Platonisme alexandrin, dans le mélange de la raison claire de l'Hellade et de son antagoniste, le mysticisme extatique de l'Asie. Elle est orientale, mais elle est plus encore méditerranéenne.
Orientale, certes. Elle aime le colossal : pyramides énormes et temples géants ; elle a le goût du luxe : il lui faut l'or, l'émail, les gemmes éclatantes, les étoffes précieuses. Et plus d'une de ses conceptions ne laisse pas de nous paraître étrange. Nous sommes surpris et quelque peu choqués de ses mélanges symboliques des formes humaines et animales, de ses dieux et déesses, mi-partie corps d'homme et tête de bête ou corps de bête et tête d'homme. C'est que, proche encore de la nature, elle ignore le dédain : elle ne sépare pas l'homme de l'animal. Mieux encore : cet animal mystérieux et sacré, elle le devine en communion plus intime avec l'Univers : elle le vénère, elle l'adore comme le vivant symbole des forces inconnues.
Tout imprégné du mysticisme originel, elle sent partout la présence des dieux et ne distingue pas la religion de la nature. Dans sa dévotion panthéiste, elle adore toutes les forces, toutes les formes, toutes les vies : le soleil est dieu, le Nil est dieu, le vent est dieu, l'épervier, le chat, l'hippopotame, le crocodile sont dieux. Elle consacre celle vie Icrrcslro à préparer, à garan-
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tir, à représenter la vie future, qui rapprochera l'homme de la divinité, à assurer la conservation de la momie, à construire le tombeau qui protégera celle dépouille incorruptible, à peindre ou à sculpter, scrupuleusement ressemblantes, les images de salut, portraits et statues qui assureront cette vie immortelle iu « double », si, par malheur, malgré tant de soins minutieux, le corps embaumé venait à périr.
L'Egypte a toujours été enveloppée des bandelettes sacrées do la religion la plus dévotieuse ; et l'art égyptien, né de la religion, a vécu, plus de cinquante siècles, de la religion : il est mort quand elle est morte.
Cette religion était fille de son ciel éclatant et pur, de son soleil flamboyant, de ses jours splendides, de ses nuits sereines, de l'alternative, qui lui parut dramatique, de la clarté et de l'ombre ; et la vie luxuriante qui grouillait dans le Nil et sur les rives, sur la terre féconde et dans l'air limpide, l'enrichit, jusqu'à profusion, d'un autre mystère, d'un trésor d'images et de symboles, d'une pullulation de formes et de forces qu'elle déifia. L'Egypte sentait et voyait partout la présence divine. C'était le pays d'adoration et de prières qui absorbait la terre dans le ciel.
Avec une soumission fataliste aux puissances souveraines, elle a obéi sans murmurer à tous ses maîtres successifs. Comme le Nil, comme le soleil, comme toutes les splendeurs, comme toutes les forces naturelles, le Pharaon est une des formes radieuses de la divinité : c'est l'apothéose du despote. Ce Pharaondieu ne connut pas d'obstacle à sa volonté ni de borne à sa toute-puissance.
A cette religion qui dirige toute sa vie cl imprègne toutes ses pensées et tous ses actes, à l'orgueil sans limites de son Pharaon- Osiris, de son Roi-Soleil, qui ne rencontra pas d'athée, l'EgypIc