L ESPAGNE
Afrique sous les Carthaginois, les Arabes et les Berbères, une Gaule avec les immigrants Celtes, un Germanie avec les envalùsseurs Visigoths, Suèves et Vandales; la conquête romaine en fit une terre latine; la conquête musulmane l'annexa à l'Orient; la reconquête chrétienne la rattacha à la culture française; l'acquisition des Pays-Bas lui valut les leçons de la Flandre; Naples et Milan, qu'elle prit, la livrèrent à la Renaissance italienne. Que devenait sous toutes ces alluvions étrangères l'âpre et Gère patrie des Ibères, cet extrême Occident de l'Europe? On eût dit d'un Orient latinisé, non sans soupçon de germanisme. Ballotté entre toutes ces influences, l'Art resta longtemps indécis : il se mettait « à la suite »; puis, tôt ou tard, il se reprenait pour imposer sa marque propre à ses imitations, pour les sceller de son sceau; c'est ce qu'il fil pour l'art décoratif arabe et surtout pour la ferronnerie, puis pour l'archilecture et la polyphonie françaises. Mais bientôt un autre courant l'entraînait : son génie apparaissait par moments pour disparaître sous une nouvelle vague étrangère.
Mais, enfin, il prit son essor décisif par réaction contre l'idéalisme de la grande Renaissance, puis par contraste avec les fadeurs de la décadence académique des Seicentisti. Comme l'Espagne avait chassé les Arabes, elle élimina le Classicisme italien; et ce fut le puissant Réalisme, le Naturalisme éclatant du dix-septième siècle, l'ère triomphale de Ribera, de Zurbaran et de ce Velazquez, dont la maîtrise n'a guère de rivales dans toute l'histoire de son art. La peinture espagnole prenait place parmi les plus grandes et les sculpteurs parfois rivalisaient avec les peintres.
Etrange antinomie du destin de l'Espagne! Le siècle d'or de son art ne s'ouvre que quand se ferme le siècle de sa puissance politique et militaire. S'il n'y a pas synchronisme entre ses