FIN
Nvte de l'Éditeur. — A tous ceux qui désirent se documenter sur les différentes questions traitées au cours de cette étude, nous ne saurions trop recommander de consulter le Rapport fait au nom de la commission du budget chargée d’examiner le projet de loi portant fixation du budget général de l’exercice 1902 , Service des Beaux-Arts, par M. Couyba. Ce rapport fut apprécié comme suit par trois maîtres-artistes : le sculpteur Rodin, le peintre Albert Besnard et l’architecte Tronchet, interrogés par un rédacteur du journal Y Éclair, le 23 décembre 1901.
Enquête de i8A9
Cette enquête, qui fut faite parle Conseil d’Etat sous la présidence de M. Vivien, est extrêmement intéressante et très précieuse certainement pour l’étude des questions théâtrales. Trente-deux personnes furent entendues
5 directeurs de théâtres : MM. Sev-este, régisseur général de la Société du Théâtre-Français; Roqueplan, directeur de l’Opéra ; Montigny, directeur du Gymnase ; Dormeuil, directeur du théâtre de la Montansier; Hostein, directeur du théâtre Historique et de la Gaîté ; ,
2 cosociétaires de la Comédie-française : MM. Régnier; Provost.
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1 maître de ballet : M. Coralli.
3 acteurs: MM. Arnault, de l’Ambigu; Albert ; Bocage, directeur de l’Odéon.
1 agent des auteurs : M. Dulong.
2 anciens correspondants des théâtres : MM. Ferviile, ancien directeur; Du verger, artiste dramatique du Gymnase.
8 auteurs dramatiques : MM. Langlé; Lockroy Bayard; Alexandre Dumas; Victor Hugo; Melesville; Scribe; Souvestre.
4 critiques : MM. Jules Janin; Rolle; Merle; Théophile Gautier.
1 ancien inspecteur des théâtres : M. Delaforest.
1 censeur : M. Florent.
Le Président de la Société des artistes dramatiques : M. Taylor.
3 compositeurs: MM. Auber; Halévy; Ambroise Thomas.
Voici comment se décomposent les opinions :
Pour la censure : MM. Régnier; Provost; Delaforest; Merle ; Auber ; Florent ; Arnault.
Pour, mais avec des modifications très importantes : MM. Ferviile; Duverger; Jules Janin; Rolle; Scribe; Halévy; Ambroise Thomas; Taylor; Hostein.
Contre la censure: MM, Dormeuil ; Montigny; Coralli; Théophile Gautier ; Ferdinand Langlé ; Lockroy; Victor Hugo; Alexandre Dumas; Bayard, Émile Souvestre; Bocage; Albert Dulong; l’assemblée générale des auteurs ; le comité des artistes dramatiques.
Ne se sont point prononcés : MM. Sevestre ; Roqueplan ; Melesville,
Au point de vue professionnel, nous trouvons :
Pour la censure : 2 censeurs (ou inspecteurs de théâtres); 2 secrétaires de la Comédie française; 4 cri-
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tique littéraire; 1 compositeur; 1 artiste dramatique.
Pour, avec des modifications : 2 anciens correspondants de théâtres; 2 critiques; 2 compositeurs; 1 auteur dramatique ; 1 directeur de théâtre; le Président de la Société des artistes dramatiques.
Contre la censure : 6 auteurs dramatiques : 2 directeurs; 1 maître de ballet; 1 critique; 2 acteurs; 1 agent des auteurs; la Société des artistes dramatiques; la Société des auteurs dramatiques.
Remarquons tout d’abord que les intéressés, c’est-àdire les auteurs dramatiques, sont tous contre la censure, excepté M. Scribe qui veut une censure préventive mais avec des modifications importantes.
Les compositeurs désirent la censure, tout en déclarant qu’ils n’ont rien à redouter d’elle. On pourrait leur appliquer les paroles de M. Valabrègue dans la dernière enquête :
« Si la censure ne les gêne pas, peut-être y aurait-il quelque générosité à ne pas la réclamer pourdeurs confrères et à ne pas poser des barrières sur la route des hommes de demain.»
Deux censeurs ont été consultés : on se demande pourquoi? Il serait original qu’ils eussent combattu les censeurs.
Un seul directeur de théâtre s’est montré hostile à la suppression de la censure, ce qui prouve que les directeurs ne reculent pas devant la responsabilité du choix des pièces.
Enfin la Société des auteurs et celle des artistes ont très nettement formulé leurs sentiments hostiles à la censure, la première par la voix de M. Bayard, et la seconde par celle de M. Taylor, qui, personnellement, était favorable à l’examen préalable.
Des discours élevés et pleins de sens ont été pronon-
cés dans cette enquête, principalement par MM. Victor Hugo et Souvestre. Mais après délibérations des 29, 3) janvier, 5, 6, 12 et 13 février 183'), la commission, composée de MM. Vivien, Charton, Defresne, Béhic, Tranchant etFaré, se déclara, comme sa composition le faisait d’ailleurs prévoir, pour le rétablissement de la censure. Elle prépara en ce sens un projet de loi qui fut adopté sur un rapport de M. Charton, daté de mars, mais qui ne fut pas présenté.
Enquête de 18 91 .
Cette enquête a été faite par la Commission chargée d’examiner les propositions de loi : 1° de M. Antonin Proust sur la liberté des théâtres ; 2° de M. Le Senne, tendant à obtenir l’abolition de la censure.
Cette Commission était composée de MM. Dionys Ordinaire, president; Dujardin-Baumetz, secrétaire; Isambert (Eure-et-Loir), Martineau (Seine), Antonin Proust, Alfred Leconte (Indre), Hémon, Maujan, Dupuytrem, Guillemet, Le Roux.
Rapporteur, M. Guillemet.
Quatre personnes seulement se sont prononcées pour la censure : MM. Camille Doucet, Alexandre Dumas, Meilhac et Got.
MM. Vacquerie, Zola, Richepin, Bisson, Albin Valabrègue, Bergerat, Carré, Antoine et Georges Ancey ont demandé sa suppression.
Depuis l’enquête, M. Alexandre Dumas s’est rallié au système de la liberté temporaire.
Quant à M. Camille Doucet, il a déclaré que la commission des auteurs dramatiques était favorable à la censure; mais, avec sa grande honnêteté, il a ajouté qu’il n’apportait que l’avis de la commission et non celui
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delà société, qui comprend 700 à 800 membres et qui n’avait pu être réunie et consultée.
Il semble d’ailleurs que M. Camille Doucet se soit appliqué, dans sa déposition, à prouver l’inutilité de la censure, car il raconte d’une façon charmante ses erreurs et il la montre, sous le second Empire, supprimant souvent des passages inoffensifs, laissant passer d’autres fois des phrases qui amenaient au théâtre un vacarme effroyable.
M. Got est pour la censure; mais, depuis l’enquête, nous avons l’avis de M. Coquelin, qui est contre.
M. Got plaide d’ailleurs aussi l’inutilité des censeurs, quand il raconte avec tant d’esprit la façon dont s’ÿ prennent les auteurs pour sauver leurs pièces, lorsqu’il nous montre la censure quærens quem devoret, dévorant d’ailleurs en conscience quelques morceaux sacrifiés par les auteurs pour ne pas être dévorés tout entiers.
La déposition de M. Antoine a de la valeur, parce que, n’étant pas soumis à l’inspection, le Théâtre-Libre a, en quelque sorte, commencé l’essai que nous proposons.
« II y a là, a dit M. Antoine, un essai très caractéristique de la liberté théâtrale, d’autant plus caractéristique que les jeunes gens dont je parlais en commençant se sont souvent laissés aller, dans l’effervescence des premiers débuts, à des intransigeances d’artistes sincères, jeunes et violents. Quelquefois une partie de notre public a résisté. Il y a même eu des batailles dans la salle ; je pourrais rappeler à l’appui l’incident des Chapons, où toute une salle a protesté avec violence et tapage ; mais en somme je ne crois pas que nous ayions révolté le sentiment public. En somme, il n’y a pas eu de scandale proprement dit et toutes ces manifestations n’ont pas quitté le terrain purement artiste et littéraire » .
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« Les jeunes auteurs dramatiques dont nous avons joué les œuvres disent : « Nos camarades du journal et du livre sont libres, nous demandons à être libres comme eux ».
En somme, il résulte des enquêtes de 1849 et de 1891 et du coup d’œil que nous avons jeté sur l’histoire de la censure, qu’on chercherait en vain une institution ayant navigué à travers les siècles au milieu de plus d’incertitudes et de contradictions.il est à penser que la faute en est inhérente à le censure elle-même, puisque, à aucune époque, il ne s’est rencontré de législation censoriale satisfaisante, puisque jamais on n’a pu mettre la main sur un principe de direction fixe, puisque chaque génération défaisait l’œuvre de ses prédécesseurs en attendant que la génération suivante vînt défaire la sienne.
A PROPOS DU RAPPORT DE M. COUYBA L’OPINION DE MM. RODIN, BESNARD ET TRONCHET