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LES PAYS-BAS : BELGIQUE ET HOLLANDE I

son propre, d'une propreté inouïe qui fût le luxe du plus pauvre, confortable, commode à la vie de chaque heure, aux besoins du ménage, aux longues réunions d'amis, aux rêveries solitaires : et la Hollande créa la peinture d'intérieurs et d'intimités; elle offrit à l'Art des modèles imprévus, bourgeoises dans leurs chambres et ménagères dans leurs cuisines. Dans cette demeure, oii il se tient heureux et coi, il faut au Hollandais un garde-manger opulent, bien ordonné, à l'aspect réjouissant; et il a le goût du décor familier, il aime les beaux tapis, les cristaux chatoyants, les vases de prix : et la Hollande créa la peinture de nature morte. Elle eut aussi ses cabarets et ses kermesses et débrida la verve des Brauwer et des Jan Steen. Patiente, sagace, scrupuleuse, elle avait ainsi, en se complaisant à observer la vie de tous les jours, créé toutes les formes de la peinture de genre.

La Hollande se fit républicaine et protestante; elle n'eut ni cour éclatante ni églises somptueuses, et ce luxe qu'aimaient les peintres flamands fît défaut aux siens. Mais, dans la libre commune, chaque citoyen avait sa valeur propre : et la Hollande excella dans le portrait. Ses corps de métiers étaient les cadres de sa société et de sa vie : elle se plut aux costumes sombres, mais cossus, de ses bourgeois; elle s'enorgueillit de leurs brillants uniformes de gardes civiques, quand ils prenaient, dans leurs fêles, leur revanche de tout ce noir : et elle créa les tableaux de corporation.

Méticuleux par leur origine germanique, ses admirables petits maîtres ne laissaient rien au hasard : leur moindre touche est réfléchie, voulue, impeccable, mais la Hollande leur donna aussi sa simplicité d'allure, sa bonhomie naïve ou narquoise.

.\u milieu de toutes ces œuvres correctes et sages, d'une si patiente minutie et d'un fini si parfait, d'oiî jaillit ce rire

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sonore de Franz Hais? D'où part cet élonnant feu dartiûce? D'où sortent ces larges coulées d'une pâle généreuse, ces prestigieux tours de force qu'il semble improviser en se jouant? C'est la joie de la bonne vie opulente et plantureuse, qui rejette son masque ordinaire de calme, de sérieux et de flegme pour s'épancher en liberté. Mais pourquoi ce Hollandais d'exception est- il seul à avoir déchaîné cette joie exubérante, cette flamme de gaieté, cet entrain endiablé? Ne serait-ce pas qu'il naquit dans le Brabant belge, à Malines, aux portes d'Anvers, où Rubcns allait s'épanouir?

Mais voici un autre miracle : sous l'âme pratique et terre à terre de la Hollande, sous son naturalisme qui se préoccupe de la vérité, non de la beauté, de la vie, non de la poésie, se cache, tout au fond, une autre âme, celle de la méditation, du sentiment poétique, du rêve idéaliste; et le jour où cette âme mystérieuse trouva ses interprètes, au-d<.'ssus de tous plana très haut, dans le ciel de la pensée et de l'idéal, le génie de Ruysdaël et de Rembrandt.

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