T,A RUSSIE
et de pitié; du scepticisme, mais c'est le peuple di^ la foi; de l'indifférence, mais c'est le seul peuple vraiment chrétien, chrétien sans mesure et sans prudence humaine, le seul qui suive jusqu'à l'utopie, jusqu'à l'aveuglement, la loi de bonté et de fraternité; enthousiasme surhumain et résignation dégradante; grâce fuyante du Slave et inébranlable sûreté des affections et des dévouements. Cent peuples, qui ne font qu'un peuple; dix religions à côté de l'orthodoxie. Ces forces sans nombre n'attendaient qu'un signal; il ne fallait qu'un déclic pour mettre tout en mouvement.
Le tsar Nicolas ferme l'Empire, et la Sainte-Russie se replie sur elle-même : à l'abri de l'étranger, elle se découvre et, dans l'enchantement de s'être eniin retrouvée, elle se révcle. Il fallait que le despoiisme emmurât la Russie pour qu'elle pût se ressaisir, — comme il faudra qu'il meure, le Bolcheviste après le Tsarien, pour qu'elle puisse s'épanouir.
Le grand siècle s'ouvre aux environs de i83o. Le roman et la poésie donnent aux « grands pays muets » les premières voix qui les expriment et les glorifient. Pouchkine chante le Caucase « seul dans l'altitude » et les rivages de la mer, où errent les esprits, le démon lieschy et l'ondine roussalka : (( Là-bas gît l'âme russe, cela fleure la Russie. » Lermontof célèbre « le Nord bien-aimé. » Gogol admire sa patrie : « Steppes où je suis né, que vous êtes beaux I »
L'art décoratif, dans sa préciosité raffinée, est toujours byzantin; l'art populaire garde son caractère primitif et traditionnel : et ce sont les témoins de l'esprit conservateur de la Vieille-Russie et de la bonhomie naïve et souriante du moujik. Et ce sera longtemps encore une des faces de la Russie. Le Moyen Age, chez nous un ingénieux archaïsme essaye de le ressusciter dans notrt monde moderne par des pattichea de ces