‹ L'art et l'histoireChapitre 32 sur 75 · LA GRECE · texte numérisé non relu

LA GRECE

en grec que les Byzantins se proclamaient « Romains », car Byzance, c'est encore la Grèce. C'est une Grèce décadente, dégénérée, corrompue par ses mauvaises fréquentations, par son mélange avec cet Orient, qu'elle affrontait jadis, et par la réaction de l'Asie, rançon des victoires, choc en retour de la conquête. Elle a perdu, sous la lourde surcharge de ce luxe et de ces ornements étrangers, sa pureté et sa fine élégance : Grèce désemparée, livrée au double arbitraire, l'anarchique, l'oubli de la mesure, et le despotique, l'hiératisme; Grèce dévoyée, perdue dans les logomachies de la théologie, trop savante, et trop raisonneuse, enivrée de chicane et d'arguties. Mais, sous ces oripeaux d'emprunt, dans la châsse somptueuse qui étouffe son libre génie, c'est la Grèce pourtant, et qui ne pèche que par excès de subtilité, de raffinement, de préciosité, de richesse; et, quand s'éteignit le crépuscule de Rome, il n'y eut que l'éclat vacillant de cette décadence bâtarde et splendide pour éclairer d'une lueur, inquiétante peut-être, mais prestigieuse, les ténèbres du Haut Moyen-Age. Byzance a émerveillé et instruit les barbares de l'Invasion, comme l'autre Grèce, la grande, avait charmé et instruit Rome : non moins que l'art Roman, l'art Arabe, l'art Russe, les arts Danubiens sortent de l'art Byzantin.

Il faut avouer, d'ailleurs, que, dans ses magnificences inouïes, dans ses coupoles et ses mosaïques, ses miniatures et ses émaux, ses orfèvreries et ses bijoux, cet art est étonnamment habile et ingénieux, et que cette décadence est éblouissante. Les siècles ont l'art qu'ils méritent; et les splendeurs théâtrales de Sainte- Sophie étaient mieux faites sans doute que la sobre noblesse du Parthénon pour séduire les barbares, qu'ils vinssent du Nord ou de l'Asie : sur ces esprits enfantins et superbes la discrétion de l'atticisme aurait eu moins de prise que l'emphase de cet hellénisme orientalisé, qui enveloppait de magnificence et de vo-

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luptc, d'étrangetc et de mystère les survivances augustes de la grâce grecque et de la majesté romaine. Ces Hellènes du Moyen Age ont eu l'esprit de s'arcommodcr à leur temps; et leur compromission avec l'Asie s'est trouvée, en fin de compte, n'être qu'un souple opportunisme.

Au quinzième siècle, après mille ans de féerie, cette Grèce byzantine mourait de la main des Turcs, mais elle passait en tombant le flambeau de l'art antique à l'Italie.

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