LES MONUMENTS
Conservation des monuments historiques.
Pendant que les Chambres, pour assurer l’équilibre du budget, réduisaient de 373,000francs les crédits affectés au service des monuments historiques, le budget de ce service recevait, par ailleurs, une plus grave atteinte.
L’administration des Beaux-Arts pourvoit à l’entretien et à la restauration des édifices classés à l’aide de deux sortes de ressources, d’abord au moyen des crédits annuels ouverts par la loi de finances; puis au moyen de sommes que les propriétaires ou affectataires de monuments clas-
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sés mettent à sa disposition sous forme de tonds de concours et de subventions.
Il y a quinze ou vingt ans ces ressources extrabudgétaires atteignaient un chiffre très élevé. Elles dépassaient d’habitude 1 million par exercice, et quelquefois 1 million et demi. Gomme l’Etat consacrait alors aux travaux 1,500,000 francs environ , il s’ensuit que l’administration pouvait à cette époque dépenser pour les restaurations et l’entretien 2 millions et demi à trois millions par année.
Il n’en est pins ainsi actuellement. Depuis 1886, les contingents fournie par les propriétaires et affectataires n’ont cessé de décroître. Ils ne s’élèvent plus guère aujourd’hui, boü an m il an, qu’à 450,000 francs. Ils ont été :
En 1898 . de 412,708 15
1899 . , . . de 630,749 86
1900 . de 307,698 06
Total pour les trois années : 1,361,156 07
ce qui donne une moyenne de 453,718 fr. 69, qui, d’après tous les indices, est destinée à s'abaisser encore plutôt qu’à remonter.
Départements, communes, établissements publics, tous s’intéressent à leurs édifices, autant qu’on peut le souhaiter. Mais en général l’état de leurs finances ne leur permet plus de consentir les mêmes sacrifices qu’autrefois. L’administration a beau stimuler leur zèle, elle en obtient de
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moins en moins. Il y a d’heureuses exceptions ; dans quelques localités on ne lui marchande jamais l’argent dont elle déclare avoir besoin. Mais la plupart du temps elle ne recueille que des contributions médiocres, parfois dérisoires, quand elle ne se heurte pas à des refus.
Comparée aux anciens chiffres, la moyenne actuelle accuse une diminution d’an moins 600 à 700,000 francs par an.
Depuis 1882, la dotation du service des monuments historiques a subi deux sortes de réduc¬
tions : l’une de . . 383,000
provenant des économies réalisées
sur ses crédits budgétaires, l’autre de : 650,000
au moins provenant de la diminution de ses ressources extra-budgétaires, soit une perte annuelle minima de. . 1,023,000
Or, pendant cet espace de vingt années, les charges du service sont loin d’avoir diminué. Elles se sont, au contraire, accrues dans une proportion des plus sensibles.
D’une part, le coût des travaux d’entretien ou de restauration qui s’exécutent dans les édifices classés a subi une hausse d’au moins 10 p. 100, par suite de la cherté plus, grande de la maind’œuvre, du prix plus élevé des matériaux, enfin de la répercussion inévitable des lois protectrices du travail sur les frais généraux des entreprises.
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D’autre part, depuis 1882, le nombre des édifices inscrits sur la liste des monuments historiques, a passé de 2,250 environ à 2,570 ; d’où il suit qu’il y a présentement 320 édifices de plus à entretenir et à restaurer. L’administration ne procède pourtant à des classements nouveaux qu’avec la plus grande discrétion. Dans son rapport sur le budget de 1901, l’honorable M. Berger a exprimé le regret que les classements des dix dernières années ne fussent pas plus nombreux. La vérité est que beaucoup de demandes de classement dignes d’être accueillies sont en instance depuis longtemps. Mais on ne peut y donner suite, parce que l’argent manquerait pour réparer les monuments.
Enfin la loi du 30 mars 1897 a imposé à l’administration des devoirs nouveaux et, par suite, des dépenses nouvelles, en la chargeant de classer, d’inventorier et de surveiller, en outre, ses édifices proprement dits, les antiquités et les objets d’art dont la conservation présente un intérêt national.
En résumé, pendant les vingt dernières années, tandis que les obligations du service se sont élargies et aggravées, ses ressources annuelles ont été progressivement diminuées des deux cinquièmes.
On verra plus loin quelle situation difficile cet état de choses lui a créée; mais, dès à présent, avant même de connaître aucun détail, tout le monde admettra qu’un service, qui se voit retirer
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près de la moitié de ses moyens d’action, sans que sa tâche soit allégée, bien loin de là, doit sérieusement souffrir.
En fait, depuis plusieurs années, le service des monuments historiques est aux prises avec des embarras désespérants. Jusqu’ici, respectueux de la volonté du Parlement, il s’est résigné à sa détresse. Il n’a sollicité ni relèvement de crédit, ni crédit supplémentaire. Il a fait de son mieux pour suffire, tant bien que mal, à sa mission. Mais, aujourd’hui, succombant sous le fardeau, il est obligé de venir avouer au Parlement, qu’il ne peut plus avec les ressources présentes, faire face à la tâche qui lui incombe.
Il demande aux Chambres de lui accorder, en échange des 3f3,000 francs qu’elles lui ont retirés, une majoration de crédit de 300,000 francs. C’est à peine le tiers des ressources qu’il a vu s’évanouir depuis quinze ans. Ce n’est même pas la somme que le Parlement lui a enlevée depuis vingt ans.
Charges du chapitre sur lequel sont soldées les dépenses des Monuments historiques proprement dites
Le crédit sur lequel sont soldées les dépenses des monuments historiques proprement dites est doté d’une somme de 1 million 127.000 francs. C’est cette somme qui, sur notre proposition, à la Chambre, a été augmentée de 300.000 francs.
Avant de justifier notre demande, nous devons tout d’abord faire connaître au lecteur l’emploi du crédit mis à la disposition des monuments historiques. D’après nos prévisions, voici le résumé des dépenses de ce chapitre :
1. — Entretien et restauration des édifices classés appartenant à l’État, 274.000 fr.
2. — Entretien et restauration des édifices classés appartenant aux départements, aux communes, aux établissements publics et aux particuliers : participation de l’État aux dépenses, 690.000 fr.
3. — Accessoires des travaux et gardiennage des édifices : frais divers de l’inspection générale, missions, voyages des architectes, etc., 83.000 fr.
4. — Monuments mégalithiques : acquisition de mégalithes et des terrains environnants ; surveillance et entretien des mégalithes appartenant à l’État; voies d’accès de Garnac; bornages, fouilles, menues dépenses de la Sous-Commission des Monuments mégalithiques, 7.000 fr.
5. — Objets mobiliers; classement des antiquités et œuvres d’art conformément à la date du 30 mars 1887; frais divers de l’Inspection Générale, frais de missions; publications; réparations de tapisseries, statues et autres objets classés; acquisition d’objets d’art pour le Musée de Gluny ; acquisition de moulages pour le Musée de sculpture comparée; échanges de moulages avec l’étranger, 45.000 fr.