LA GRECE
Que dire de la Grèce qui n'ait été dit depuis deux rnilh; ans ? Le culte de l'Hellade est le seul qui n'ait pas d'incrédules. Les Grecs, dont la modestie était le moindre défaut, savaient le,
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prix de leur génie ; ils ne le laissèrent pas ignorer aux autres peuples, qui n'étaient pour eux que des « barbares » : pour être modestes, il leur aurait fallu trop peu de goût ou trop d'hypocrisie. Rome même, Rome triomphante, vénéra sa vaincue et se mit à son école. La Renaissance adora la patrie des Muses ot des Grâces, après s'être éveillée à l'écho lointain de ses chants sacrés. Et Renan parlait du « miracle grec ».
La Grèce hérita de l'Orient antique, de l'Egypte surtout, mais aussi de l'Asie. Son peuple avait l'esprit curieux ; il était tout ensemble très prompt et très réfléchi. Ces Aryens ingénieux demandèrent des leçons aux Chamites et aux Sémites ; mais ils en surent bientôt plus que leurs maîtres. Tout ce que ceux-ci avaient créé, la Grèce le recueillit : de tous ces matériaux assemblés et préparés par d'autres, elle construisit le temple de l'art classique. La merveille, c'est qu'elle ait ainsi transformé l'héritage, c'est qu'elle l'ait humanisé, soumis à la mesure «H à l'harmonie. De ce qu'elle recevait de toutes mains elle a fait son bien propre : elle l'a marqué à son sceau. De l'art légué par l'Orient est sorti un art contraire à celui de l'Orient, d'une habileté si ingénieuse qu'il assimile et transmue ce qu'il emprunte à l'Asie, d'une si originale nouveauté qu'on n'est arrivé que récemment à voir tout ce qu'il doit à l'Egypte. Comment reconnaître les sucs des fleurs dans le miel des abeilles de l'Hymette ?
C'est qu'une autre patrie avait enfanté une autre âme et créé une autre vie. Au lieu des continents sans limites, blocs massifs et uniformes, une péninsule petite, diverse, ciselée comme par un divin orfèvre, de montagnes, de vallées, de caps, d'isthmes, de presqu'îles, de baies. La mer, l'élément mobile et changeant, entoure la terre, l'assiège, la pénètre, la menace, la caresse, et chante partout la chanson variable des flots; et