LES GRANDS PEUPLES DE LART
resplendissant d'or et d'argent, — comme le roi des Muysca", l'El Dorado, qu'on plongeait à son avènement dans un bain d'or liquide, pour le présenter tout doré aux adorations de son peuple, — il émerveilla les conquistadores éblouis : tout en le détruisant, ils célébrèrent éperdument sa splendeur et sa beauté. Nous voyons mieux ses lacunes.
Cènes, les Précolombiens ont fait ce tour de force, — que n'ont pu accomplir ni les nègres d'Afrique ni les Australiens, — de créer de grands arts à eux seuls sans secours étrangers, sans exemples du dehors, sans conseils que de leur propre génie.
Ils aimaient la musique, comme l-e prouvent leurs flûtes, leurs conques et leurs tambours; et celle passion était si forte chez les Mayas, qu'ils épargnaient la vie des prisonniers musiciens. Leur habileté manuelle s'est affirmée dans leurs chefsd'œuvre de poterie, de bijouterie et d'orfèvrerie, et dans l'appareillage sans défaut de leurs pierres non taillées. Ils ont montré leur sens du grandiose dans les statues de Palenque et les constructions géantes du Pérou, du Yucalan et du Mexique, leur goût de la couleur dans les peintures Mnyas d'Itzamal et de Chichen-Ilza, leur délicate minutie dans les élonnanles mosaïques de plumes des Aztèques et les admirables ti sus des Quichouas. Mais trop souvent aussi les figures sont informes les conlo rs ang;,l ux et raides, les couleurs \iolentes, les ofiiemenfs compliqués; ils n'atteignent à la beauté plastique que dans de rares effigies, comme la noble et majestueuse statue du Roi-Tigre de Chichen-Itza. Ils ont peut-être eu parfois du génie, mais ils n'étaient pas encore maîtres de leur talent. Le feu sacré quo les initiateurs divins, les Prométhées du Nouveau- Mon 'e, Manco-Capac, Quetzacoatl et Cuculkan, allumèrent au pied des Andes, autour des lacs de Texcuco, sur les rives de rUsumacinta, ne brilla jamais d'un éclat très égal ni très pur.
UNE isolée: l'amérique précolombienne 277
Cet art évoque tout d'abord le souvenir de l'Egypte et de l'Orient par les tcocallis :\ pylônes et les pyramides à et; ges, par l'architecture colossale et la bijouterie raffinée, comme les momies d'Amérique rappellent les morts immortels de la terre des Pharaons.
Mais les vivants, les « Chinos » du Pérou, semblent, par les traits de leur visage et la couleur de leur peau, les frères des Jaunes de l'Empire du Milieu. Il était fatal qu'on en conclût d'abord à d'antiques rapports malgré l'Océan et la distance. Mais quoi.*^ Dans ce monde à rebours, ces Chinois transplantés auraient construit comme des Egyptiens?
On ne saurait, partout oh l'on trouve des similitudes, affirmer, sans autre preuve, des filiations ou des emprunts. Sur l'arbre de Jessé, dont l'art de chaque peuple est une branche, l'art Précolombien semble partir de la racine et avoir grandi solitaire. Dans ses ressemblances avec l'art Egyptien, nous ne voyons rien d'autre, jusqu'à nouvel ordre, que le résultat naturel d'une vie pareille.
Vastes groupements humains, peuples doux et soumis, esclaves sans nombre, maîtres despotiques, mainmise souveraine dos religions, prêtres tcut-puisssnts, ces sociétés analogues doivent se traduire, si les contingences ne s'y opposent pas, si les matériaux fournis par la nature sont analogues, par des arts analogues : le semblable produit le semblable. La ressemblance des œuvres prouve la ressemblance des âmes; mais il ne s'ensuit pas nécessairement qu'une race ait reçu les leçons de l'autre.
Non, il n'y a pas ici de soupçon d'imitation, qui comprometîe la valeur du parallélisme des histoires. A même sorte de vie, même sorte d'art : dans des conditions pareilles, la parenté primitive de tous les hommes s'affirme par de pareilles évolutions et le commun atavisme enfante des arts frères.