‹ L'Art et l'idée [serial]Chapitre 16 sur 90 · LES LE^^DEMAINS D'ETRENNES · texte numérisé non relu

LES LE^^DEMAINS D'ETRENNES

A la maison Quantin.où je puis bien faire une station bibliographicjue, n'avant parle que du Cas de Rupture et du Palais de Justice, je trouve une preuve à mon arfjumentation avec la Tunisie, pays de jiroleclorat français, texte et dessins de Charles Lallemand ( i volume in-/»"). — A la bonne heure, nous voici revenu ù l'interpréfation d'art cl, ([ui mieux est, à la couleur, M. Charles Lallcmand n"a certes pas de hautes visées d'artiste illuslrateur et son talent confine au talent d'amateur, mais (|uelle vie il apporte avec ses acpiarclles ! (piel mouvement il jette dans ces rues, à ces portes de ville cl dans ces fabricpies tiuiisiennes ! Son ouvrage est charmant et exquis à parcourir; si, il y a vingt ans, on nous avait servi un livre de ce charme coloré et de cette grâce fleurie, les bibliophiles auraient crié à la merveille et au miracle; mais aujoiud'lmi cet ouvrage si plaisant au regard ne fait pas coup de pistolet dans le gros déballage des volvunes d'élrennes; il se vend et se vendra beaucou[). j'aime à le croire, mais en raison de ses jolies compositions, de son texte intéressant et surtout du grand pas qu'il marque dans l'impression en couleur, il eût mérité une prise de plume sérieuse de quelque critique d'art indépendant et autorisé de la presse quotidienne.

Non moins suggestif par son illustration foisonnante, la coquetterie de ses dessins, l'habileté de sa mise en page et l'agrément de son texte (pii nous rend vagabond à plaisir, est le grand et beau livre de Louis Barron, Autour de Paris, seconde zone des Environs de Paris du même Barron, publié il y a deux ou trois années, rue Saint-Benoit. C'est Fraipont qui a composé tous les croquis délicieux de ce vaste panorama du Paris suburbain ; la photo, ici, disparait sous la plume ingénieuse de l'artiste, et, grâce â ses agencements, à ses groupements pittoresques, à ses délicats encadrements, le décor de Seine-et-Marne et de Seineet-Oise nous est rendu avec un éclat prestigieux, tant la féerie du savoir-faire peut seule noyer la froideur du cliché naturel.

Un autre ouvrage de même ordre me sollicite, il est intitulé Aux environs de Lyon, par M. Jossc, et est publié par Dl/ain et Richard de Lyon avec deux cent cinquante dessins de J. Drevet, dont trente-deux compositions hors texte et une gravure à l'eau-

forte (i vol. grand in-8"). C'est encore l'art du crayonniste, du paysagiste-illustrateur qui vient enrichir l'excellente monographie du Lyon extra miiros de M. Josse. Les compositions de M. J. Drevet sont variées, amusantes, d'une exécution qui sent la vie et cet amour de la campagne spécial au citadin. Ce livre est si curieux, si accueillant au regard que je voudrais pouvoir l'analyser à plaisir, en louer l'ordonnance, en dire la saveur réelle et en exprimer tout ce que j'en pense; mais, juif-errant de la bibliographie, je marche sans m'arrèter aux oasis de la rovite et je ne puis aujourd hui que saluer ce beau volume en portant mes compliments sincères à ceux c|ui l'ont conçu et publié, c'est-à-dire à MM. Dizain et Richard et aussi à l'imprimeur lyonnais A. Rey, digne de la réputation des vieux typogiaphes de Lyon.

J'arrive à Teslard cjui a mis au jour une œuvre d'importance en nous donnant les deux volumes des Beaux Messieurs de Bois- Doré, en format in-8", avec une illustration très nourrie de dessins d'Adrien Moreau gravés sur bois par une pléiade de xylographes de valeur. Publier l'un des chefs-d'œuvre des romans de George Sand, un livre de cape et d'épée, très long, déjà c[uelque peu oublié, au prix de 4o fr. le volume, c'était certes aussi hardi cjue de remettre bibliophiliquement à la lumière les Trois Mousquetaires de papa Dumas, pourtant ïestard a eu raison, car ses deux volumes ont le ineillevir aspect du monde et leur illustration, sans être transcendantale, ce qui est presque impossible à atteindre, est cependant très artistique, très diverse et d'un goût qui ne permet guère de critiques. Les gravures sur bois sont d'une exécution achevée qui est parfois admirable et d'un tirage surprenant sur le vélin glacé du texte. Franchement, quand je vois de beaux volumes comme ceux-ci, je me demande pourquoi on continue à nous rabattre les oreilles avec les merveilles de i84o. Ce fameux Gil Blas de Gigoux est évidemment illustré de façon preste, originale et gracieuse; mais le papier en est bien inférieur, le texte est fort médiocrement orné, souvent d'ornements typographiques disparates ; l'unité d'exécution est fréquemment prise en défaut. Nos petits-neveux trouveront non moins de beauté et plus d'homogénéité dans de belles publications de ce temps aussi soignées

LES LENDEMAINS DETRENNES.

que ces Beaux Messieurs de Bois-Doré, dont Tcstard nous gratifie.

L'éditeur a joint à cette publication presque impeccable un album comprenant une suite de dix eaux-fortes, avec une préface de Francisque SarccA'. Ces eaux-forles sont de MM. Won Boulard et Géry Bicliard, d'après Morcau ; elles ne me satisfont pas aussi complètement que les bois ; pour bien composés que soient ces dix tableaux, je préfère Adrien Morcau vignellisle.

Je voulais vous entretenir des illustrations faites par Georges Roux pour la Sylviane de Ferdinand Fabre, publiée par Tcstard et dont mon collaborateur Gausseron vous entretient plus loin, mais je suis bloqué par manque d'espace, alors que je voudrais être dithyrambique pour le jevmc Georges Roux dont le talent robuste, souple et très lumineux excite ma svmpathic au plus liant degré. Je le retrouverai plus tard et bientôt — je l'espère. Que ne puis-je également parler de la Russie d'Armand Sylvestre, que Testard nous donne également en un fort volume très agréablement réchauffé de dessins et eaux-fortes de Henri Lanos dont qucl([ues-uns sont réellement de premier ordre ! La bibliographie est accapareuse, près de dix livres attendent encore, mais la table est desservie.

Au revoir, messieurs les Bibliophiles, à février si possible.

Gérard d'Orgy.

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La génération littéraire qui "monte

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