REVUE DES JEUNES REVUES
Kpuis c[uc MM. les anarchlslcs onl remplacé par la danse macabre des maisons la douce Irépidalion des meubles qui commençail à se généraliser un peu trop dans notre saine capitale, les préoccupations d'occultisme et de spiritisme sont primées, chez nos jeunes écrivains, par celle de la meilleure forme sociale possible.
Les poètes n'ont jamais brillé por la justesse de leurs idées pratiques, et, en France, parlicidièremenl, lorsque le soin du gouvernement leur est échu, ils n'ont guère ajouté à leur gloire : les fautes politiques de Lamartine, les errements de Victor Hugo l'ont assez prouvé.
Un des penseui's les plus profonds et les plus précis de l'ccolc symboliste, et l'un de nos plus purs artistes littéraires, M. de Gourmont*, se prononce pour le despotisme. Sa façon d'amener cette conclusion est non moins curieuse que logique : « Entre la chose et nous, dit-il après Schopcnhauer et Kant, il y a toujours l'intelligence, et elle ne peut jamais être connue telle qu'elle est. — On ne connaît donc que sa propre intelligence, son moi. — La seule réalité est la pensée. — ■ L'idéaliste, persuadé que tout est illusoii'e, se convainc qu'il est seul, sans liaison aucune avec les autres u ^loi » ; il ne peut donc admettre que l'an-archie. Or, en l'absence de toutes lois, l'ascendant des hommes supérieurs serait la seule loi et leur juste despotisme incontesté. »
Mais, par suite de u son dédain et de son inaptitude pour la vie active », l'idéaliste, le poète, l'artiste serait-il bien le despote qui surgirait de l'anarchie et « musèlerait les imbéciles » ? Ne serait-ce pas plutôt une de ces « superbes bètes blondes, assoiffées de proie et de victoire » dont nous parle M. de Nethy^, un de ces Nimrouds qu'anathémise si volontiers M. Péladan, et dont la supériorité incontestable est surtout animale. Les artistes rois et les rois philosophes sont une chimère qui n'a d'ailleurs rien de désirable.
Désintéressons-nous de la vie sociale, par inaptitude ou mépris, soit, nous œuvrerons mieux, donnant toutes nos facultés à l'art ; mais n'appelons pas le despote, car c'est alors peut-être que nous serions contraints de célébrer les muses dans de pires catacombes que celles où nous renferme l'incompréhension, l'indifférence du public.
M. ^lalquin ^, lui, ne se sent point de goût pour le despotisme. Obéir et commander lui semblent également méprisables. Il est partisan de l'action, mais de l'action individuelle. (( Les peuples vivent par les individus-héros... la vie se retire des nations asservies et atteint un haut degré d'intensité chez les nations libres. «