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qu’enün, ce serait le meilleur emploi du maigre crédit alloué pour cet objet.

De plus, le soin de l’inspection appartiendrait, sous forme de mission temporaire, aux divers conservateurs du Louvre, qui, chacun suivant sa compétence, seraient chargés, d^ concert avec l’inspecteur général des musées, de visiter périodiquement les établissements des diverses régions qui composeraient ce vaste ensemble, pour contrôler les actes de conservation, veiller non seulement à la tenue, mais à la direction donnée à l’enseignement des musées, se rendre compte de leurs lacunes, du moyen de les combler par des doubles des musées nationaux, des moulages ou des reproductions photographiques, surveiller la tenue des inventaires, la publication des catalogues, développer près des musées l’initiative d’expositions locales, etc., etc.

Cette mesure, outre les avantages précieux qu’elle aurait en établissant un courant actif entre les musées de province et le Louvre, présenterait encore celui de ne nécessiter la création d’aucune fonction nouvelle, et, par suite, de n’exiger aucuns crédits nouveaux. Les frais de ces missions, assez peu élevés, seraient également compris sur le crédit des musées de province.

Cette réglementation et cette réorganisation, 1 Etat a le droit et le devoir de les proposer aux municipalités. Comment l’Etat se désintéresserait-il de cette œuvre de sauvegarde, puisque,

pour la plupart des musées, il a fourni le premier fonds avec les réserves des richesses nationales et qu’il y déverse continuellement un flot régulier tant d’œuvres anciennes que d'œuvres modernes? D’autre part, il faut intéresser les municipalités à l’entretien et à la conservation des tableaux qui leur sont envoyés, en leur assurant que ces tableaux ne pourront leur être retirés par l’Etat que dans des conditions tout à fait exceptionnelles et prévues régulièrement par la loi.

Le bénéfice de cette réorganisation des musées de- province serait immense, et pour eux-mêmes et pour le Louvre. Ce serait une véritable révélation qui ferait enfin connaître les inépuisables réserves artistiques de notre pays ; et, du même coup, nos musées nationaux et leurs collections reléguées dans les greniers trouveraient un dégagement de premier ordre, qui rendrait possible un classement méthodique et raisonné des œuvres de notre école française.

D’un autre côté, notre magnifique musée du Louvre devrait viser à offrir des renseignements suffisants sur le plus grand nombre d’artistes ; il serait à souhaiter que chaque peintre de quelque mérite y fût représenté par l’une de ses meilleures œuvres et par un échantillon du genre auquel il s’est principalement adonné. On aurait ainsi l’assurance de trouver dans notre grand musée national des indications essentielles sur tel ou tel artiste français, et, groupées, ces vues

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de détail permettraient de* juger l’ensemble du mouvement artistique d’une époque.

Les musées de province, quand leur situation sera définitivement réglée, aideraient admirablement à cette réorganisation et deviendraient facilement pour le Louvre des auxiliaires précieux, aujourd’hui surtout que les facilités de transport et le goût des voyages permettent l’accès des provinces les plus éloignées.

Pour cela, il faut inventorier les collections provinciales, ainsi que le demandait autrefois l’éminent directeur des Beaux-Arts, M. de Chennevières. C’est là une raison capitale de subventionner plus largement la commission des richesses d’art de la France. Il faut aussi réglementer logiquement les envois de l’Etat et autoriser les échanges entre musées.

Le Louvre ayant prélevé dans l’œuvre de chaque peintre les pièces les plus importantes, le surplus, composé d’œuvres honorables et même de morceaux de choix, irait en province. Dès lors, qui empêcherait de désigner telle ou telle ville pour y centraliser l’œuvre de tel ou tel artiste, né dans le pays ou que quelque circonstance de sa vie y rattacherait ?

De tels groupements n’auraient pas le seul avantage d’être logiques ; ils redonneraient un peu d’importance aux diverses villes de France, et peut-être y réveilleraient le vieil esprit local et l’initiative artistique, endormis depuis plus d’un siècle.

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état général des musées de province

Ain. — Bourg, Pont-de-Vaux.

Aisne. — Château-Thierry, Laon, Saint- Quentin, Soissons, Yervins.

Allier. — Moulins, Montluçon.

Basses-Alpes. — Digne.

Hautes-Alpes. — Cap.

Alpes-Maritimes. — Cannes, Menton, Nice.

Ardèche. — Privas.

Ardennes. Charleville, Mézières, Sedan, Ariège. — Foix.

Aube. — Troyes.

Aude. — Carcassonne, Castelnaudary, Limoux, Narbonne.

Aveyron. — Rodez.

. Bouches-du-Rhône. — Aix, Arles, Marseille.

Calvados. — Bayeux, Caen, Honfleur, Lisieux, Yire.

Cantal. — Aurillac.

Charente. — Angoulême, Cognac.

Charente-Inférieure. — La Rochelle, Rochefort, Saintes.

Cher. — Bourges.

Corrèze. — Brive, Tulle.

Corse. — Ajaccio.

Côte-d’Or. — Beaune, Dijon, Semur.

* Côtes-du-Nord. -• Dinan, Saint-Brieuc.

Dordogne. — Bergerac, Périgueux.

Doubs. — Besançon, Montbéliard.

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Drôme. — Montélimar, Valence.

Eure. — Bernay, Evreux, Louviers.

Eure-et-Loir, — Châteaudun, Chartres.

Finistère. — Brest, Morlaix, Quimper.

Gard. — Alais, Nîmes.

Haute-Garonne. — Toulouse.

Gers. — Auch, Fleurance.

Gironde. — Bordeaux, Libourne.

Hérault. —Béziers, Cette, Montpellier, Pézenas. Ille-et-Vilaine. — Fougères, Rennes, Saint- Malo, Vitré. ^

Indre. — Châteauroux, Issoudun.

Indre-et-Loire. — Tours.

Isère. — Grenoble, Vienne.

Jura. — Dole, Lons-le-Saunier.

Landes. — Aire-sur-l’Adour. Dax, Mont-de- Marsan.

Loir-et-Cher. — Blois, Romorantin, Vendôme. Loire. — Montbrison, Roanne, Saint-Etienne. Haute-Loire. — Le Puy.

Loire-Inférieure. — Nantes, Saint-Nazaire. Loiret. — Montargis, Orléans, Pithiviers.

Lot. — Cahors.

Lot-et-Garonne. - Agen, Villeneuve -sur- Lot.

Maine-et-Loire. — Angers, Cholet, Saumur. Manche. Avranches, Cherbourg, Coutances, Saint-Lô.

Maine. Châlons-sur-Marne, Reims.

Haute-Marne. — Chaumont, Langres, Saint- Dizier, Wassy.

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Mayenne. — Ghâteau-Gontier, Laval, Mayenne.

Meurthe-et-Moselle. — Longwy, Lunéville, Nancy, Toul.

Meuse. — Bar-le-Duc, Gommercy , Yaucouleurs , Verdun.

Morbihan. — Lorient, Vannes.

Nièvre. — Glamecy, Gosne, Nevers, Varsy.

Nord. — Armentières, Avesnes, Cambrai, Douai, Dunkerque, Lille, Tourcoing, Valenciennes.

Oise. — Beauvais, Gompiègne, Senlis.

Orne. — Alençon, Argentan, La Ferté-Macé.

Pas-de-Calais. — Arras, Boulogne, Calais, Saint-Omer, Saint-Pol.

Puy-de-Dôme. — Ambert, Clermont-Ferrand, Riom, Thiers.

Pyrénées (Basses-). — Bayonne, Pau.

Pyrénées (Hautes-). — Bagnères-de-Bigorre, Tarbes.

Pyrénées-Orientales. — Perpignan.

Rhône. — Lyon, Villefranche.

Saône (Haute-). — Gray, Vesoul.

Saône-et-Loire. — Autun, Bourbon-Lancy, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Tournus.

Sarthe. — Le Mans, la Flèche, Saint-Calais.

Savoie. — Aix-les-Bains, Chambéry.

Savoie (Haute-). — Annecy.

Seine-Inférieure. — Dieppe, Le Havre, Lillebonne, Rouen, Yvetot.

Seine-et-Marne. — Coulommiers, Meaux, Melun, Provins.

Seine-et-Oise. — Corbeil, Etampes, Saint- Germain, Versailles (musée municipal).

Deux-Sèvres —Niort, Thouars.

Somme. — Abbeville, Amiens, Péronne.

Tarn. — Albi, Castres, Lavaur.

Tarn-et-Garonne. — Moissac, Montauban.

Var. — Draguignan, Toulon.

Vaucluse. — Avignon, Garpentras.

Vendée. — La Roche-sur-Yon, les Sablesd’Olonne.

Vienne. — Chatellerault, Poitiers.

Haute-Vienne. — Limoges.

Vosges. — Epinal, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié.

Yonne. — Auxerre, Sens.

Territoire de Belfort. — Belfort.

Algérie. — Alger, Bougie, Gonstantine, Oran, Philippeville.

Le musée indo-chinois du Trocadéro.

Le musée indo-chinois est consacré aux arls de nos colonies d’Extrême-Orient : artkhmer, art tchlam, arts indo-javanais, siamois, annamite et tonkinois.

L’origine du musée date de 1873-74, à la suite d’une mission importante confiée à M. Delaporte, lieutenant de vaisseau, sous le patronage de 1 administration des Beaux-Arts, et dont les résultats, d’abord exposés à Gompiègne, revinrent figurer à l’Exposition universelle de 1878. Depuis

lors, cette collection s’est continuellement enrichie des résultats de différentes missions spéciales, ainsi que de dons importants. Le don qui a été fait en dernier lieu à la France, à la suite de l’Exposition de 1900, des collections archéologiques de l’exposition coloniale néerlandaise, est d’une importance considérable : il enrichit le musée des chefs-d’œuvre de l’art indo-javanais, qui sont vivement appréciés par les conservateurs des musées d’Europe et d’Amérique.

L’art indo-javanais, dont les statues et les basreliefs sont admirés, semble avoir déjà fourni plus d’un motif d’inspiration aux créateurs de l’art ornemental nouveau. Outre des pièces purement décoratives, nombre de stèles, bas-reliefs, figurations profanes et sacrées fournissent d’intéressants sujets d’étude de la civilisation et des religions qui ont fleuri en Indo-Chine depuis les premiers siècles de notre ère, et on peut espérer voir arriver encore au Trocadéro bien des pièces intéressantes ou précieuses en faisant appel au concours des fonctionnaires de la colonie.

Depuis la découverte des villes enfouies de l’Assyrie par MM. Botta etLayard, la découverte des cités ruinées du Cambodge est le fait le plus important qui se soit produit pour l’histoire de l’art en Orient.

Ainsi s’exprime l’architecte anglais Fergusson, en tête d’une étude sur les monuments du Cambodge révélés en 1861 à l’Occident, par le naturaliste français Henri Mouhot, le savant explora-

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teur d’Angkor-Thoin, l’ancienne capitale des Kmers et d’Ankhor-Wat, la Jérusalem du bouddhisme. Les recherches de Mouhot furent continuées en 1866, 18ôf , 1868, par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée et le lieutenant de vaisseau Louis Delaporte, auxquels revient l’honneur d’avoir réuni sur place et rapporté en France les éléments du premier musée khmer fondé en Europe.

Cette exploration, « la plus heureuse et la plus importante du dix-neuvième siècle, » au dire de l’honorable sir R. Mourchison, président de la société de géographie de Londres, vaut qu’on lui consacre un chapitre spécial, puisqu’aussi bien il s’agit de l’institution à Paris d’un musée nouveau. Je renvoie ceux qui voudraient avoir sur cette question des notions plus complètes, à la très intéressante Étude historique sur les monuments de l'ancien Cambodge, publiée en 1875 par le comte de Croizier, et où j’ai puisé la plupart ; des renseignements qui suivent. Cette exploration avait été spécialement organisée pour reconnaître la vallée du Mékhong, le plus grand fleuve de l’Indo-Chine, et l’un des plus considérables du monde, pour examiner si la vie ne pourrait pas être ramenée dans des contrées où toutes les races de l’Asie orientale se sont rencontrées et où la tradition conserve le souvenir de royaumes riches et puissants, enfin pour rechercher par quels moyens eflicaces on pourrait unir commercialement la vallée supérieure du

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Mékhong à la Cochinchine. Il a été démontré, il est vrai, que le Mékhong ne saurait relier les provinces nord du Céleste Empire à notre colonie et que la seule voie praticable est le fleuve du Tonkin navigable depuis Ha-Noï jusqu’au Yun- Nan; mais les travaux delà commission française n’en ont pas moins une importance capitale pour la géographie et les sciences naturelles, l’avenir de notre colonie et pour l’étude des antiquités cambodgiennes.

Ce dernier résultat n’aurait probablement pas été obtenu si le commandant de Lagrée n’avait pas été mis à la tête de l’expédition. Cet officier supérieur, agent militaire du gouverneur de la Cochinchine près du roi Norodom, signalé parla rare habileté qu’il avait déployée en amenant le souverain du Cambodge à demander la protection de la. France, avait fait des monuments khmers une étude spéciale. Il avait même été assez heureux pour découvrir plusieurs groupes importants que Mouhot n’avait pas mentionnés, et il avait réuni de nombreux documents, plans, dessins, moulages de bas-reliefs, estampages d’inscriptions, traductions de documents et notes archéologiques.

Le gouverneur de la Cochinchine voulut donner une consécration officielle aux travaux de M. de Lagrée en faisant visiter à la mission, sous la direction de cet officier, le principal groupe connu alors, celui d’Àngkor. M. de Lagrée trouva dans l’un des membres de la commission, M. le lieu-

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tenant de vaisseau Louis Delaporte, un collaborateur passionné de ses recherches artistiques, et lorsque l’expédition quitta les monuments khmers, elle emportait des documents de la plus haute importance. La mort, hélas ! prit M. de Lagrée juste au moment où il Unissait sa tâche, comme elle devait enlever plus tard son camarade d’exploration, le vicomte de Carné : et ce fut aux survivants, MM. Garnier, Delaporte, Thorel et Joubert, qu’appartint l’honneur de publier le compte-rendu officiel de « ce voyage qui a frayé la route sur une terre inconnue, sur un sol vierge, depuis l’embouchure du Cambodge jusqu’au Séou-Tcheu, sur le Yang-Tse-Kiang. »

Retardée par les tristes événements de 1870, cette publication n’a pu paraître qu’en 1873. L’étude de M. de Lagrée, sur les monuments khmers, est un véritable traité didactique sur la matière, qui pose admirablement les problèmes à résoudre et forme une excellente introduction aux sérieuses et longues recherches qui, seules, pourront faire connaître un art aussi varié, aussi parfait que l’est celui de l’ancien Cambodge. Toutefois il est regrettable qu’un autre manus- - crit de M. de Lagrée, ouvrage de la plus haute importance, la Chronique royale du Cambodge, qu’il avait faite et annotée, n’ait pas pris place dans la relation officielle, en tête de VJCssai historique dont ses notes ont fourni en partie les éléments, comme elles ont donné ceux qui ont servi à rédiger les « vocabulaires indo-chinois en vingt-

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six dialectes différents. » Il est certain qne M, de Lagrée aurait pu apporter à la relation officielle de l’exploration « l’autorité et le développement nécessaires » ; mais il est encore heureux que sa pensée ait été aussi bien comprise pour toute la partie consacrée à l’art, khmer, et que ses études artistiques et archéologiques aient trouvé un collectionneur en la personne de M. Delaporte.

M. de Lagrée n’avait eu que le temps d’envoyer à Paris, à l’exposition de l’Algérie et des colonies , quelques moulages de bas-reliefs et d’adresser quelques inscriptions à l’Institut. Aucun spécimen de l’art khmer n’était donc venu en Europe ; on n’avait que des photographies rapportées de Saïgon et les croquis de Mouhot, lorsque parurent les dessins de M. Delaporte, insérés pour une part dans le texte de l’ouvrage et réunis pour l’autre en un album in-folio contenant un grand nombre de planches et des bois nombreux avec vues d’ensemble et de détail, plans, coupes, élévations et reconstitutions des principaux monuments cambodgiens. L’apparition de cet important ouvrage fit connaître l’art khmer et attira sur cet intéressant sujet d’études l’attention du public et des savants que n’avaient pu fixer les quelques publications déjà parues. Les inscriptions relevées par M. de Lagrée allaient être l’objet de l’attention de la classe des inscriptions et belles-lettres de l’Institut.

Les sociétés savantes encourageaient les efforts de MM. Garnier et Delaporte; les indianistes étu-

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diaient avec soin les moulages des bas-reliefs envoyés de Saïgon, et la Chronique royale du Cambodge paraissait enfin. L’amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, se rendait au même moment, avec ses officiers, au principal groupe des ruines et en rapportait des photographies nouvelles. La question khmer était à l’ordre du jour et le moment était favorable à la continuation des recherches. C’est ce que comprit le lieutenant de vaisseau Delaporte qui, depuis sa visite aux anciens monuments khmers, au début de l’exploration de l’Indo-Chine, rêvait de doter la France d’une collection que les Anglais avaient déjà vainement tenté de former. Il venait d’être nommé chef d’une mission scientifique au Tong- King, et six mois le séparaient de la saison sèche avant laquelle il ne pouvait commencer fructueusement son voyage. Il pensa qu’il emploierait utilement cette période de temps en allant au Cambodge recueillir pour nos musées nationaux une collection de statues, bas-reliefs, piliers et autres morceaux de sculpture et d’architecture, présentant de l’intérêt au double point de vue de l’art et de l’archéologie.

Avec l’appui du ministre de la marine, amiral Pothuau et du directeur des colonies, baron Benoist d’Azy, il s'adressa à cet effet au directeur des Beaux-Arts, M. Ch. Blanc, près duquel il trouva l’accueille plus favorable, et, sur la proposition de ce haut fonctionnaire, le ministre de l’instruction publique, M. J. Simon, consentit à

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ajouter à la subvention que son département donnait déjà pour concourir à l’exploration du Tong-King une nouvelle somme de 10,000 francs, prise sur les fonds des Beaux-Arts et destinée à procurer au chef de la mission les moyens de recueillir au milieu des ruines les éléments d’un musée qui seraient plus tard envoyés en France sur les bâtiments de l’État. Enfin la direction des Beaux-Arts confia à M. Delaporte un certain nombre de statues, tableaux et gravures destinés à être offerts en cadeau au roi et aux mandarins du Cambodge. Il pouvait aussi compter sur les ressources de la colonie et sur le concours personnel de la mission du Tong-King. L’amiral Dupré, que les soins de son gouvernement n’ont jamais empêché de favoriser les travaux scientifiques, inspiré autant par l’amour de la science que par sa sollicitude pour les progrès de la colonie , donna toutes facilités nécessaires à M. Delaporte.

Le 20 mai, la mission d’exploration quittait la France ; cinq semaines plus tard, elle atteignait la Cochinchine. Le rapport officiel nous donne les détails les plus intéressants sur l’achèvement de son organisation à Saïgon, ses derniers préparatifs à Phnôm-Penh et les différentes péripéties par lesquelles sont passés les voyageurs pendant le cours de leur exploration. Les travaux accomplis dans la région siamoise par M. Delaporte, bien que remplis d’intérêt, ne sont pas comparables à ceux qu’il a menés à bonne fin sur

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le territoire du Cambodge. Il a, en effet, découvert plus de vingt groupes de ruines, tous inconnus de Européens et dont, pour la plupart, les Cambodgiens eux-mêmes ne soupçonnaient pas l’existence. Ces ruines sont perdues dans la forêt et quelques sauvages kouys, égarés, pénètrent seuls, de loin en loin, jusqu’à elles. Il avait, en outre, constaté l’existertce d’un grand nombre d’autres ruines signalées par les indigènes qu’il n’avait pu trouver le temps de visiter.

M. Faraut se proposa pour retourner, pendant la belle saison, compléter les travaux, et reconnaître ces ruines que leur éloignement avait empêché la mission d’explorer. Le gouverneur de la Cochinchine voulut lui venir en aide pour cette exdhrsion complémentaire, et l’honorable marquis de Chennevières, directeur des Beaux- Arts, désireux d’achever l’œuvre ébauchée par son prédécesseur, voulut également y concourir. A l’aide de ces nouvelles ressources, M. Faraut estparvenu à terminer les importants travaux que les circonstances n’avaient pas permis de terminer et «à l’exécution desquels il avait concouru pendant toute la durée du voyage avec un zèle et une intelligence dignes des plus grands éloges. » Il visita d’abord les monuments déjà explorés par Mouhot et le commandant de Lagrée aux environs de Battambang, et en releva les plans ; se dirigeant ensuite vers le nord, il découvrit à Ponteay-Chmâ les ruines d’un monument orné de quarante-cinq tours, bizarre, grandiose, et l’un

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des plus beaux laissés parles khmers. lise rendit de là à Suren : il trouvait presque partout sur tout son passage de nouvelles traces de constructions khmers. Aux environs de ce point, il reconnut cinq ruines en belles briques, dont une dans un état de conservation complète. Enfin il en découvrit d’autres dans la province d’Angkor, où il explora, pour la première fois, un monument de forme circulaire. En même temps, M. Moura visitait deux ruines nouvelles près de la frontière sud-est d-u Cambodge, à plus de 100 lieues de Suren, pendant que M. le capitaine d’infanterie Filoz, après avoir vu ses moulages de bas-reliefs détruits par des accidents de route, quittait de nouveau Saigon et venait camper, pendant plusieurs semaines, dans la forêt, pour reconstituer sa collection, qui, cette fois, arrivait heureusement au chef-lieu de la colonie et pouvait être envoyée en France.

Les morceaux de sculpture et d’architecture recueillis par le lieutenant de vaisseau Delaporte, les moulages rapportés par M. Faraut et les estampages exécutés par M. Filoz ont paru assez importants pour former un musée spécial, et, en attendant l’appropriation d’un local convenable à Paris, ils furent exposés au palais de Gompiègne, où ils formaient une superbe collection qui prit le nom de : « Musée khmer. »

Le musée kmer, organisé par M. Delaporte, assisté par M. Lafollye, architecte de l’Etat, connu pour sa belle restauration du château de

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Pau, et de M. de Kekenbinder, inspecteur du palais, fut installé dans la magnifique salle des gardes, où il était encore à l’étroit. Bien qu’il dût être prochainement augmenté par l’adjonction de nouveaux chefs-d’œuvre. M. de Ghennevières voulut en faire l’inauguration, assisté du personnel des Beaux-Arts, et en cette occasion, il félicita vivement M. Delaporte d’avoir enrichi la France d’une « collection unique au monde ». Cette collection aujourd’hui installée en plein Paris, au Trocadéro, où elle émerveilla les visiteurs de l’Exposition universelle, estjustement confié à la savante direction de M. Delaporte.

Il lui reste à tirer parti des nombreux documents réunis par ses soins, documents qui lui suffiront pour arriver à reconstituer les principaux monuments khmers et pour faire revivre l’architecture de l’ancien Cambodge a ses différentes époques caractéristiques. Des légions de temples, des civilisations entières ressortent aujourd’hui de ce vieux sol, fouillé d’hier, et ce champ de conjectures inutiles et fastidieuses, à peine remué, s’est déjà couvert d’une moisson de richesses qu'il suffit de recueillir aujourd’hui au Trocadéro pour* réédifier un nouveau monument à l’histoire de l’humanité.

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