ECHOS ET NOUVELLES
ce moment de rannce, la vie intellectuelle redouble ; il semblerait que de mars à juin l'atmosphère sociale soit plus propice aux réputations naissantes, plus accessible aux voix de la renommée. Aussi dans les arts L.fKt, et les lettres chacun se hâte , se bous- ?Rfl|/ cule, s'agite pour arriver à mettre en / V 'v' " lumière les productions idéales, les i ,J-// f 4^ ^ uns chez le libraire, d'autres dans ^ A iL ~^^ ^^^ expositions pvibliques , ceux-ci ^^"^"^'-,1 dans des auditions théâtrales.
C'est également en mars que commencent à se liquider, à l'hôtel des commissaires-priseurs, les collections dignes d'attention. Il n'est pas une Gazette qui
parviendrait à tenir registre complet de tous ces événements littéraires, artistiques, bibliographiques ou bibliopolesques. Aussi m'efTorccrai-je ici de classer par ordre tous les renseignements susceptibles d'intérêt pour les lecteurs de cette revues. — A nos amis les livres, offrons la priorité.
Les Livres. — Ceux qui viennent de paraître. — Je ne parlerai que de ceux qui ne sont pas du ressort de mon collaborateur Gausseron ; je voudrais pouvoir dire Livres de Bibliophiles, mais vraiment il n'en paraît plus... ou si peu et de si médiocres !
Dans le dernier mois, disette complète, car je ne puis guère citer comme tel le joli livre du maître d'armes Vigeant : Ma Collection d'escrime, avec des dessins de Frédéric Régamey ; ce n'est là c|u'un fort luxueux catalogue des manuscrits, albums, livres, tableaux, dessins, portraits, armes, bronzes et objets divers de Vigeant : ce n'est donc pas à j)roprement dire un ouvrage de bibliophile, si joli et coquet qu'il puisse être.
C'est de New- York, chez Duprat et C", qu'il nous en arrive un véritable sur Quatre bibliothèques privées de cette ville, Four privâtes lïbraries of Aew-York, par M. Henri Pcne du Bois. Voici très longtemps que cet ouvrage était annoncé et je l'attendais avec impatience, car l'on ne cesse de nous vanter les merveilles de certains amoureux des livres d'outre-Océan et j'en sais quelquesuns dont les vitrines contiennent des merveilles.
La vérité me force à dire que l'ouvrage de M. IL Pêne du Bois m'a très vivement désillusionné. Le texte est merveilleusement imprimé par de Winne qui est, me paraît-il, un typographe hors ligne, mais il est fort mal décoré à l'aide de vignettes empruntées aux anciens bouquins de Rouveyre, et les gravures hors texte, reliures, autographes, reproductions de dessins, n'ont rien de rare et ne méritaient pas tout le souci qu'on a pris de les mettre en relief. Cependant ce sont là quatre bibliothèques estimables et dont les propriétaires, MM. Avery, Beach de Forest, Jolly Bavoillot, etc., sont des ama-
teurs de haute marque et de grand goût ; mais je ne crois pas que M. Pêne du Bois ait traité les collections de ces messieurs avec rattenlion et l'habileté nécessaires. Son étude est par trop sommaire, il a fait œuvre de journaliste reporter plutôt que de bibliographe et c'est ce dont je l'incrimine. Les bibliothèques ne sont pas faites pour être interviewées à la légère, et je ne crois pas qu'aucun des quatre amateurs bibliolhécogrnphiés soient d'un avis contraire à celui que j'exprime. J'en dirais long sur ce sujet. M. Duprat nous a déjà donné de belles publications et nous en adressera encore. — J'ai fourni une lettre-préface au livre dont je viens de parler avant de le connaître : ni l'auteur, ni l'éditeur ne prendront en mauvaise part les observations de bibliophile sincère que je viens de leur adresser. Je pense, donc je dis.
Tcstard poursuit son Édition Nationale de Victor Ilugo. J'avais beaucoup admiré la première livraison des Travailleurs de la Mer, illustrés par Ducz. Les livraisons suivantes m'ont laisse plus froid. Attendons la suite.
Le second fascicule du tome XII du Catalogue général de la librairie française d'Otto Lorenz vient de paraître. Quel monument admirable que ce livre, et comme on est heureux de le voir poursuivre méthodiquement !
Les Annales littéraires des bibliophiles contemporains ont été distribuées aux Sociétaires. De même, l'Annuaire des Amis des Livres a paru. Mais ce dernier combien mal imprimé ! c'est lamentable à voir I Lorenzaccio y est écrit Lau ! ! !
La Maison Hachette commence une superbe et bien intéressante publication par fascicules qui sera un gros succès. Les Capitales du Monde , Paris, par François Coppée, a déjà été mis en vente. Bientôt défderont toutes les fières cités d'Europe et quelques villes pittoresques comme Tokio, Pékin et Xcw-York. La Maison
Hachette a eu là une heureuse initiative et l'ouvrage en voie de publication sera bientôt traduit dans toutes les langues.
Le quatorzième volume de la Grande Encyclopédie vient de paraître. On Aoit que cette formidable publication avance avec une grande rapidité. D'ailleurs, le public est fixé depuis longtemps déjà sur la haute valeur des articles que d'éminents spécialistes rédigent pour cette œuvre intéressante. Le succès que Y Encyclopédie rencontre en France et à l'étranger est la meilleure récompense de ceux qui ont conçu et réalisent cette grande idée.
Un libraire parisien, M. Albert Schulz, a eu l'excellente idée de dresser le Catalogue méthodique des r'evues et journaux parus à Paris jusqu'à fin 1S91 (Paris, Albert Schulz, in-i8 de 83 p.). Ce catalogue donne le titre, la date de la création, le nom de l'éditeur ou de l'administration de chaque périodique et les prix d'abonnement pour Paris, la province et les pays faisant partie de l'union postale. Il n'y a pas moins de quarante-huit divisions. Quelques fautes d'espèces diverses se sont glissées dans ce travail.
On pourrait relever quelc£ues omissions, ce qui était inévitable pour une première édition ; mais telle qu'elle est, la présente brochure, qui mérite d'être tenue au courant chaque année, est appelée à rendre des services de plus d'un genre à tous ceux qui s'occupent, à un titre quelconque, delà presse française. Une table alphabétique, placée à la fin de l'opuscule, rend les recherches faciles.
Paumi les livres a PARAITRE PROCHAINEMENT, il faut citcr : à l'ancienne maison Quantin, l'Album de V Œuvre de Raffet, avec quatre-vingts reproductions; puis, dans la Bibliothèque d'histoire illustrée : Origine et formation de l'Espagne, par Mariesol ; La Grèce avant Alexandre, par Paul Monceaux. Dans la Bibliothèque des Sciences et de l'Industrie : Les Mines, par Badoureau ; dans la Bibliothèque des Beaux-Arts : L'Architecture de la Renaissance, par Léon Palustre ; Les Styles français, par le chevalier Chevignard; L'Art chrétien, par Pératé.
On nous Ick'grapliic de Londres que les cdilciirs Longmans publieront avant la Un de ce mois un volume de poésies diverses de feu lord Lylton, ayant pour tilre Murah.
Aucune de ces poésies n'a été publiée jusqu'ici.
Ce recueil conqn-end les vers que composait lord Lylton au moment où la mort est venue le surprendre.
Dans quelques jours paraîtra, chez les éditeurs Macniillan et C"'', après avoir été représenté en Amérique, le nouveau drame du poète-lauréat lord Tannyson, intitulé : The Foresters : Robin Ilood and Maid Marinn.
On annonce, cbcz E. Fisbcr UnAvin, une ti'aduction anglaise du nouveau livre de Daudet, Rose el IS'meile. — La Débâcle, traduit par E.-A. \ izelelly, sous ce titre : The DownfnU, est publiée dans le H cehly Echo, et paraîtra bientôt en volume.
Le Catahujne (jénrral de hi Bibliothèque nntionnle. — La Bibliothèque nationale achève ces jours-ci son catalogue général.
Cette gi'osse nouvelle n'échappera à aucun lettré de France ou de l'étranger, car elle marque une date considérable dans l'histoire de la bibliographie.
A ce sujet, un rédacteur du Fujaro a fourni de très précieux renseignements que voici :
Jusqu'à présent, personne ne savait au juste ce (|uc renfermait le département des imprimés de la Bibliothèque nationale; on ne connaissait même pas le nombre exact des volumes.
Jusfpi'à la Révolution, les catalogues de la Bibliothèque du Roi avaient été tenus tant bien (pie mal, mais à celle époque les confiscations opérées sur les corporations civiles et religieuses « nationalisèrent » un si grand nombre de livres et de manuscrits (piil ne fallut plus songer à en dresser la liste, avec le personnel restreint et les insignifiantes ressources fmancières dont on disposait.
A peine pouvait-on se procurer le nombre de charrettes nécessaires à les transporter, soit à Paris, soit en province, dans les dépôts Ullérnires qui furent créés à cet effet.
Dans les départements, ces dépôts devinrent le noyau de toutes les bibliothèques municipales que possèdent actuellement les chefs-lieux.
A Paris, où les richesses littéraires des abbayes et des congrégations étaient plus abondantes que partout, les magasins furent vite pleins. Saint-Germain-des-Prcs et Saint- Victor notamment avaient fourni une telle provende qu'on était débordé. Quant aux livres des chanoines de Sainte-Geneviève, ils étaient si nombreux qu'on renonça à les apporter au tas commun. C'est à cette circonstance que la bibliothèque actuelle de la place du Panthéon doit son existence.
On avait d'abord songé à diviser tout cela par lots, et à l'attribuer aux diverses villes de France, mais on recula bientôt devant l'impossibilité de faire un partage raisonné, et on se borna à créer dans la capitale même des bibliothèques spéciales. Ainsi sont nées ou se sont enrichies les bibliothèques de l'Institut, du Sénat, de la Chambre des députés, de nos grandes Ecoles, etc.
Enfin, quand on eut pourvu à toutes ces dots, on envoya, en bloc, tout ce qui restait, à la rue de Richelieu.
L'administrateur général de l'époque, M. Yampract, un archiviste incomparable, n'eut garde de s'opposer à cette bonne fortune ; mais dès lors on était noyé dans le nombre, et on laissa au temps le soin de débrouiller le gâchis. Vampraët, à force de travail et de mémoire, était parvenu à instituer un semblant d'ordre et à connaître en gros son fonds. Mais lui seul avait la clef de son répertoire mental et, quand il mourut, vers i836, on s'aperçut avec effroi que personne n'était capable de se reconnaître dans cet océan de bouquins.
Les premières tentatives de rangement méthodique, sinon de recensement, datent donc de Louis-Philippe. On divisa d'abord les livres en grandes rubriques, histoire, philosophie, sciences, etc.; puis par format, et dans chaque format par nom alphabétique d'auteur. C'était d'abord le chaos.
En 1802, on cul recours à des proccdcs plus rig:ourcux.
On s'attaqua d'abord aux volumes d'histoire de France, dont le catalogue fut imprime et ne remplit pas moins de onze volumes in-quarto. Puis on passa aux autres divisions et, petit à petit, on obtint une série de catalogues spéciaux.
Mais ce qu'il fallait de toute nécessité pour que la science pût connaître ses ressources et le public trouver les ouvrages dont il avait besoin, c'était fondre tous ces éléments épars en une seule liste, et c'est ce gigantesque travail qui vient d'être mené à bien de nos jours. Pour cela on a procédé à l'établissement d'une fiche spéciale par unité de volume ou d'ouvrage, correspondant à un nnméro d'ordre distinct collé au dos du livre correspondant. Il y a environ trois millions et demi de ces fiches rangées alphabétiquement dans les petites cases en bois; l'inventaire est terminé.
Le chiffre de trois millions et demi ne correspond pas exactement h celui des ouvrages, parce que certains d'entre eux, avant plusicrs auteurs, ont nécessité l'établissement de plusieurs fiches; mais on sait que le département des imprimés comprend, en dehors des collections de journaux, environ 2,500,000 articles. Le nombre exact ne peut être indiqué ici, puisqu'il varie d'un jour ù l'autre par suite des acquisitions nouvelles. \ous ne le donnons donc qu'à quelques milliers près.
L'honneur de ce colossal résultat revient, en première ligne, à M. Léopold Delisle, membre de l'Institut, l'éminent administrateur actuel de la Bibliothèque nationale, qui, depuis le jour de sa nomination, s'est dévoué corps et àmc à celte tâche. Il a certes d'autres litres, nombreux, à la reconnaissance des travailleurs; mais celui-là sulllrait ù sa réputation de moderne bénédictin.
Tout n'est cependant pas terminé pour le public. Le catalogue sur cartes volantes ne peut être mis à sa disposition sous peine d'un désordre qui équivaudi'ail à la perte des volumes, puisqu'une fols les fiches déplacées il serait matériellement impossible do retrouver les ouvrages. Il faut donc de toute nécessité le recopier d'abord, puis le faire imprimer. Or, les fonds manquent. La (luesllon sera posée avant la fin de celte année par le ministre de l'instruction publique, et il faut espérer que, mainte-
nant que le plus dlflicllc est fait, un simple dclail budgétaire ne viendra pas rclardcr le moment où les érudits et les curieux de tout ordre pourront documenter leurs études, et connaître par eux-mêmes toutes les ressources du trésor littéraire de la nation.
Puisque nous parlons de bibliothèques, donnons une intéressante statisticjue , périodiquement publiée , celle qui concerne les livres des bibliothèques municipales de Paris. On vient d'établir un atlas indiquant les opérations de ces établissements pour une année. Il en résulte que, durant cette période, 1,277,436 ouvrages ont été lus, dont 1,1 1 5, 800 chez les lecteurs eux-mêmes et 16 1,636 sur place.
Sur le chiffre total des ouvrages lus, plus de 5o p. cent, soit exactement 625,489, sont des romans. Et, parmi les romanciers les plus demandés, figurent Alexandre Dumas père et Eugène Sue; Balzac et George Sand sont quelc|ue peu dédaignés. Au nombre des contemporains, c'est M. Emile Zola qui est en tète des auteurs les plus demandés. Après lui figure M. Jules Verne, MM. Gaboriau et de Montépin sont en défaveur marquée.
La poésie — qui l'eût cru? — occupe le second rang. Elle est représentée dans le chiffre total des ouvrages lus par 187,404 volumes. Victor Hugo tient le premier rang. Quant aux symboliques, ils n'ont eu qvie 1 1 lecteurs.
En troisième rang viennent les ouvrages de géographie et de voyages avec 1 64,345 volumes lus, les sciences et les arts avec 121,934 volumes, l'histoire avec 11 3, 120 volumes, la musique avec 59,737 volumes, enfin les langues étrangères, en dernier lieu, qui n'entrent dans la statistique que pour un chiffi'e infinitésimal, soit à peine un millier ou deux de lecteurs.
Le XP arrondissement étant le plus peuplé est naturellement celui où le nombre des lecteurs a été le plus grand.
A ENTES DE Livres. — Les ventes intéressantes commencent rue Drouol et salle Sylvestre. Dernièrement, dans une adjudica-
tion de manuscrits, dirigée par MM. Paul Iluard et Guillcmin, on a vu de belles enchères; deux fameux: manuscrits ont été adjugés : la Chronique de I\onnan(Ue, au prix de 20,000 francs; le Grand Coutuniier de Normandie, à 12,000 francs, et le 7?omfl/i de la rose, 5,890 francs. Cela prouve qvie les amateurs ne manquent point et qu'il est encore de beaux jours poiu- la bibliophilie. Je publie ces adjudications en vue d'encourager les collectionneurs qui, souvent, se laissent impressionner par de pessimistes dcti'acteurs.
De tout temps on a aimé les livres et on les aimera dans tous les temps. Les prix poun-ont varier, la passion, ou plutôt le culte du beau en art et en littérature ne variera jamais. Et c'est ainsi que nos chefs-d'œuvre passei'ont à la postérité; car, en vérité, c'est par les collectionneurs seulement que les traditions du passe nous ont été pieusement conservées et le seront encore.
En ce moment on procède à la dispersion de la belle bibliothèque de M. MuUer, dont le catalogue dressé par ^lorgand est si nourri de merveilles. Il faut lire le catalogue et le conserver; il est enrichi de belles reproductions,
La vente Mûller comprend à peu près tout ce qu'il est glorieux de posséder en éditions originales ou illustrées de nos grands écrivains français. Elle comprend même une suite remarquable de nos romantiques, qui se payent encore assez cher. Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, et Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier, s'y trouvent en riches reliures et avec leurs couvertures primitives.
Un livre bien suggestif, qui apparaît dans cette vente, est celui de l'édition originale des Contes d'Esparjne et d'Italie, par M. Alfred de Musset; Paris, Lcvasseur et Canel, i83o. Or, c'est le premier livre de poésie de Musset. Les poètes, en ce temps-là, n'étaient point ambitieux. Ils se contentaient de faire tirer leurs œuvres à 5oo excnqilaires. Celui de la vente Mûller est enrichi d'une letlre-autographe de l'auteur, qui est un véritable manifeste littéraire. Il dit, en effet, que pour réussir il ûiut casser les vitres.
« Ma préface est impertinente ; cela était nécessaire pour
l'eflet, mais clic n'attaque personne, et 11 est très facile de lui prêter différents sens... Je suis loin d'avoir une manière arrêtée. J'en changerai probablement plusieurs fois encore... J'ai retranché du dernier poème plusieurs choses un peu trop matérialistes, et y ai laissé dominer le dandysme, qui est moins dangereux. »
Nous pourrons sans doute le mois prochain fournir quelques prix obtenus à la vente Mûllcr ainsi que renseigner nos lecteurs sur les adjudications de la collection du docteur Michel, qui sera livrée aux enchères à dater de demain 21 mars.
Les Expositions. — Elles commencent déjà à être tyranniques! — Après les cercles, voici la Rose et Croix, les Femmes peintres. Pelouse, à l'École des Beaux-Arts, Gyp à la Bodinière, puis on annonce, à bref délai, l'Exposition du Blanc et Noir, celle des Peintres «jraveurs, des Pastellistes, de Raffet sans compter les Indépendants, les Incohérents, les Symbolistes, qui se préparent à se grouper d'ici un mois ou deux, au moment du déballage des grands bazars de tableaux des Champs-Elysées et du Champ de Mars ! — A l'horizon encore une autre exposition, celle des Arts de la Femme, entreprise sous les auspices des pompiers qui président à l'Ecole malfaisante des Arts décoratifs. — N'est-ce pas excessif?
Parmi les expositions actuelles, fait un tour chez les femmes peintres. C'est une halle aux médiocrités, parmi lesquelles, toutefois, il convient d'admirer l'habileté et la délicatesse qu'ont les femmes pour la peinture des fleurs ; il y a aux femmes peintres des virtuoses en l'art de brosser des brassées de chrysanthèmes ou de fleurettes des champs. Les Chats espiègles, de M""' Henriette Ronner, sont d'une adorable gentillesse et d'une exécution hors ligne ; combien supérieurs ces chats à ceux du peintre Lambert ! De délicieux souvenirs de Bretagne ont été exposés par M'"" Debillemont, dont un Intérieur breton et le portrait de la Mère Yvonnec; ce sont là des pastels d'une rare sincérité et d'une facture à la fois sobre et saisissante.
Beaucoup de jolies miniatures qui rivalisent de finesse avec
les plus délicates peintures ivoiriennes du siècle dernier. M'"' Dcbillemont en expose six, très diverses d'expression et d'exécution qui valent d'être étudiées. — Ali 1 la miniature, quel art féminin que l'on croit perdu et qui vit toujours aussi exquis, aussi souple, aussi lin, sous les doigts experts des femmes modernes ! Il y aurait pour cette revue un article intéressant à écrire sur les miniatures contemporaines et déjà j'y songe pour plus tard.
]MM. Roussod et A aladon préparent une exposition des œuvres de A^ istlder qui comprendra les spécimens les plus beaux et les plus variés de l'art du maître américain. Malheureusement, nous n'y verrons pas le portrait de Carlyle, qui fait partie du musée de Glascow, ni le portrait de ma Mère, acquis par le Luxembourg, deux chefs-d'œuvre qui eussent merveilleusement complété cette exposition.
Ventes autistiques. — On a fait, à l'hôtel Drouot, la première vente intéressante depuis le commencement de l'année, celle d'une collection de tableaux, dessins et aquarelles appartenant à un vieil amatciu* décédé, il y a quelques mois, M. Audoin, et qui a été adjugée par M"" Delestre, assisté de M. Ferai, expert :
Un des plus jolis petits tableaux de Lavreine, le Souvenir, confidences entre deux jeunes femmes en costume du temps de Louis XYI, a été vendu i5,ooo francs; un portrait de femme âgée, par Th. de Keyscr, 4-ioo francs ; un portrait déjeune garçon, par Boilly, 600 francs ; une composition allégorique représentant l'éducation d'Achille, par Boucher, 2.000 francs; un portrait allégorique de jeune femme tenant un arc et caressant deux chiens, par de Troy, 1,000 francs; les Deux amis, jeune fille jouant avec un épagneul, par M"*" Gérard, 980 francs; un portrait de femme âgée, par Lépicié, 700 francs; un intérieur de corps de garde, par Leprince, i,Goo francs; le portrait de Perl'onet et de sa femme, par A. Roslin, 3, 000 francs; la Toilette de
Vénus, par le baron Rcgnault. 8io francs; une Sainte Famille, de Solimène, 695 francs; un Cabaret, de Tcnlers, i,5oo francs; des Joueurs de quilles, par le même, 2,45o francs; Repos de villageois, par Pierre ^^ ouvcrman, 000 francs.
Parmi les dessins et aquarelles, deux dessins de Cochin, portrait de M"" Bailleul, et portrait d'homme, ensemble 700 francs; et, enfin, les Grâces parisiennes et les Trois Sœurs au parc de Saint'Cloud, aquarelles de Lavreine, gravées en couleur, par Chapuy, 5, 100 francs.
L'ensemble de cette petite vente a produit 54,53 1 fr. 5o c. C'est encore assez propret par le temps qui court.
Une novivelle capitale pour les collectionneurs.
Alexandre Dumas vend sa galerie, — qui eût pu le supposer ! C'est Chincholle qui nous en informe !
Pendant près de quarante ans, l'auteur de la Dame aux Camélias a accumule d'abord dans son petit appartement de jeune auteur, dans le très vaste hôtel qu'il a fait consti'uire avenue de Villiers, tableaux et dessins d'une incontestable valeur. Après chaque succès — on pourrait dire après chaque œuvre — ses murs se sont couverts des toiles les plus belles de nos maîtres modernes.
Arrivé à l'âge où la pensée peut sufilre à l'homme, il a résolu de vivre désormais, comme Jean-Jacques, au milieu de la nature. II veut s'installer pour toujours à INIarlv-le-Roi, dans une villa où il a fait faire plus de fenêtres que de murailles et où il ne pourrait, par conséquent, loger ces vieux amis, tableaux, statues, bronzes, meubles, etc..
N'ayant pas le courage de choisir, il se sépare de tous à la fois.
Il va vendre, en même temps, et l'hôtel de l'avenue de Villiers et sa précieuse collection, pour laquelle d'ailleurs il aurait trop à trembler dans la solitude des bois.
Et son parti est définitivement arrêté. La vente commencera le 9 mai, à l'hôtel Drouot. Déjà la plupart des tableaux sont chez l'expert, M. Bernheim jeune, qui dirigera les opérations.
Alexandre Dumas n'a fait qu'une seule réserve, dont on appréciera la délicatesse. Il excepte de la vente tous les tableaux ou objets d'art qui lui ont été donnés. Ils sont assez nombreux pour que la villa de Marly soit encore un musée dont le souvenir des amicales relations d'antan doublera pour le maître la valeur artistique.
Mais combien de chefs-d'œuvre vont être mis aux cnchcrcs! Quelle armée d'amateurs envahira l'hôtel Drouot !
En vente, les 21 Tassaert, dont l'un est une J/m/c/ei'/ic incomparable.
En vente, 13 IMeissonier, parmi lesquels le célèbre Liseur, sans compter les dessins originaux des (Jontes rémois.
En vente, 10 Yollon, les plus beaux qu'ait signés l'éminent artiste.
Le catalogue, que les amateurs vont s'arracher, comprendra encore bien d'autres noms, illustres entre les plus illustres.
On y verra figiu-er Delacroix, Jules Dupré, Corot. ïroyon, Prud'lion, Charles Jacque. Jules Lefebvre, Fromentin avec la plus importante de ses toiles : Les Centaures el les Centauresses.
On peut être certain que les enchères se multiplieront.
Musique. — Nous sommes en mesure de publier dès maintenant le programme des solennités wagnériennes de Bayreuth qui auront lieu ce prochain été.
1"" série ; le 21 juillet, Parsijal; le 22, Trislaii et Yseull; le 2/4, Tannhauser ; le 25, les Maîtres chanteurs.
2" série : le 28 juillet, Parsijal; le 29, Tristan et Yseult; le 3i, les Maîtres cJianteurs; le i"' août, Parsijal.
3" série : le 4 août, Parsijal; le 5, Tristan et Yseult; le 7, Tannhaiiser.
/|" série : le 1 1 août, Parsifal; le 12, Tannhauser; le il\, les Maîtres chanteurs; le i5, Parsijal.
23a' L'ART ET L'IDEE.
5" série : le 17 août, Parsifal; le 18, Tristan et YseuU; le 20, Tannhaiiser ; le 21, les Maîtres chanteurs.
Le prix des places est fixé à 20 fr. Adresse télégraphique : Festspiel, Bayreuth.
Pour les logements et les places adresser les lettres à M. A. Von Gross, Bayreuth (Bavière).
Musées. — Le musée GnîUera. — L'administration municipale est entrée en possession du musée Galliera, dont l'ouvertui'e aura lieu en avril probablement.
Nous avons visité le monument, qui est à peu près achevé et dont l'effet général est très satisfaisant.
« L'entrée est à l'angle des rues Pierre-Charron et de Galliera, par une cour demi-circulaire entourée d'un portique communiquant avec les portiques disposés sur le jardin à droite et à gauche du bâtiment principal.
(( Au fond de la cour se trouve le vestibule d'accès aux salles d'exposition.
(( La principale porte est surmontée d'une niche en coquille destinée à recevoir le buste de la fondatrice : c'est la porte de la grande salle destinée à la peinture; elle a 20 mètres de longueur sur II de largeur et est éclairée par un plafond vitré.
« Une galerie pour la sculpture occupe toute la longueur de la façade sur le jardin ; elle est éclairée largement par les trois grandes arcades formant le motif principal et dans lesquelles sont placées les statues en marbre de la Peinture, par Chapu, de l'Architecture, par M. Thomas, et de la Sculpture, par M. Cavelier.
c( Tout cela est grandiose et somptueusement décoré.
u La dépense du reste aura été colossale.
« L'acte notarié de la donation, qui date du 3 octobre 1878, garantissait à la Ville une somme de G, 000,000 fr.
(( La valeur du terrain, les frais de contrat et ceux de viabi-
litc des rues nouvelles limitant le square ont employé i million g35,ooo francs; il restait donc pour la construction du musée une somme de 4.565,000 fr., y compris les dépenses à faire pour le tracé du jardin. »
C'est un joli denier! ^lais cpie mcftra-t-on dans ce mvisée?
C'est un point sur lequel on n'est pas encore fixé...
En attendant, il va recevoir les objets d'art qui se trouvent à Auteuil.
Il se pourrait aussi que les chefs-d'œuvre que les conservateurs des musées du Louvre et du Luxembourg ne peuvent exposer au public faute de place fussent installés au nouveau musée.
Comme ce n'est pas l'organisation qui est notre cùlé fort en France, je ne serais pas étonné que dans dix ans on cherchât encore l'ulilisalion de ce palais.
Et le musée des Arts décorallfs, qui, malgré sa loterie et ses millions, cherche encore un local?
Musée Carnavalet. — Chaque jour les richesses de ce musée s'accroissent. Parmi les dons les plus récents, citons d'abord cjuelques estampes gravées au siècle dernier par Bonnard. Elles représentent le marquis d'Antin, le prince de Condé, Louis, dauphin de France, un barquerollier de Venise, et elles ont ceci de particulier que les vêtements des personnages sont formés par des applications d'étoffes.
C'est aussi tout dernièrement que le musée a acquis un des plus anciens spécimens de l'imagerie populaire : un portrait en pied de Louis X\ naïvement dessiné et naïvement mis en couleur.
La multitude des portraits de Marat que possède Carnavalet ne l'a pas empêche d'acheter de même une fort belle esquisse attribuée à David. Le peintre révolutionnaii'e a représente le farouche ami du peuple la poitrine trouée par le couteau de Charlotte Corday.
La tête, au masque énergique et pâle, est d'un dessin ferme et sévère qui est bien dans la façon du maître.