‹ L'Art et l'idée [serial]Chapitre 71 sur 90 · LA LITTÉRATURE NOUVELLE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE NOUVELLE

il s'agit de vieilles folles enfermées dans un hôpital : u Personne n'avait soin d'elles ; — L'une rêvait de radieux voyages, — l'autre, aimant le luxe et la richesse, — croyait avoir château, cour et pages ; — Une autre imaginait de sensuels rallinemcntsde luxure, et la plus calme — rêvait à des amours fidèles et chastes. » Puis, après des vers coquets : Caimneu d'or, de A. Sabatier, M. Germain, h propos de V Idéal à la Rose-Croix, émet ce précepte, si applicable à la littérature et qu'il est si nécessaire de répéter souvent : u Avant tout sujet, il y a le style, — le style ennoblisseur par excellence... Le nustylisé, le corps humain dans son type essentiel,. . . débarrassé de tout stigmate d'avilissement, des déformations du travail ou des signes accusant la déchéance d'une race, voilà le suprême idéalisateur, de toute plasticisation de nos concepts. « Pour les écrivains, la supi'ême expression, c'est le cœur humain dans ce qu'il a d'essentiel... Mais suivons aussi l'apophthegme de P, Masson, dans les Mondanités d'un Yoghi : « l'art de parler et celui d'écouter se tiennent de bien près. »

La Plume du i5 avril est consacrée à la CJianson japonaise. De nombreux commentaires de M. Barcl, et, hélas ! un supplément poétupie.

M. Mauclair, fort impressionné par Mallarmé et de Régnier, redit, dans la Revue Blanche du 25 avril la Tristesse de la Pourpre, étendard du Bien, et la faiblesse de ses amants, les poètes et les penseurs. Appli(juons-lui cette phrase de son poème : « Qui donc t'avait permis d'éteindre la lumière devant celui qui entre ? » Je préfère à cette Tristesse, l'Évangile de l'Ouragan, de M. 01a Hansson. De M. Céhcl, des vers: Procession lasse : i'almc mieux sa prose, son silence mieux encore. Enfin, toujours dans la Revue Blanche, des Notes dramatiques de P. Veber, où se trouvent quelques idées justes.

Les Entuetu^ns d'avril contiennent, éditée par M. V.-Griflln, une autobiographie de Walt-}]'hitman, le poète des Brins d'herbe, qui eut « la puissance de donner la plus profonde et la plus universelle expression des plus profonds et universels sentiments », — le Combat dans la forêt, belle prose symboliste de H. de Régnier ;

■ — des Critiques et de la Critique, article dans lequel M. Lazare se déclare en faveur de la critique dogmatique, et veut qu'on juge les œuvres d'api'ès un canon établi. C'est la conséquence de ses idées sur la Beauté de u l'Intolérance ». La vraie critique, beaucoup plus large et juste, ne rapporte pas chaque œuvre à un t)-pe général, mais la juge d'après le type particulier qu'elle devrait réaliser.

Dans la Revue Indépendante : une prose mièvrement maniérée et précieusement vide, de M. M. Beaubourg, — les Dons funestes, quatre tableaux bien fades de M. Saulnier, un écrivain c^ui a trop lu Mœterlinck, et auquel manque absolument le sens, non seulement dramatique, mais théâtral ; — un enthousiaste et habile panégpique de J. Péladan, par M. Bazalgette, — et un article critique de M. Ghill.

Chimère a quelques bons articles : Lne lettre à J. Bois, de ]\I. Dévoluy ; — des notes assez neuves sur les troubadours, par ^I. Brun ; — une légende poétique quoique un peu maladroite, de INI. Mauvère : les Cheveux blonds de la Reine Mahaud.

Le Gant, que publie la Revue d'art dramatique du i5 avril, est une nouvelle preuve de l'impossibilité de transporter sur le théâtre la discussion d'une thèse sans causer un ennui profond. N'a-t-on pas assez discuté sur la différence entre la littérature scénique et celle du livre ? Les auteurs dramatiques ne veulent rien entendre et rêvent d'un théâtre à tout faire. Au même numéro, les Caractères dans Molière et dans La Bruyère, parallèle instructif, par jNI. Fournel, et de mauvais pronostics de M. l'abbé de Chazeuil sur la nouvelle direction de l'Odéon. Numéro du I" mai: une étude plus malveillante que documentée sur les Jeunes, par M. Pougin.

Pierre Yalxn.

Page 1