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nicht OU canons Krupp. Et de même pour son art : trop pauvre ou trop riche, maigre et chétif ou lourd et surchargé; idéalisme éperdu ou naturalisme dévergondé.
Quand l'Allemagne est humble, elle copie : ce ne sont que de laborieux pastiches, mais si minutieusement calqués qu'ils peuvent faire illusion. Quand elle est infatuée, elle copie encore, mais en interprétant à sa façon; elle déforme en exagérant avec fracas : pour faire grand, elle fait énorme, et c'est le démesuré qu'elle appelle le « colossal ». Les Propylées d'Athènes deviennent la Porte de Brandebourg; la grâce du style Louis XV s'enchevêtre et se ridiculise en rocaille saxonne; et les bâtards allemands des quattrocenlistes et de Michel-Ange sont Overbeck et Cornélius. Nous lui donnons Amiens comme modèle : elle bâtit Cologne; au treizième siècle, le chœur calque scrupuleusement le nôtre : grâce à celte heureuse servilité, cette partie du « monument national » de l'Allemagne n'est qu'un double du chef-d'œuvre français; mais au quatorzième et au quinzième, pour la façade et pour la nef, qui resta, d'ailleurs, inachevée jusqu'au dix-neuvième, l'Allemagne innove et tout gauchit parce quelle a changé les proportions.
Comment pourrait-elle a\oir le sens de la ligne et de la forme? Tout chez elle s'embrume et s'embrouille : elle n'a pa<^ [)kis de clarté dans son esprit que dans son ciel. Son goût de la couleur est lamentable ou extravagant : tonalités tristes, ternes ou lourdes, ou coloris aigres et violents, symphonies de verjus, comme ce rose groseille et ce vert salade, dont l'accouplement lui fut cher de tout temps, puisqu'il grinçait déjà dans ses miniatures du Moyen Age comme aujourd'bui dans ses costumes féminin».
Après la natur* hostile, l'tiistoiie iaioituaé^ l* sel tl le cli mat avaient pétri la raie germanique dans les siècles de la pré
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histoire; l'histoire ne fît qu'aggraver ses infirmités mentales. Déséquilibre et rapacité, envie et convoitise : de son hallier et de sa bauge, le sanglier jalousait ses riches voisins. Son plaisir fut la Schadenfreude, « la joie de nuire », et sa ressource, le vol par effraction : la guerre pour le pillage devint l'industrie nationale. Mais il y faut des chefs : la foule s'asservit aux hobereaux, et sa bassesse fît leur morgue. <( Peuple d'esclaves », disait Ludwig Bœrne; et Bebel : « Race de laquais ». Nation servile et nation de proie : ils n'ont pas changé depuis les Teutons de Marius. Les hobereaux, maîtres du massacre et du brigandage, se sont appelés Hermann, Othon, Barberousso. Freundsberg, Wallenslein, Frédéric II, Bismarck, Guillaume. Ils déclarent la guerre à la Beauté : c'est qu'ils veulent supprimer tout ce qui n'est pas allemand. Les Vandales et les autres Germains de l'Invasion dévastent le monde antique, les deux Othon incendient la France du nord, les Franconiens ravagent l'Italie, Barberousse rase Milan, Freundsberg saccage Rome, Kœnigsmarck ruine le Parthénon, Bûlow brûle Louvain, Hecringen détruit Reims : lignée scélérate qui a pris pour idéal Attila, « Eitel », que célèbrent les plus vieux poètes germains. Ce Hun, c'est le héros selon leur coeur : même pour leurs brigandages, il leur a fallu emprunter un modèle au dehors! Voilà de mauvais maîtres d'esthétique : le Vandalisme est une triste préparation à l'art. « Nul dur de cœur », disait notre saint Louis, « oncques n'entra au paradis )). Le paradis de la beauté est fermé à la bassesse et à la brutalité.
Des défaites accablantes, de bienfaisants désastres ont pu seuls par moments affranchir l'Allemagne du joug honteux de ses tyrans et de ses vices, la délivrer d'elle-même pour lui rendre sa part d'Humanité. Dans une Allemagne affaiblie, réduite à merci, anarchique ou vaincue, incapable à ces dates
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heureuses de se donner la « joie de nuire », les forces du mal, annulées pour un temps, laissent le champ libre aux puissances fécondes qu'elles étouffaient : Faust écœuré s'échappe de la taverne bestiale d'Auerbach; mais bientôt passe un (c comte sauvage », qui met en fuite le démon libérateur, <( l'Esprit de Vie ». Et les chaînes retombent plus lourdes.
Une fois pourtant, on put croire que l'art allemand triomphait de la fatalité : c'était aux jours d'.Mbert Durer.
La Gaule avait déjà d'admirables artistes dans les grottes du Périgord, quand le linceul de l'époque glaciaire recouvrait encore le pays qui devint plus tard la Germanie. Des Aryens y apportèrent leur esprit a nordique » et des arts mineurs a barbares » nés en Sibérie, enrichis d'emprunts faits, en passant, au Caucase et à la Perse. La civilisation antique l'effleura à peine; et, même après la chute de l'Empire romain, elle resta à l'écart et vécut encore, au Moyen Age, trois siècles de franche barbarie. Puis la conquête franque l'éveille en l'annexant à l'Europe, et elle commence à se mettre « à la suite ». Elle emprunte d'abord à Byzance son art gréco-asiatique, corrigé bientôt en roman par nos Bénédictins de Bourgogne, puis à la France son art ogival, à l'Italie enfin l'art néo-latin.
L'orientalisme, importé du Bosphore, fit assez singulière figure sous le ciel d'outre-Bhin. Le roman et l'ogival réussirent mieux : ce qu'il y avait en eux de nordique trouva un écho dans l'âme allemande. L'ogival surtout révélait à l'Allemagne un art de rêve, où se plaisait son imagination avide d'indéfini et de mystère; elle tâcha de se l'assimiler avec tant de ferveur et de patience, que ses érudits étaient arrivés naguère par leurs tenaces mensonges à nous dérober l'honneur de cet art français, débaptisé, d'une façon saugrenue, en art « gothique ». Ce a gothique » germanisé, s'il perdit en beauté, en délicatesse,
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en netteté, en nerf, donna pourtant aux burgs perchés sur les promontoires, aux rues étroites des vieilles villes, un savoureux cachet de fantaisie irréelle, d'indécise et troublante poésie. L'Allemagne eut beau compliquer et alourdir la création française, elle avait trouvé sa voie : le piLlorcbijue pouvait remplacer la beauté pure, et le sentiment poétique consoler de la forme imparfaite; son naturalisme, même trivial, pouvait se donner carrière dans les statues, comme son goût du surchargé et du tarabiscoté dans les sculptures d'ornements; son application scientifique, sa puissance de déduction Irouvaienl leur emploi dans les calculs de la construction.
D'autre part, vers la fin du quinzième siècle, sa patience laborieuse se mettait au service de sa bonhomie familière dans l'art où elle a excellé, la gravure sur bois, qui lui venait des Pays-Bas. Entre temps, l'influence des peintures française et néerlandaise s'était propagée jusque sur le Ncckar et le Mein. A ce moment, l'Empereur ne comptait plus guère, les villes libres tenaient en échec les féodaux. Le Moyen Age finissait bien.
C'est alors qne l'Allemagne eut enfin un grand artiste, Albert Diirer. Diirer peintre et surtout Diirer graveur montra ce qu'aurait pu être l'art allemand : naïf et tourmenté, rude et mélaneolii|ne, funlasîiquc sur nn(; base massive de naluialisnic, ignorant (le la beauté, mais dramatiijne par la laideur même, frère, ]iar la patience et la force, de la sciinrc, par l'imagination et l'émotion, de la poésie et dr la musique.
Ce beau jour n'eut pas de lendemain. Deux calamités coup sm- coup fondaient siu l'art allemand poni' l'écras+T : la Renaissauce, lu héfoirne. La Rcnuias^mo^f mrive d'jtu delà dci Âlp«8 tl détruit tout ; yijvii an Hùlb«iu, qui cit ua écUctiqu» instruit en Fiance et ipie l'Angleterre aceapaie bientùl. combien d'autres