LES GRANDS PEUPLES DE LART
églises, de ces meubles, de ces bijoux romans et gothiques, que nous avions créés et que nous avons abandonnés; mais la Russie le conserve dans cet art byzantin d'emprunt, qui lui est devenu national et qui subsiste à côté de l'art nouveau qu'elle crée.
C'est qu'un autre art surgit, en eiîet, à l'Orient de l'Europe, un art très grand et très slave, le fruit savoureux d'une race et d'un pays, que l'Europe ne connaissait guère, qu'elle n'entrevoyait que de loin, déformés par des réfractions dans le milieu germanique. Cet art naquit à l'heure oii la Russie avançait à pas de géant dans tous les domaines, oià sa puissance économique s'égalait à sa puissance militaire, oii la liberté s'éveillait dans l'empire des tsars, qui y conviait la Pologne de Chopin, si longtemps martyre, la Bohême de Smelana, tous les peuples de l'Europe centrale et tous leurs arts, sortant du tombeau où les avait mis le Germanisme.
Cet art, débordant de jeunesse et de sève, rest l'art national qui se dégage de la gaine byzantine et qui rejette les oripeaux étrangers et la lourdeur allemande. Et voici qu'enfin, après mille ans, l'àme russe, lame exquise réapparaît, rêveuse, complexe, profonde, puissante, dans toute son élégante fantaisie et sa grâce émue. Son art plastique naissant regarde vers la France qui lui donne les seules leçons profitables à son souple et libre génie : un Tourguénef, un Antokolsky prouvent que la Russie peut avoir une sculpture précise et nerveuse, robuste et grandiose, qu'elle a en elle assez de Midi pour échapper à la fatalité d'impuissance plastique du Nord. Pour la peinture russe, comme elle naît aux jours de l'Impressionnisme, elle accepte avec joie la manière large, vivante, éclatante qui plaît à sa jeune audace et à son goût oriental de la couleur : elle hrûle les étapes avec un Serov et un Maliavine et passe sans