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LA RENAISSANCE

IvJL ŒRJLVXJE-K SUR BOIS

UN NÉO-XYLOGRAPHE

M. Félix V allotion

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'aut cIc la gravure sur bois a ôlé considérablement atteint par l'invention et la rapide vulgarisation des procédés d'héliographie directe en relief. — Ce fut vers i84o que le docteur Donné découvrit les acides susceptibles de mordre et de creuser les blancs ou les noirs d'une plaque daguerrienne, mais on peut dire que le procédé connu encore aujourd'bui sous le nom de Gilïotage ne fut vraiment mis à la portée de l'illustration à bon marché' que vers 1871. Depuis lors, la production industrielle rapide de la mise en relief sur zinc de toutes illustrations à la plume ou au crayon gras s'est multipliée à Paris, en province et à l'étranger avec une prodigieuse rapidité. Le commerce de la librairie illustrée a aussitôt quintuplé, et, peu à peu, aux perfectionnements de l'idée première, rendue pratique grâce au père Gillot, sont I. 15

venues s'adjoindre d'innombrables méthodes de gravure directe ou en fac-similé permettant aux éditeurs la reproduction rapide des dessins au lavis et au crayon mine de plomb, ainsi que celle des clichés photographiques de toute nature et provenance.

Aujourd'hui, tout peut se reproduire industriellement, et l'ar-

M. J..., graveur contemporain.

liste interprète n'est plus guère sollicité que pour la gravure de certaines illustrations de grand luxe ou"pour la mise en valeur de spécimens de mode insufïisamment dessinés par les créateurs.

Les graveurs sur bois se relèvent à peine du coup qui leur a été porté par l'industrie ; pendant vingt ans ils ont lutté plus ou moins adroitement, et, en ce moment, c'est à peine s'ils commencent à voir clair et à vouloir de nouveau brandir leur burin.

Il me semble toutefois que bien peu, parmi eux, ont conscience des moyens à employer et des efforts à tenter "pour faire renaître

Par FÉLIX Vallotton

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un art qui a compté tant de gloires françaises; c'est pourquoi j'ai pensé que l'heure était opportune pour essayer de fixer ici, — sans qu'on me taxe de développer un paradoxe, — certaines idées qui seules me semblent assez franchement révolutionnaires pour sauver une corporation au milieu de laquelle on ne voit plus surgir qu'une dizaine de personnalités vraiment intéressantes.

Les graveurs sur bois, vaincus par la chimie héliographique, ont été et sont encore assez naïfs pour espérer lutter avec l'adversaire par la fidélité de l'exécution, par le fini du travail, par la délicatesse des tailles, par le blond et le moelleux des demi-teintes ; tous, depuis quinze ans, s'cflbrccnt d'alliner leur manière, de perfectionner leurs roulettes, d'amenuiser les contours des œuvres qu'ils interprètent ; ils semblent vouloir prouver qu'ils peuvent rivaliser de précision avec le Gillolage, et ils s'appliquent dans ce but à pignochcr le bois avec une patience qui s'exaspère dans le détail, si bien qu'ils sont parvenus à faire aussi plat, aussi bête, aussi mécaniquement précis que les procédés dont leurs œuvres ont souvent tout le minutieux et banal aspect.

Celte façon d'agir doit leur être d'autant plus sûrement fatale que la zincograplnc en relief acquiert chaque jour une nouvelle force de perfection dans les grains, les teintes légères et les réductions; bientôt, moyennant cinq centimes le centimètre carré, on obtiendra de la gravure chimique des prodiges de précision. Vouloir lutter sur ce terrain est donc non seulement insensé, mais aussi contraire à toute compréhension d'art indépendant.

Ce qui fit la réputation de l'ancienne xylographie allemande, hollandaise et française, ce qui nous charme toujours dans les vieux bois de SchapA", d'Albert Durer, de Holbein, de Jean Cousin, de Vérard, de Pigouchet et de Geoffroy Tory, c'est l'ampleur de l'exécution, la gaucherie voulue des détails perdus dans la magistrale allure de l'ensemhle. Chaque bois de ces grands siècles exprime fortement la manière du maître qui le grava; ils portent la marque individuelle de leur burineur, et leur naïveté sereine ajoute encore à l'expression d'art qui s'en dégage.

Au xYiii" siècle, et même sous la Révolution, la gravure sur bois conserva cet aspect fruste et ces reliefs accentués qui sont la

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raison d'être de la xylographie, cette plébéienne, qui doit laisser à la taille-douce les mignardises et les joliesses de l'infiniment petit. — En i83o et surtout vers i84o, lors de l'admirable renaissance qui se produisit dans l'illustration par la gravure sur bois, les artistes ne cherchèrent pas à abandonner l'esprit des anciennes tailles; ils en gardèrent le gras, le flexible, le moelleux

Une foule à Paris.

et s'appliquèrent, avec un ragoût de facture charmant, à faire valoir les délicatesses vagabondes et vaporeuses de certaines parties traitées en lumière par l'opposition de noirs francs, violents, intenses, qui prenaient, sous l'encrage fait sur le type même (sans galvano ! ! !), un brillant, un éclat surprenants. — Rappelons-nous les personnages de Gavarni dans le Diable à Paris et les illustrations des Français peints par eux-mêmes. — Quelle virtuosité ! quelle grâce ! ! quelle splendeur ! ! !

Nos graveurs contemporains n'ont point voulu suivre cette belle tradition, et la lutte pour la vie contre le procédé triomphant les a totalement dévoyés. A pai't certains peintres graveurs comme Lepère et quelques maîtres interprètes comme Florian, Léveillé,

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Quesnel, Huyot, Baude et Pannemaker, on ne trouve guère que des ouvriers d'une habileté extraordinaire, mais sans originalité réelle. Tous singent le procédé et s'essayent à reproduire sur buis les finesses et les empâtements de couleur des tableaux reproduits. Ils n'interprètent pas en y apportant celte note personnelle qui est la caractéristique des artistes ; ils copient en esclaves.

Un enterrement en province.

Je pense donc que, pour reconquérir leur influence disparue, pour recouvrer la confiance du public, pour proclamer surtout un talent désormais inasservi, les jeunes graveurs doivent franchement rompre en visière avec les grises manières de leurs aînés. Ce n'est pas par le fignolage du bois qu'ils retrouveront la gloire et le succès des maîtrises évanouies, c'est plutôt par la brutalité des moyens, par un retour aux factures primitives, par la culture de leur personnalité insoumise aux lois des écoles, et surtout par la recherche voulue d'une exécution indépendante et diamétralement en opposition avec la morne exactitude du procédé chimique sur zinc qui restera toujours le positif \c plus absolu.

Le procédé rend un dessin original aussi bien C|ue possible; il

lui ôte un peu de sa fraîcheur d'exécution, mais ne lui apporte rien en surplus, — si ce n'est les finesses de la réduction. Le procédé héliographique sera toujoui's accepté comme le mariage de raison du dessin soucieux de l'honorabilité de sa reproduction. Mais l'interprétation d'un artiste par un autre artiste, c'est le mariage d'inclination ou plutôt de suggestion et la résultante possède alors assez généralement cette double beauté que donne la création d'une œuvre mise en lumière et réalisée par la vision admlrative d'un interprète de grande valeur.

Il m'a donc été fort agréable de voir récemment un jeune compositeur, M. Félix Vallotton, mettre en pratique des théories qui me sont chères. Ce nouveau venu, qui n'est pas précisément à ses débuts et dont on connaît, en tant qu'aquafortiste, trois ou quatre planches de premier ordre comme hardiesse d'exécution et habileté de main, s'est essayé bravement à porter sur bois ses inspirations, et, s'aidant du couteau et du canif plutôt que du burin, il a gravé sur des blocs de poirier tendre des scènes diverses de la vie contemporaine avec la candeur d'un xylographe du xvi" siècle.

Quel repos pour notre œil afladi par toutes les préciosités de la gravure courante que de regarder cette gravure primitive, si amusante, si gaie, si drôle dans sa simplicité! Il y a plus d'imprévu, plus d'esprit de facture, plus d'observation même dans ces essais d'imagerie d'un style volontairement réactionnaire et barbare que dans la majeure partie des estampes en relief de l'heure présente. Et quels beaux noirs obtenus sans mise en train par de larges réserves sur la surface plane du bois !

Remarquez cette Foule à Paris ou bien Un enterrement enpro^ umce, ces deux xylographies brutales dont on trouve ici la réduction au dixième : ce ne sont que des silhouettes qui apparaissent taillées presque en ombres chinoises, mais n'y voyez-vous pas quelle intensité de vie et de réalité égayée par l'humour spéciale dé la gravure ? — Cela h'est-il pas plus plaisant, plus près de nous, plus artiste que ces affreux instantanés d'après photographie pneumatique qui, dans les journaux et les ouvrages illustrés, géographiques, pittoresques et autres, désolent nos regards depuis plus de dix ans ? Je ne prétends pas professer que nos publica-

Par FÉLIX Vallotton

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lions périodiques et commerciales doivent cesser de donner au gros public ces images industriellement traitées, ces bois proprement burinés, aux tailles régidières et aux surtailles mécaniques, ce serait folie ; mais j'entends dire que pour les livres d'art, pour les œuvres destinées à une élite, il serait bon de nous arrêter sur la pente des bois imitateurs de procédés et de prouver que la gravure impersonnelle a fait son temps. La tentative que vient de faire M. Félix Vallot ton n'est pas la manifestation d'un seul ; presque tous les Peintres-Graveurs évoluent vers un art aussi accentué ; l'an dernier , à l'Exposition de ces messieurs, on voyait, chez A. Lcpèrc et quelques autres, une volonté bien arrêtée de sinq)lilk'r leur manière. L'étude des bois gravés des japonais, repérés ou non, si prodigieusement supérieurs aux nôtres et simplifiant les perspectives avec tant de logique, a vivement impressionne les plus intuitifs d'entre eux. Guérard, Rivière, Lcpère, ont déjà produit des estampes d'un grand intérêt. Le fds d'Auguste Dclàtre s'est essayé de même à graver curieusement un zinc à trois tons, dont nous donnons la très bizarre épreuve à nos souscriptcm-s sur papier de luxe, ainsi qu'un Baudelaire surprenant de M. Yallotton. — D'ici dix ans on aura fait un pas gigantesque.

La vue des portraits xylographies de M. Félix Vallotton m'a pousse à la rédaction de cet article hàtif ; je regrette peut-être d'en avoir aussi mal et trop furtivement déduit les divers arguments, mais je ne saurais me repentir d'en avoir tracé les principales lignes, car j'espère encourager des timides et peut-être dégager bien des personnalités parmi tels jeunes peintres-graveurs qui peuvent être quelqu'un et qui n'osent, sollicités par les succès d'argent de tous les talents médiocres. Qu'ils redoutent avant tout l'art quelconque, s'ils ne veulent être noyés dans la foule de ceux qui font bien. Octave Uzaxne.

LES

PREMIÈRES DE Li LIBRAIRIE

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