FLEURS
C () M P () s rr 1 ( I N A F, L E G O m Q U E I) A L E V A N U IV E S E O >' Pour l'Ail fl l'idée.
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pour (les étofîes, par conséquent sur une surface phmc; qui se borne à redresser ce plan cause fatalement l'impression de verticalité des crépons japonais, la forme y perd son modelé, l'espace sa profondeur. Afin d'obvier à ces inconvénients, et toute disproportion, toute monodic de facture, clioquant sa rétine délicate, Séon, après d'atlcutivcs observations sur les sphères colorées, iinagina la dégradalion perspective du ton; procédé dinicilc qu'il n'emploie que de façon restreinte, pour certains effets, ne le considérant d'ailleurs que comme un moyen, et entraîné aux louches larges par son tempérament syntliétiste.
La Lumière! Kendjrandt, qui en a joue en virtuose, lui lit toujours spiritualiscr la matière, voilà ce qu'on oublie troj). Tout n'est pas fini lorsque lartiste sait ce qui reste de coloration sous une radiance éclairante; au contraiie, tout connncnce. Séon n'en douta jamais; pensant avec Millet que u tout art a une langue et qu'une langue est faite pour exprimer ses pensées », il a, du luminarisme, tii'c une application spéciale : le symbolisme des teintes.
Posant comme postulat que chaque couleur spectrale et le blanc qui les contient toutes correspondent à une ou plusieurs de nos perceptions primordiales, ce cérébral en déduit que leurs mille nuances sont aptes à complcmentariser la symbolisation iconique d'un état d'ùmc ou d'idées abstraites. Et il schématise sa théorie en les règles suivantes :
Corporéiser, par les lignes, un syml)olc dans un type amplifié à l'archclypc ; iiomogénéiser ce symbole, «(w/iojcn des teintes, a\ec le caractère d'un être ou mieux son substratum.
Observer tout et partout, de préférence en le peuple, mais choisir.
Tout monter au style, idéaliser tout. Le style, c'est, reconnait-il avec Charles Blanc, « la vérité agrandie, simplifiée, dégagée de tous les détails insignifiants, rendue à son essence originelle, à son aspect typique ». Lidcal, il le comprend, selon la définition de Joséphin Péladan, « toute idée sui)liniéc, à son point suprême d'iiannonic. ilintcnsité, de subtilité ».
Donc, MESURER figurc et forme, enchâsser sa composition dans une ossature d'arabesques décoratives; élire luminosités et teintes en rapport avec le sujet à traiter, et faire concourir leurs infinies valeurs de tons
(n'ont-clles pas une àme!j à c|uelqnc émotion esthétique, quelque sensation passionnelle, sans quoi la plus suave cliromatisation harmonique n'est qu'une romance sans paroles. L'Idée que suscite un geste, l'explétiver par une concordance de directions linéaires expressives, et une dominante de colorations perlinemmcnt symboliques.
Considérant enfin comme un devoir le respect de la loi d'harmonie qui régit la nature entière, |)rocéfler par analogie et enclore sa fiction dans la vraisemlilance; donc, prendre la science pour guide sans se rendre l'esclave d'un système.
Présenter des lumières d'après les lois optiques, ainsi se résume sa technie; faire dire quehpie chose à ces lumières, les mettre au service de l'Idée, telle son esthétique; de même que le philosophe d'Heidelberg, il croit au caractère absolu de la prédominance de l'esprit sur la nature.
Les premiers panneaux de Séon (la Chasse et la Pèche, 1881), par leurs qualités décoratives et leur sincérité d'exécution, frappent les compétents et les sensitifs. Quatre ans après, dans l'Etoile, son ipséité s'esquisse, bientôt elle s'accuse dans les remarcjuables fresques qui décorent la salle des fêtes de la mairie de Courbcvoie, surtout en les quatre motifs du plafond : Matin d'avril. Soir de juillet. Après-midi d'automne, Vesprée hiémale (cette dernière page hors de pair). Là, quelques teintes, heureusement rapprochées, concourent déjà à symboliser maints effets, là se découvre l'embryon de sa théorie. Ce travail, très y.xTo. a/riiLo., véritable acte de foi d'un que la nature émeut, classait son auteur parmi les initiés au langage des lignes.
Puis l'amoureux du nu précise ses recherches en s'attaquant au moderne, qu'il caractérise par les formes, le type des personnages, non par le costume. Et je ne sais pas d'iconographe ayant mieux sigillé la joliesse un peu mièvre endémique à la Parisienne. Les Fleurs! quatre jeunes fdles dépouillant une prairie de sa riante et fragrante parure. Les Fleurs! Ce thème parégorique, il le stylise, et un charme pénétrant s'en dégage.
Mes yeux n'oublieront jamais ces lueurs opalines, cette aurore d'un beau jour, où tout s'épanouit dans une atmosphère de félicité, où l'on sent passer le Vent du matin — qui va fleurant la
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menthe et le thym. Céans, les directions linéaires venaient en aide avix tonalités complémentaires; une toile subséquente, le Désespoir de la Chimère, montre les mêmes moyens sensationnels explétivés grâce à deux dominantes (teintes froides et verticales brisées).
Créer un monstre, peu de modernes l'osèrent, moins encore le comprirent, la plupart ont sacrifié toute vraisemblance à l'elTet féerique. Séon, savant et logicien jusqu'en ses fantaisies, tenait à possibiliser son rcvc, et son félin ailé gyuocéphale, il l'a construit d'après les lois anatomi([ues, surnaturel, mais viable.
Synthétiser ainsi en ([uelqucs linéatures et colorations allérentes toutes les complexités d'un intellect imaginatif, n'est-ce point là mieux qu'un prodrome de maîtrise? Enfin, dans sa Jeanne d^Arc, exclue l'an dernier du Champ de Mars, et qu'on verra le mois prochain au Salon de la Uose-Croix, se manifeste vraiment l'éloquence des nuances affectives alliées aux lignes expressives.
Ce tant à l'aise devant les grandes surfaces n'est pas moins ingénieux pour décorer un livre. Ses frontispices pour les éthopces de Péladan, autant de fresques réduites, photogénisées en blanc et noir. Car, rappelons-le, mélange optique n'implique pas coloration, puisque sur une surface blanche, autour d'une intensive luminosité, se dégage une dégradation lumineuse ({u'inlluence tout entourage non coloré. Son opulente imagination lui suggère à merveille le motif qui convient (le finis latinorum du Vice supième, V Amour en croix du Panthée); il atteint là le fantastique (VAndrogyne); il sensatlonnalise ici par l'attitude [l'Initiation, Istar, la Victoire du mari), ailleurs par le groupement (la Gynandre), par l'arabesque (Cœur en peine), et quelle simplicité ! deux lignes, deux tons : une âme.
Mystique, il l'est, — ineffablement : la composition que reproduit VArt et Vidée en témoigne. Dans un paysage incréé (oh! la curieuse orchestration des rythmes!), aux arbres de jaspe, aux fleurs gemmées, une théorie d'Anges profile de hiératiques silhouettes. Deux par deux, ils ne vont ni ne volent, ils glissent dans l'Éther et, tandis que l'un prie, l'autre verse du parfum aux fleurs. Idée adorable de mysticité que profanerait toute exégèse.
Rare qualité, même s'il se passe de sujet littéraire, le poète
en Séon ne perd jamais ses droils. Uappclez-vous la Mer. De gros nuages violàlrcs laissant filtrer les rais orpimentées d'un soleil couchant sur les vagues déferlantes, énervées, qui les brisent en cadence, et coquettes, et joueuses, s'en disputent comme autant de pierreries les fragments phosphorescents. Rien que le ciel et l'onde, et c'est tout une ode : l'inlinitude.
Ces feintes fugitives où l'indécis au précis se joint, ce?, indicibles nuances dont se voile la nature aux heures mystérieuses, ces harmonies évocatrices d'au delà, on les retrouve en jnaintes toiles de Séon (entre autres le Crépuscule et Soir d'été).
Mais ce qui le distingue entre tous nos modernes, — diamant parmi des happelourdes, — c'est son culte du dessin. Nul plus que le fresquiste de Courbevole ne descend dans ce que Balzac appelait Vintiinité de la forme, et avec quelle dilection il la pétrit, la caresse et la serre jusqu'en ses moindres sanguines, les Primitifs n'y touchaient pas plus dévotieusement. Il a le goût d'un Hellène pour disposer une draperie, donner de la vie à cet « écho multiple des formes du corps », selon le joli mot de Gœthe. Décorateur, il le faut dire, et de la plus haute lignée, moins parce que nuanceur afférent, parce qu'enthousiaste des proportions enrythmiques que pour avoir compris ces principes de déontologie murale : des concepts idéalistes, des scènes sans date, — humaines; et le nu immatériel dans un décor synthétique.
En résumé, Séon se peut délinir ; un intensif qui voit subtil,
un fécond sachant se varier, — un rêveur équilibré, par quoi il
détonne en l'actuelle ambiance d'incomplets et de débiles. En
lui deux êtres : l'esthète et l'investigateur. L'esthète réalise avec
un goût ex({uis l'homo additus nalurœ; l'investigateur ne cherche
pas seulement, il trouve.
Alphonse Germain.
Cri.
Par lui-même.