PORTE DE VESTIBULE
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LA DECORATION DE L'HABITATION
chez le regretté et excellent Champfleury, et c'était plaisir de se tordre le cou à regarder en l'air. Je concevrais toutefois, avec le même procédé, une décoration plafonnière plus sérieuse et plus éclatante ; ce serait de glisser dans les rainures des baguettes — la partie convexe en haut — des assiettes de vieil étain bien frotté, avec diverses ciselures, armoiries et dispositions de fonds. On se figure l'éclat de ce plafonnement! — Des plats de
trop brillants ; mais avec l'étain, cette superbe matière, plus belle, plus grasse, plus discrète que l'argent, quel plafond lunaire et exquis ! Cette étude des plafonds ferait à elle seule un chapitre. Passons donc prudemment et venons aux fenêtres, qui sont d'une importance primordiale dans un logis.
L'homme de goût qui préside à son installation doit s'appliquer à ce que le jour ait ses grandes entrées dans son home. On atténue le jour à volonté par des stores, on ne l'obtient jamais à son gré parles grises journées moroses. Le jour, c'est la vie, c'est la santé morale et physique; il faut lui accorder toutes les transparences, diminuer autant que possible le bois des cadres fenestrés, et surtout se garder des grands et petits rideaux comme de la peste et de la laideur. Au lieu de ces horribles mousselines qui captent une lumière précieuse, au lieu de ces guipures, de ces soieries, de toutes les tentures posées sur tringles et qui ôtent toute perspective et toute joie à une pièce quelconque, ayez, comme nos aïeux, des grands vitraux clairs enchâssés dans d'élégants rectangles de plomb et qui, placés à l'intérieur, s'ouvriront à volonté avec leur joli cadre de chêne bruni. Si la peur des voisins ou la crainte des indiscrétions du dehors vous tracassent, au lieu de verres unis et simples, employez, je vous prie, des verres anglais, craquelés, gercés, irisés, qui donnent tout autant de lumière, tout en s'opposant à la vision extérieure. Mais que ces vitraux soient simples avant tout; à peine un filet de couleur autour du verre blanc.
Ne dissimulez pas le cadre de vos fenêtres pour de lourdes tentures ou d'épais lambrequins, qui apportent par leur opacité
LA DÉCORATION DE L'HABITATION. 267
des lueurs de tombeau dans les chambres; ces rideaux, relevés par des embrasses et qui tombent sur les fenêtres, comme des bandeaux à la Vierge sur un visage de femme, sont contraires à toute esthétique, à toute hygiène et à toute pratique.
Ils ne peuvent jamais se clore entièrement et laissent, quoi qu'on tasse, filtrer le jour par la fente médiane; ce sont des draperies barbares indignes de ce temps.
Peignez, décorez, tapis sez les chambranles de nos fenêtres aussi luxueusement que possible ; revêtez-les d'étoffes riches, de velours, de soies brochées, de vieux cuirs mordorés ; ornez-les de baguettes de métal, vêtezles à votre guise, mais ne les enfouissez plus sous des tentures qui ne sont utiles qu'au tapissier, ce grand apolredes rideaux festonnés, retroussés, plissés et baldaquinés avec un luxe ridicule de cordelières, de glands, d'effilés et de pompons.
Un seul rideau suffit, se repliant sur une tringle élégante, à gauche ou à droite. Ce rideau, souple et épais, plus large que la
fenêtre, s'étendra dans toute sa largeur le soir, masquant entièrement la fenêtre, et si bien compris, à la façon antique ou primitive, que si vous employez pour sa confection un beau panneau de ~^Tf^ vieille tapisserie, vous vous sentirez, à la veillée, bien clos dans une pièce toute tendue et sans fenêtres apparentes, car cellesci disparaîtront sous une verdure développée, montrant de riantes perspectives, sinon des chasses à courre avec des galopades éperdues de beaux seigneurs Henri II, sous des ramures géantes.
A défaut de tapisseries anciennes, des étoffes d'Orient, des points de Hongrie, des grands ^- panneaux brodés d'or comme en
l'ont nos maîtres du Japon, des draperies simples ingénieusement encadrées, tout ce qui le jour pourra se masser paisiblement sans faire épaisseur sur un des côtés de la fenêtre, et le soir se bien développer comme un rideau théâtral, avec confortable et pittoresque. Les portes du logis, portes simples ou à doubles vantaux, méritent également quelque attention. A mon humble avis, les masquer sous de massives portières, écrasantes, emmicrobèes et généralement nuisibles à l'esprit décoratif d'une pièce, n'est pas vraiment nécessaire. Les tapissiers — les monstres ! — les perpétueront pour ne pas se suicider ; sans portières ni rideaux doubles, que deviendraient-ils? Mais pour qui veut faire de la décoration pratique, amusante, personnelle, hygiénique, notre Delenda sera : « Plus de portières ! »