LES GRANDS PEUPLES DE L AMT
deux grandeurs, c'est qu'à l'apogée de sa fortune correspondit l'apogée de l'art italien devant lequel tout s'inclina, et, au déclin de celle-là, le déclin de celui-ci, qui permit l'affranchissement. Il ne faut pas, d'ailleurs, comme on a tort de le faire d'ordinaire, exagérer la faiblesse de l'Espagne durant son âge d'or. Certes, l'empire castillan est en décadence, mais il en impose encore par son immensité et ses vertus guerrières. Comme pour exagérer le contraste, on antidate sa ruine politique : elle n'est consommée qu'au traité des Pyrénées, en 1659. Il n'y fallut rien moins, tant la tâche fut rude, que Condé d'abord, puis Turenne et les Côtes de Fer de Cromwell. El voici que s'évanouit le contraste qu'on imaginait : c'est, sinon pour les deux apogées, mais tout au moins pour les deux déchéances, une coïncidence parfaite. Celle de l'art accompagne celle des armes : presque tous les grands peintres meurent aux environs de 1660 et, quand, en 1678, le désastreux traité de Nimègue a consacré l'impuissance guerrière, l'art disparaît en 1683 avec Murillo. Goya seul tire l'Espagne de sa léthargie à la fin du dix-huitième siècle pour lui donner la gloire de fonder définitivement l'Impressionnisme auquel elle avait toujours tendu.
Après un autre sommeil de près d'un siècle, nous assistons à un nouveau réveil : la peinture renaît avec les SoroUa et les Zuloaga, la musique avec les Pedrell et les Albeniz. Et c'est bien toujours la même Espagne et le même art : de celte terre généreuse et cruelle, éclatante et sombre, de ce climat brutal et splendide, de ce sol des contrastes heurtés, déchiré de ravins, raidi de sierras farouches, jaillit un art de lumière et d'ombre, somptueux et formidable, d'un naturalisme terrible et d'une ardente magnificence, un art surhumain et inhumain, tendu de rolonté et d'orgueil, où sourit parfoi?. comme une rcgti