APPORT GERMANIQUE I
fa)i(astique, amusant et saugrenu, passa de ces joyaux à l'orfèvrerie et à l'architecture du Moyen Age, aux chapiteaux romans et aux gargouilles gothiques; un charme de fantaisie s'unit à la beauté.
Mais le véritable apport germanique, c'est la hardiesse et la persévérance qui vinrent affermir l'âme mobile, généreuse et inconsistante des Celtes; c'est le rêve plus audacieux qui s'ajouta à leur rêve plus tendre pour recevoir son expression sensible de la raison latine et de sa puissance créatrice. L'art roman anima d'un fantastique fourmillement de figures étranges ses murs et ses nefs d'un gabarit tout romain; et, comme la France, par la France, l'art ogival est nord et midi : le songe nordique se dégagea du brouillard et, prenant une forme plastique par la vertu du génie méditerranéen, il créa enfin de la beauté sous le ciel léger de la France d'oïl.
Depuis longtemps déjà, les fils des émigrés ne pensaient plus à leur origine : ils avaient oublié le ciel trouble de l'aur cien Vaterland pour le soleil de leurs nouvelles patries. Envahisseurs et envahis ne formaient plus qu'une même famille : une nouvelle Europe était née de la fusion des races, et cette Europe regardait vers le Midi.
Trois siècles à peine après la rurr. dévaslalrice, Rome et son Art semblaient renaître à la cour du César austrasien dans le palais latin d'Aix-la-Chapelle : se rebaptisant à l'antique dans l'Académie [lalatine, Charlemagne-David el ses fidèles Alcuin- Flaccus, Angilbert-Homère, Eginhard-Rclzéel apparaissaient comme les légitimes héritiers des souverains,, des poètes, des artistes du monde médilerranée/i. Les princesses fran(jues, ellea ausii, par un même désaveu symboliq-ue, renonçaient à leurs rudes noms germaniques : plus de Liutgarde, de Ghisèle, de Uollirude; sous les portiques, orjiés de marbres sculptés,
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venus de Rome et de Ravennc, c'étaient Eva, Colomba, Délia qui célébraient les défaites de Witikind cl la destruction de rirmensul dans une langue que Virgile aurait sans doute trouvée incorrecte, mais non inintelligible.
L'Occident avait absorbé les Germains de l'invasion et refoulait ceux du dehors. Sous la poussée des hordes, les barrières du Rhin et du Danube avaient été brisées au cinquième siècle. Le monde latin ne recouvra jamais les Alpes orientales, l'ancien Illyricum, que la culture méditerranéenne n'avait qu'effleuré et qui pourtant atténua l'Allemagne en Autriche. Mais les grandes Alpes au nord de l'Italie et le Rhin au nordest de la Gaule redevinrent vite, en dépit du tracé fortuit et variable des délimitations politiques, les frontières de la civilisation et de la barbarie.
La langue allemande a franchi le Brenner : pour ne plus parler leur antique rhéto-latin, les montagnards du haut Trentin ne sont-ils plus romanches.î» Elle a dépassé le Rhin et empiété hors de son domaine propre jusqu'aux Vosges et des deux côtés de la Moselle; mais, sur cette rive gauehe du grand fleuve, la Gaule transparaît sous la pénombre projetée par l'Allemagne : dans le mélange des races, les Gallo-Romains envahis changèrent de langue, mais les Germains déracinés changèrent d'àme. Ce pays n'est que la marche superficiellement germanisée de la France; l'Art en est un sûr garant : de Belfort à Cologne, sur la vieille terre celtique et latine, si l'on néglige quelques malencontreuses interventions tudesques, il a fleuri frère de l'art français ou néerlandais. C'est qu'il venait de l'ouest, passant entre le Jura et les Vosges, descendant la Moselle ou remontant le Rhin, et quil tnnivait un terrain propice.
Il était tout français en .Vlsacc, au Moyen Age et sous la
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Renaissance, malgré le tracé artificiel des frontières éphémère», et les rapports intellectuels avec l'Allemand, a le Vieil Allemand )), « l'Altdeutsch » d'au delà du fleuve étaient aussi vagues qu'était lâche le lien qui rattachait la libre province au Saint Empire sous la lointaine suzeraineté de l'Autriche. La Vierge des Antonites d'Issenheim, la Vierge aux roses de Schongauer, d'une si délicate beauté, la cathédrale de Strasbourg, l'église de Thann, les maisons de Colmar, les rues des moindres cités en témoignent hautement : cette grâce souple, cette fine élégance, cette noblesse fière étaient inconnues au delà du Rhin. Dans le Palatinat, autour du mont Tonnerre, sur les bords de la claire Moselle, dans toute cette vieille patrie des Gaulois Némètes elt Trévires, l'âme de la Gaule romaine n'est pas morte; les trois archevêques électeurs, dont les cours furent souvent si françaises, ne l'avaient pas étouffée : elle a vibré à l'unisson de la France sous la Révolution et l'Empire. Assoupie depuis cent ans, elle attend le grand réveil.
Comme le nôtre, avec le nôtre, l'esprit belge rayonne jusqu'au Rhin. Incessants échanges : Mayence donne Memling à Bruges, Anvers et Louvain cèdent Beethoven à Bonn.
Dans cette Gaule du Nord, l'école de Bruges régna sans rivale : à Colmar même, Schongauer imitait la technique de notre Roger de la Pasture, qu'on appelait en Flandre Van der Weyden; et les primitifs de l'école de Cologne ont une couleur toute flamande. Plus au nord, vers Emmerich et Clèves, le pays semble hollandais : ce n'est qu'un morceau de la Gueldre indûment usurpé par l'Allemagne.
Cette frange gallo-latine, mêlée de germanisme, a, pour la civilisation, un double rôle à jouer aux portes des deux mondes. Elle peut être l'intermédiaire avec la Germanie, recevoir ses apports et les assimiler : les madones de Lochner, à
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Cologne, Iraduisaient eu style flamand la poésie allemande; Beethoven réunit, le double héritage du grand Roland de Lassus et du grand Bach; avant 70, l'Universiti'; de Strasbourg accueillait et clarifiait la science allemande.
Elle doit aussi servir de boulevard à l'Occident et à la culture latine : Auguste en avait fait deux provinros militaires, qu'il appela les Germâmes et qui protégèrent la Gaule.
C'est la mission de la France de défendre sur le Rhin l'Humanité civilisée, sa morale, sa liberté contre les ruées féroces de la barbarie, sa pensée, son art, son goût contre le vandalisme des invasions violentes et la sournoiserie dos infdtrations traîtresses, contre l'esprit de boursouflure et de balourdise, d'avilissement et d'impuissance, contre le Thor qui écrase et le Méphislophélès qui corrompt.