ET D'ART
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Le journal The Times du 3o juillet jette un coup d'œil sur les ventes d'art faites à Londres dans l'année. La plus importante, celle de la galerie de lord Dudley, a permis aux commissaires-priscurs Christie de réaliser cent mille livres sterling en une après-midi, ce qui ne s'était jamais vu. Les salles de vente sont de plus en plus fréquentées par les amateurs, et les prix s'y maintiennent élevés. Au contraire, les marchands de tableaux V et de curiosités voient leurs boutiques rester désertes, et le rare acheteur qui s y hasarde y trouve tout trop cher ou indigne de lui. Les estampes des vieux maîtres allemands et hollandais atteignent toujours de très hauts prix : les Durer vont surtout en Allemagne, et les Rembrandt, en France et en Hollande. Les amateurs anglais ont plutôt tendance à s'en défaire, la mode, parmi eux, étant de plus en plus aux productions de l'Ecole nationale, aux porcelaines d'Orient, aux laques japonaises, aux vieux meubles
et à la vieille vaisselle d'argent. — Le rédacteur termine par ces lignes pleines de bon sens et fortement business-like : « Dans une société comme la nôtre, la collection des œuvres d'art joue un rôle d'une importance sans cesse croissante dans l'existence des personnes de grande ou même de moyenne fortune. Les œuvres d'art embellissent la vie; et elles sont aussi, en ces temps de vil intérêt, un placement qui n'est nullement méprisable, lorsqu'on a du goût ou qu'on peut s'assurer l'avis de ceux qui en ont. De là la hausse constante dans la valeur des choses vraiment belles. Les posséder est un plaisir qui, pour ne rien dire de plus, est aussi réel que la plupart des autres plaisirs ; et on peut toujours raisonnablement espérer que, quand nos héritiers viendront à réaliser, ils n'y perdront pas. »
La grande Althorp Library, dont la vente annoncée faisait tressaillir d'avance tous les amateurs, vient d'être achetée en bloc, à un prix énorme qu'on ne dit pas, par un Anglais, dont on tait le nom, mais qui veut, parait-il, en faire une bibliothèque publique. On ne sait pas encore si c'est à Londres, ou à une des universités anglaises, ou à une grande ville de province que ce généreux et intelligent citoyen a décidé de faire ce don plus que royal.
Musée du Louvre. — Le conservateur du Musée des antiquités grecques et romaines vient de faire exposer dans la salle de Phidias une tète imberbe de style archaïque remontant au vi° siècle avant Jésus-Christ. Cette tète offre une grande analogie avec les sculptures récemment découvertes à l'acropole d'Athènes.
De plus, on peut voir dans la salle des fresques des monuments d'un grand intérêt au point de vue de l'art et de l'archéologie. Ce sont des bustes envoyés au musée du Louvre par les soins du directeur de l'Institut français d'archéologie au Caire. Ces bustes ont été détachés des couvercles de sarcophages, couvercles présentant eux-mêmes une particularité curieuse, le mort au lieu d'y être représenté étendu sur le même plan, comme
sur les sarcophages anthropoïdes ordinaires, est représenté dans une autre position. Le visage peint avec des couleurs vives donne à la physionomie un aspect très vivant. Ces bustes sont en
gypse-
Un livre de M. Renan. — M. Renan a été malade ; il en a profité pour faire annoncer son prochain ouvrage. Ce nouveau livre est une suite de l'histoire des Hébreux crue public le professeur du collège de France avec l'intention de nuire au catholicisme.
a Ce livre, dit M. Renan, est le quatrième et dernier volume de la série d'ouvrages que j'ai écrite sur l'histoire du peuple d'Israël. Il est complètement terminé, et, si j'étais mort, on aurait pu le publier tel qu'il est. Il est vrai qu'il aurait fallu pour cela un fameux correcteur, et les défauts d'une œuvre parue dans ces conditions auraient singulièrement troublé le repos de mon purgatoire. Il vaut mieux que je fasse moi-môme les remaniements qu'il conviendra d'y apporter.
« Le livre sera imprimé au mois d'avril; j'en reverrai les épreuves avant de partir, cet été, en Bretagne; j'y ajouterai les citations de quelques textes que je puiserai soit dans ma bibliothèque, soit dans celle du Collège de France, et, dans sept ou huit mois, il pourra voir le jour,
« Ce quatrième volume, qui sera si important que je crains bien d'être forcé de le diviser en deux parties, comprendra l'étude philosophique de l'histoire des Hébreux depuis leur retour de captivité de Babylone en Judée jusqu'au lever du christianisme. Ce sera, en quelque sorte, l'avant-propos de la vie de Jésus, et la suite de mon ouvrage sur les origines du christianisme. »
C'est en Allemagne, dans des livres allemands, que M. Renan dit avoir surtout puisé les éléments de son livre :
« Ce sera, a-t-il dit, un pont jeté entre l'ancien et le nouveau testament. »
Les prochains romans d'Emile Zola. — ■ Un rédacteur du Gaulois, M. Max Rivière, a interviewé Emile Zola au sujet de ses
œuvres en préparation. Voici le résumé de l'interrogatoire du maître :
« Il est exact, dit-il, que j'aie pensé à faire un livre sur Lourdes. Mais je terminerai d'abord ma série des Rougon-Macquarl, dont la Débâcle n'est que l'avant-dernier acte. J'ai toujours été séduit par l'idée de finir la série sur une œuvre plus douce, plus discrète, en quelque sorte.
« Après les pages mouvementées, après la description des batailles, toute une foule d'individus, des armées entières mises en scène, je veux écrire un roman simple, où il n'y aura que trois personnages, dont l'action se déroulera dans un cadre étroit, dans celle petite ville de Plassans, qui fut le pays des premiers livres de la série. J'y évoquerai le souvenir de tous mes Rougon- Macquarl ; et le roman se terminera sur une vision très douce cl très consolante de la vie.
— C'est du Docteur Pascal que vous voulez parler?
— Du Docteur Pascal, en effet. Et ce n'est que lorsqu'il sera terminé, vers mars ou avril de l'année proebaine, que je me mettrai à une œuvre nouvelle.
— Au roman sur Lourdes.
— Peut-être; j'ai été à Lourdes, l'an dernier. Je n'y ai passé epic quelques beurcs. Mais ce que j'ai vu m'a beaucoup frappé. Il est possible que j'y retourne à la lin d'août, époque des pèlerinages, et que je m'y installe pendant une huitaine, afin de recueillir tous les documents nécessaires pour commencer le livre, dès que le Docteur Pascal sera achevé. J'y ai déjà vu, je suis certain d'y voir encore beaucoup de choses. On n'imagine pas ce que cela est, la population étrange, disparate, toutes les sociétés, tous les mondes qui s'y rencontrent, et la foule des infirmes, des malades de toutes sortes, des paralytiques et des éclopés qui défilent là, tous les jours. C'est toute une humanité, avec ses souffrances, ses misères physiques et morales, et aussi avec ses espérances : il y a les sincères, les croyants; il y a aussi les exploiteurs, les commerçants, les parasites de la crédulité. On y voit des miracles, car il s'y produit des miracles, et il s'en produira toujours. Par exemple, Lourdes est excellent pour les affec-
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tions nerveuses, tandis que les malheureux poitrinaires que l'on trempe dans les piscines y trouvent une mort certaine, souvent immédiate.
Il semble que toute la croyance de l'humanité se soit réfugiée là et l'on conçoit que les évèques, — celui de Tarbes, je crois, — qui ont beaucoup lutté contre Lourdes, qui l'ont fait fermer plusieurs fois, aient fini par renoncer à combattre un sentiment plus fort que tout, et respectable en somme, comme tout ce qui est sincère.
Les catholiques — ceux du moins qui croient à Lourdes, peuvent être tranquilles, d'ailleurs. J'écrirai le livre sans intention malveillante. Je ne leur démolirai pas leur sainte vierge. Je dirai simplement ce que j'aurai vu, ce que j'ai déjà vu : ce qui est sublime et ce qui est grotesque, ce qui est touchant et aussi ce cpii est obscène... car il y a tout, jusqu'à l'obscène.
C'est un coin du vieux monde que l'on aperçoit là, — un monde qui nous reporte de dix siècles en arrière, — et dont l'étude me permettra de traiter ces curieuses cpiestions soulevées par M. Melchior de Vogué, le néo-christianisme et l'évolution des peuples par la foi.
Mais tout cela n'est encore qu'à l'état de projet. J'ai beaucoup d'autres idées en tète. Ainsi, je suis également assez tenté par un livre sur la dépopulation. Cela vous semble étrange?... J'ai sur ce sujet des documents très curieux, et on m'en a promis d'autres. Ce qui me frappe surtout dans cette question, aujourd'hui à la mode, c'est la mortalité infantile : on n'imagine pas le nombre d'enfants qui disparaissent en bas âge, ce qu'on pourrait appeler le Déchet de la vie. Et ce serait là le titre du livre : le Déchet.
Mais tout cela, je le répète, dit Zola, n'est encore dans mon esprit qu'à l'état de projet. Il n'y a rien qui soit définitif.
Classification des écrivains, d'après Marion Crawford. — H y a bien des variétés dans le genre auteur. Il y a l'auteur marin, qui ne vient à terre que pour écrire son livre, et qui reprend la mer
aussitôt que le livre est entre les mains de l'éditeur. Il y a l'auteur chasseur, qui. comme dans le cas d'Anthony Trollope, se maintient physiquement dans une condition telle qu'il peut faire un peu de bon travail chaque jour de l'année, — grande et notable exception à la règle ! — Il y a l'auteur étudiant, dont les pénibles travaux d'exégèse ne feront jamais le moindre bruit, mais qui les interrompt de temps en temps pour produire une brillante œuvre de fiction, après quoi il retourne à son sanscrit avec une énergie et un intérêt nouveaux. Il v a l'auteur musicien, que ses préférences portaient à se faire de la musique une profession, mais qui n'avait pas tout à fait assez de talent pour cela, ou pas tout à fait assez de facilité technique, ou dont l'éducation musicale a commencé un peu lard. Il y a l'auteur aventurier, qui chasse en Afrique, ou qui a pris l'habitude de passer l'hiver dans la Sibérie orientale. Il y a l'auteur artiste, qu'on peut trouver dans les villes peu fréquentées de l'Italie, copiant patiemment de vieilles peintures comme si sa vie dépendait de son exactitude, ou esquissant des enfants, garçons et fdlcs, en des aquarelles fort loqueteuses. Il y a l'auteur mondain, — et ce n'est pas toujours celui qui a le moins de succès, — qu'on aime à recevoir partout; qui sait danser, chanter, faire l'acteur, cl qui ne considère la production accidentelle d'un roman que comme un épisode dans son existence. Il y a l'auteur qui pendant des mois d'avance se prépare à ce qu'il projette de faire en fréquentant la société, haute ou basse, qu'il se propose de peindre; qui écrit son livre en un mois et dépense les onze autres à observer les mœurs et coutumes des hommes et des femmes. Il y a l'auteur qui demeure dans la solitude et qui déroule ses convictions du fond intime de sa conscience; parfois il descend, manuscrit en main, de son inaccessible forteresse, ravage toutes côtes de Covcn-Gardcn, de Henriette street et du Strand, jusqu'à ce qu'il ait obtenu son prix, cl disparait aussi soudainement qu'il était venu, emportant avec lui son or, nul ne sait où. Il y a l'auteur que personne ne peut se vanter d'avoir vu jamais, qui ne répond jamais à une lettre, ni ne donne un autographe, ni ne laisse savoir à personne qu'à son éditeur le lieu où il demeure, mais dont les trois volumes ap-
paraissent ponctuellement deux fois l'an, et dont le nom connu est sur bien des bouches. A moins qu'on ne rencontre la description de sa personne dans une encyclopédie, vous ne saurez jamais s'il est vieux ou jeune, noir ou gris, de bonne mine ou laid, droit ou bossu. Pour vous c'est un personnage vague, imaginaire, enveloppé d'une colonne de nuées. En réalité, c'est peut-être un petit homme de cinquante ans qui porte des lunettes d'or, qui a découvert qu'il ne saurait écrire s'il ne demeure dans certain village hongrois dont le nom défie toute prononciation, et qui met le principal intérêt de son existence à étudier le socialisme ou le microbe du choléra. Il y a encore l'auteur batailleur, farouche, gris et sec comme une lame de Tolède, qui a parcouru à cheval maints champs de bataille chèrement disputés, en bien des pays, et qui de son temps a senti la poudre à canon plus que la plupart des grands généraux, uniquement pour l'amour de l'art. Il y a aussi l'auteur pacifique, qui fréquente les congrès de la paix et fait des discours en faveur du désarmement général... Il y a même l'auteur poète, qui écrit en secret des milliers de vers exécrables, et qui publie des romans exquis en prose uniquement parce qu'il ne peut faire autrement.
(Tiré du roman récent de F.-Marion Crawford : the Three Fates, vol. III, page 23r). — London, Macmillan etC°.)
Une société d'amateurs d'autographes, à Londres. — M. H. Saxe Wyndham écrit, de Tbornton Lodge, Thornton Heath, à VAthenœum (25 juin) pour lui soumettre le projet, formé par lui et quelques autres, de fonder une Autograph Society, qui réunirait un petit nombre de collectionneurs d'autographes et de manuscrits. M. H. -S. Wyndham prend texte de la découverte du Journal de \ictor Hugo, vendu six francs, en même temps qu'une volumineuse correspondance, pour insister sur l'utilité qu'aurait une société de ce genre, pour grouper les amateurs et donner aux jeunes le goût de ces collections qu'on ne saurait poursuivre quelque temps sans devenir un érudit et un psychologue. Il prie les personnes qui penseraient comme lui et désireraient figurer
parmi les fondateurs de la société, de le lui faire savoir le plus tôt possible.