LES PAYS-BAS : BELGIQUE ET HOLLANDE
Une vie facile, un ciel plus doux, un pays plu? richc^ à la lisière de la Germanie, aux portes du monde latin, ont permis à des Germains d'élite, affranchis de l'Allemagne, de ses malheurs et de ses tares, de montrer ce que pouvait leur génie, fécondé par le voisinage et les exemples de la France, poli plus
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tard par les leçons de l'Italie. Cet Extrême-Ouest de la Germanie a vécu h part, isolé et sauvé de l'Allemagne, protégé contre les effluves malsains, qui soufflent d'au delà des marais de Bourtange et du Rhin wcstphalicn, par deux bienfaisantes influences, celle de la mer vivifiante, celle de la France initiatrice. Petites provinces, mais ennoblies par une vie fière et par des luttes héroïques pour l'indépendance, et devenues des terres illustres de liberté et d'art.
Ces Pays-Bas sont, comme la Suisse, à un carrefour de l'Europe, et, comme elle, entourés par trois grands peuples. Mais, au lieu de s'abandonner à l'emprise de ces puissants voisins, ils ont réagi et se sont victorieusement affirmés dès les derniers siècles du Moyen Age : ils ont été, pour la France et l'Angleterre, des émules, des égaux et parfois même des maîtres, ce qu'ils furent toujours pour l'Allemagne.
Ils créent la polyphonie conjointement avec la France du Nord et l'Angleterre du Midi; et de cette musique, qui chantait de l'Escaut à la Tamise et à la Seine, la musique italienne ne fut d'abord que l'écho : comme le Français Goudimel fonda l'école de Rome, le Flamand Willaërt fonda celle de Venise.
Ces Néerlandais, qui furent les .premiers musiciens du Nord, en sont aussi, depuis cinq cents ans, les grands artistes plastiques, et, le plus souvent, ils en sont les seuls. Ils créent la xylographie avec Laurent Coster de Haarlem; ils disputent à la France l'honneur de l'invention de la gravure sur bois. Dès le quinzième siècle, leur école de peinture est une des plus grandes, et ils inventent la peinture à l'huile : la Renaissance italienne doit une partie de sa splendeur à ce nouveau procédé néerlandais. Puis, sous l'influence de la Renaissance, la peinture néerlandaisie évolue pour s'épanouir dans la floraison magnifique du dix-septième siècle, art de synthèse du nord et
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du midi, — comme le fut, dès le douzième, notre architecture ogivale; — art de vigueur et d'opulence, mais aussi de charme et d'esprit; art pittoresque de sensibilité et d'imagination, mises au service de la raison et du goût. Comme chefs-d'œuvre de cette fusion des deux génies, germanique et latin, comme modèles parfaits d'un art hautement européen, largement humain, tout en gardant son caractère national, prennent place, à côté de nos cathédrales a gothiques », la Pèche miraculeuse de Rubens, la Ronde de Nuit de Rembrandt, plus germaniques par leurs patries, plus classiques par leur siècle.
Marchant de pair avec les grands peuples de l'Occident, ces Pays-Bas sont le sel de la terre germanique. Ils furent les éducateurs de l'Allemagne : tout ce qu'elle n'emprunta pas à la France ou à l'Italie, elle le leur doit. Elle imitait trop souvent les peuples latins sans les comprendre : les Pays-Bas ont été chez elle les introducteurs des arts et les truchements de la civilisation. L'Art a remonté le Rhin, passé la Meuse ou descendu la Moselle. Après Coster, Gulenberg n'a qu'à substituer, pour les caractères d'imprimerie, le mêlai au bois; les Allemands ont de bonne heure la gravure sur bois, mais leurs premiers essais ne sont que de gauches imitations des œuvres néerlandaises *; les peintres de Cologne sont les disciples de Bruges; et ce sont aussi les leçons de Bruges que ce Schùlz, qui devait être <( le père de la musique allemande », alla demander, à Venise, à Giovanni Gabrieli, élève du grand Willaërt; au même temps, le Hollandais Sweelinck ouvrait la voie à Bach en créant la fugue d'orgue dans la « Vieille Eglise » d'Amsterdam.
Voisines cl amies au Moyen Age, unies par la maison de